• Surpêche : le récent passé n’a pas servi d’enseignement

     

     

     

    Surpêche : le récent passé n’a pas servi d’enseignement

     

     

    La surpêche et son remède : Conférence de Londres sur la surpêche, mars 1946

     

     

    Gardez bien en tête que ces exposés britannique et français datent de 1946 !

     

     

    Exposé de la délégation britannique.

    Comme il n’existe pas de preuve irréfutable de surpêche dans les pêcheries de hareng et des autres espèces pélagiques, ce mémorandum traite seulement des pêcheries de poissons de fond et se base principalement sur les statistiques de la pêcherie chalutière britannique.

     

    1 – L’effet de la guerre 1914-1918

     

    Cette guerre a fourni un remarquable enseignement sur le vif de l’influence de la pêche sur les stocks de poissons de fond (démersaux). Les opérations de pêche ont été naturellement très restreintes durant ces années – les débarquements de poissons démersaux sont tombés en 1917 à moins de 30 % de leur niveau normal – avec comme conséquence le fait que la mortalité par pêche a forcément diminué. Une quantité plus grande de poissons a survécu et pu croître, de telle sorte qu’en 1919 et 1920, quand la pêche a repris de manière soutenue, l’augmentation de poids des poissons a entraîné une plus forte capture par unité d’effort ainsi que des captures totales plus importantes en 1920. À titre d’exemple, le débarquement moyen par jour de mer des chalutiers anglais à vapeur a été, en mer du nord, de 30,6 cwt en 1919 et de 25,0 cwt en 1920, contre 14,3 cwt en 1913 (1 cwt = 52,6 kg). Il est tombé rapidement à son niveau d’avant-guerre dès 1923. Cela montre que l’abondance des stocks de poisson dépend très largement de l’importance de la pêche. Lorsque l’intensité de pêche est nettement réduite, l’abondance des stocks augmente et de meilleures captures peuvent être faites. Lorsque la pêche redevient intense, le niveau des stocks est amoindri et les captures diminuent. L’abondance d’un stock est directement reliée à l’importance de la pêche. Si des mesures avaient été prises pour contrôler l’intensité de pêche après la guerre de 1914-1918, cela aurait permis de maintenir les stocks à un niveau supérieur à celui antérieur à la guerre et d’obtenir rapidement une production renouvelable plus profitable. L’opportunité a été ratée. Il y a eu à la place un développement important et non limité de la pêche ; l’accroissement d’abondance du poisson dû à la guerre a ainsi été rapidement éliminé.

     

    2 – La surpêche entre les deux guerres

     

    Les stocks n’ont pas seulement été ramenés à leur niveau d’avant-guerre ; en raison de l’augmentation de l’intensité de pêche, ils ont été par la suite réduits à des niveaux encore inférieurs. En conséquence, de nombreux fonds de pêche ont été épuisés et sont devenus non profitables. Dans la plupart des régions la capture par unité d’effort a été réduite et, ce qui est plus important et instructif, la capture totale a diminué. L’accroissement de l’effort de pêche n’a pas entraîné une augmentation des captures totales mais leur diminution. Il s’agit donc bien de surpêche.

    La preuve de l’existence de surpêche est fournie dans une série d’articles publiés par le CIEM (rapports et procès-verbaux, vol. cx, 1939) et, avec plus de détails, dans un petit livre « the overfishing problem » (« le problème de la surpêche de e.s. russel, cambridge university press, 1942 »). Il n’est pas envisagé d’en reprendre ici la totalité des éléments, mais d’examiner un cas typique, celui de l’églefin en mer du nord.

     

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    Les débarquements par jour de mer des chalutiers à vapeur anglais sont indiqués dans le tableau 1 pour la période allant de 1906 à 1937. Les chiffres d’avant-guerre indiquent une tendance à la baisse et donnent une moyenne de 5,2 cwt pour la période de huit ans allant de 1906 à 1913. Pour la première année après la guerre, on constate la très forte valeur de 15,8 cwt ; la moyenne de 1919 à 1921 reste toujours élevée avec 12,1 cwt. Ces valeurs élevées sont sans aucun doute dues, pour la majeure partie, à l’accroissement des stocks durant les années de guerre, lorsque l’intensité de pêche a été considérablement réduite. Si l’on suppose que l’effet de la guerre a été négligeable après 1921 et en groupant les 16 années restantes en deux périodes de 8 ans, on constate que la valeur moyenne des débarquements par jour de mer a été de 6,5 cwt de 1922 à 1929 et de seulement 3,7 cwt de 1930 à 1937. Il est clair que l’abondance du stock était très réduite durant la fin de la période. Une indication indirecte, mais concluante, que cela a été dû à un accroissement de l’intensité de pêche est donnée par le fait que le pourcentage de petits poissons dans les captures anglaises s’est fortement accru durant les deux dernières périodes. Avant la guerre de 1914-1918, et pour les quelques années qui ont suivi, ce pourcentage a été en moyenne de 50 % ; au cours de la période 1922-1929 il a été juste au-dessus de 70 %, tandis que dans la dernière période il s’est élevé au-dessus de 85 %. En 1936 et 1937 il était au-dessus de 90 %. La raison pour laquelle les données anglaises montrent les changements d’abondance du stock aussi nettement vient de ce qu’elles sont relatives essentiellement aux secteurs du milieu et du sud de la mer du nord, où l’épuisement de la ressource a été le plus marqué. Les changements ne sont pas aussi notables dans le secteur nord qui est la zone principale pour le stock d’églefin et est la plus intensément pêchée par les chalutiers écossais. Une vue plus globale de la pêcherie d’églefin en mer du nord et de son effet sur le stock peut être obtenue en combinant les données anglaises et écossaises.

