• Les invasions et raids vikings, pillages en règle de la Normandie

     

     

     

    Les invasions et raids vikings, pillages en règle de la Normandie

     

     

    Pendant environ soixante-dix ans, les Vikings ont assailli les côtes de la Manche et les rives de la Seine. Malgré leur minorité, ces envahisseurs bousculent la défense locale et réussissent à s’installer dans la région qui deviendra la Normandie ; la seule implantation durable des Scandinaves dans le royaume des Francs. En 911, leur chef Rollon devient comte de Rouen.

     

    Raids vikings

     

    Les raisons de ce succès ?

     

    Après une première tentative avortée en l’an 820, une flotte viking s’engage dans l’estuaire de la Seine le 12 mai 841. Ce premier raid viking en Normandie se déroule. Le 12 mai, ils entrent dans l’estuaire de la Seine. Deux jours plus tard, ils sont à Rouen qu’ils mettent à sac pendant deux jours puis l’incendient. De là, ils font demi-tour et s’attaquent aux monastères qu’ils avaient laissés sur leur chemin : l’abbaye de Jumièges est pillée, tandis que sa voisine, Fontenelle, obtient d’être épargnée contre le paiement d’une somme d’or par la communauté monastique. Puis une délégation de moines de Saint-Denis rencontre les envahisseurs et négocie le rachat de 68 captifs. Une quinzaine de jours après leur arrivée dans la Seine, les Vikings regagnent la mer, chargés de butin.

     

    Raids vikings

     

    Quelles motivations poussaient les Vikings à s’aventurer si loin de leur pays

     

    Régis Boyer, spécialiste des civilisations nordiques, met en avant l’appât du gain. Les raids vikings n’avaient qu’un but : la recherche d’or. C’est pourquoi ils attaquent de préférence les monastères et les places marchandes. Au passage, ils capturent des humains afin de les vendre comme esclaves. L’opposition à ces assauts est souvent insignifiante : les villes – ne parlons pas des abbayes – sont généralement mal défendues et le roi Charles le Chauve, petit-fils de Charlemagne, doit faire face à de multiples dangers. Les Bretons poussent à l’ouest, l’Aquitaine menace de faire sécession tandis que l’aristocratie franque revendique de nouveaux pouvoirs. Les Vikings ont un boulevard devant eux.

    Les Vikings qui assaillent la Normandie viennent principalement du Danemark. La situation politique de ce pays favorise aussi les expéditions vers l’Occident…A cette époque, au IXe siècle, le Danemark a un roi mais n’est pas un véritable royaume. Les clans de l’élite guerrière s’affrontent pour accéder au trône ou pour dominer leurs voisins. Cette compétition oblige de nombreux aristocrates scandinaves à monter des expéditions en Occident pour acquérir du renom, prouver leur capacité à commander et à s’enrichir. Autant d’atouts indispensables pour conquérir le pouvoir au Danemark.

    Tactiques utilisées par ces raids Vikings pour réussir leurs opérations de pillage

     

    On a souvent parlé de l’effet de surprise. Cela peut être une explication de leur succès, surtout dans les premiers temps, lorsque les Vikings pratiquent des raids brefs pendant la belle saison et repartent en Scandinavie une fois leurs bateaux chargés de butin. Cependant, quand ils remontent les fleuves, se mettent à assiéger plusieurs jours les villes et à hiverner sur des îles de la Seine (nous savons qu’ils montèrent des camps au niveau de Jeufosse et de Oissel), l’effet de surprise disparaît. En revanche, reste la peur. Les envahisseurs osent s’en prendre aux choses les plus sacrées (églises et clercs), provoquant l’effroi des autochtones par quelques massacres. Si bien qu’au bout d’une dizaine d’années, les Scandinaves n’ont plus besoin de piller. Les monastères, les villes et même le roi consentent à leur verser des tributs pour leur départ, les danegelds.

     

    Raids vikingsLes Vikings incendièrent l’abbaye de Jumièges. Les murs de l’église saint-Pierre conserveraient sur ses murs des traces de combustion rappelant cette époque troublée

     

     

    Des mesures défensives

     

    Le roi Charles le Chauve édifie le pont fortifié de Pîtres, à hauteur de la ville actuelle de Pont-de-l’Arche. Installé au-dessus de la Seine, le pont de Pîtres a pour rôle de bloquer toute remontée de flotte ennemie en amont de Rouen. Aux extrémités du pont, un châtelet défend chaque entrée. D’après l’archéologue Jacques Le Maho, les travaux commencent en 862 mais sont retardées par de nouvelles expéditions vikings. Le pont est terminé vers 873. Il semble produire des effets puisque dans la décennie suivante, les Scandinaves ne remontent plus la vallée de la Seine. L’Angleterre devient leur nouvelle cible. Mais à partir de 884, les sources n’évoquent plus le pont de Pîtres et l’année suivante, une immense flotte viking menée par le chef Siegfried (environ 700 navires) remonte la Seine et entreprend le siège de Paris, preuve que l’ouvrage fortifié n’a pas constitué un obstacle suffisant.

     

    Comment expliquer cet échec de la défense franque 

     

    Les Vikings ne sont pas mieux armés que leurs adversaires et ne sont pas plus nombreux. Les Carolingiens paient notamment leur absence de flotte. Les Vikings naviguent impunément sur les mers et les fleuves. L’armée carolingienne, longue à mobiliser, échoue face à des adversaires plus mobiles qu’elle. En cas de danger, les Vikings se replient dans leurs bateaux et ne sont pas poursuivis. L’impuissance du roi Charles le Chauve apparaît au grand jour quand il est contraint de payer des Vikings pour chasser d’autres Vikings qui campent sur l’île d’Oscellus (Oissel). W’eland et sa troupe reçoivent ainsi 5 000 livres des Francs. Aussitôt payés, ils entreprennent en 861 le blocus de l’île d’Oscellus. Au début de l’hiver, les Vikings assiégés se rendent ; W’eland leur accorde la vie sauve et l’hivernage dans la basse-Seine en contrepartie de 6000 livres. En deux coups, le mercenaire scandinave fait fortune.

     

    Raids vikings

     

    Après une période d’accalmie, les invasions scandinaves reprennent à partir de 885

     

    Pour résoudre ce problème récurrent, le roi carolingien Charles le Simple traite avec le chef viking Rollon. Nous ne savons rien de certain sur ce personnage ; l’historiographie place son arrivée en Normandie en l’an 876. A force de multiplier les raids, sa bande de Vikings n’arrive probablement plus à soutirer beaucoup d’argent d’une région épuisée par les pillages et les tributs. Rollon commence donc à exploiter directement le pays, à le coloniser et à le contrôler. Incapable de s’en débarrasser, Charles le Simple décide de s’en faire un allié. Il lui abandonne tout le pays entre l’Epte et la Manche, dont Rouen. En échange, Rollon doit accepter de se convertir au christianisme et de protéger le royaume contre de nouveaux envahisseurs. C’est le fameux traité de Saint-Clair-sur-Epte, conclu en 911. Cet accord s’avère un bon coup politique, car Charles le Simple aura la paix jusqu’à la fin de son règne, du moins du côté normand. Ce traité marque la naissance de la Normandie…Le territoire cédé à Rollon et peuplé par ses compatriotes nordiques, prendra le nom de Normandie, « le pays des Normands », c’est-à-dire des hommes du Nord.

     

    Quel est l’état de la Normandie quand Rollon accepte le traité de Saint-Clair-sur-Epte ?

     

    Les premiers historiens normands, notamment Dudon de Saint-Quentin, ont répandu l’image d’une région désertée à la suite des raids vikings. Aujourd’hui l’historiographie se montre plus mesurée. Oui la future Normandie fut durement éprouvée, oui les élites et les communautés monastiques ont fui mais aucune ville n’a disparu et l’archéologie rurale n’a pas mis en évidence une rupture brutale dans l’occupation du sol pendant cette période troublée. Les archéologues ont retrouvé peu de témoignages matériels d’une présence viking en Normandie. Des dragages dans la Seine ont juste permis de retrouver quelques armes. Il n’y a guère de traces de l’empreinte nordique.

    L’héritage le plus notable se situe dans la toponymie. Regardez combien de noms de lieux qui, en Cotentin, dans la plaine de Caen, en Roumois ou en Pays de Caux, témoignent d’une origine scandinave. Ce sont notamment tous ces toponymes qui se terminent par -tot, par -fleur, ou par -beuf : Honfleur, Harfleur, Barfleur, Quillebeuf, Elbeuf, Yvetot… Il y a en a des centaines parmi les hameaux, les villages et les villes de Normandie.

     

    Raids vikingsHonfleur. Son nom, composé des mots norrois horn et floth, signifierait « l’embouchure du tournant ».

     

    Ce sont des preuves d’une colonisation viking, avec cette nuance que ce ne sont pas forcément des sites d’habitat nouveaux. Il peut s’agir de villages désertés par les autochtones et que les Scandinaves se sont appropriés. N’allons pas voir un raz-de-marée. A la suite de Lucien Musset, les historiens considèrent que les envahisseurs étaient peu nombreux, peut-être quelques dizaines de milliers.

    Les Vikings ont laissé leur empreinte dans la langue, selon la linguiste Élisabeth Ridel, environ 155 mots vikings sont passés dans le parler normand et une infime minorité se retrouve aujourd’hui dans le français. Ce vocabulaire tourne généralement autour de la mer et sert à décrire les littoraux, les éléments d’un bateau, ou l’activité de pêche… Saviez-vous que vague, homard, quille, cingler sortent de la bouche des Scandinaves ?

     

    Raids vikings

     

    En fin de compte, l’héritage viking s’avère modeste. C’est un paradoxe, car les Scandinaves sont tout de même à l’origine du duché de Normandie. Ce qui s’explique facilement. Les Vikings qui se sont installés en Normandie ont fait le choix de l’assimilation. Ils se sont convertis au christianisme, ont épousé des autochtones, ont abandonné leur langue et ont repris le cadre administratif et judiciaire carolingien. Un siècle après leur installation, leur originalité s’était diluée.

     

    Source : Histoire-Normandie

    Avec l’aimable autorisation de Laurent Ridel

    Site de Laurent Ridel

     

     

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