    Les chalutiers à vapeur anglais et écossais prennent la part du lion dans la pêcherie d’églefin ; ils ont réalisé plus des 3/4 des débarquements totaux effectués par tous les pays pêchant en mer du nord. Les données relatives à leurs débarquements qui sont données au tableau 2, peuvent donc être considérées comme étant pleinement représentatives de l’évolution de cette pêcherie et de son effet sur le stock depuis 1920.

     

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    Ces données montrent qu’il y a eu, depuis la période 1926-1928, un déclin constant des quantités débarquées, d’une importance telle que la production de la période 1935-1937 atteint seulement 54 % de la moyenne de 1926-1928. En même temps il y a eu une diminution sensible de la production par unité de temps de pêche, indiquée très nettement par la chute du débarquement de 67 à 36 cwt par centaines d’heures de pêche, moins nettement par les débarquements par jour de mer. Il apparaît donc que l’abondance du stock exploitable, mesurée en poids, a considérablement décru.

    Depuis la période 1923-1925, il y a eu très peu de changements dans l’intensité de pêche, telle qu’elle peut être évaluée par le nombre d’heures. Mais il est connu qu’un accroissement important de l’intensité de pêche a été causé par l’introduction entre 1923 et 1926 du chalut vigneron-Dahl, qui améliore la puissance de capture d’au moins 30 %. Une indication directe que la dégradation du stock d’églefin s’est considérablement accentuée depuis l’introduction de cet engin de pêche plus efficace est donnée par les travaux de recherche écossais (voir par exemple Raitt, 1939 (D.S. Raitt – Le taux de mortaLité de L’égLefin du stock de Mer du Nord, 1919-1938, Rapp. Proe. Verb. ConseiL ExpLor. Mer CX, Copenhagen, 1939.). Cette accentuation de la dégradation du stock a été accompagnée d’une augmentation du taux de croissance de l’intensité de pêche. Comme il a déjà été noté, une indication supplémentaire de l’accroissement du taux d’exploitation est donnée par le fait que la proportion de petits poissons dans les débarquements n’a cessé d’augmenter, et que la proportion de poissons de grande taille tombe. Telle est donc la situation : une augmentation sensible de l’intensité de pêche, une diminution de l’abondance du stock et une forte baisse de la production totale. Il peut être ajouté que la réduction de production montrée par les données anglaises et écossaises se retrouve aussi dans les statistiques internationales. Pour la période de 1922 à 1929 les débarquements annuels moyens d’églefin pour tous les pays de la mer du nord ont été de 128 000 t ; pour la période de 1930 à 1936, ils ont été inférieurs à 94 000 t. La conclusion est inévitable : un accroissement de l’intensité de pêche a entraîné une diminution des captures totales. Cela est un exemple net de surpêche. Dans le cas de la pêcherie d’églefin dans les eaux islandaises, on dispose d’un exemple direct d’un accroissement de l’intensité de pêche depuis 1925 suivi d’une diminution des captures par jour de mer et d’une réduction de la production totale – un autre cas clair de surpêche – (les détails peuvent être trouvés dans Russel, 1942, pp. 40-42). Des éléments existent aussi et ont été publiés, montrant que les stocks de cabillaud et plie en mer du nord, de plie et de flétan dans les eaux islandaises et de merlu sur le talus atlantique ont été aussi surexploités dans le sens précis où un accroissement de l’effort de pêche a conduit, non pas à une augmentation de la production mais au contraire à sa diminution – dans certains cas, notamment pour la pêcherie de merlu, à une diminution considérable.

    Dans la pêcherie de merlu, le débarquement moyen par jour de mer des chalutiers anglais en 1919-1921 était de 2,8 cwt et le pourcentage de poissons de grande taille dans les débarquements était de 49 %. Pour la période de huit ans, de 1922 à 1929, ces chiffres sont tombés respectivement à 2,7 cwt et 22 %. Au cours de la période 1930-1937 le débarquement moyen par jour d’absence est passé à 1,6 cwt et la proportion de poissons de grande taille à 10 %. Le chalut v-d a été complètement adopté vers 1926. Il y a le même résultat : un stock amoindri contenant une proportion très réduite de poissons de grande taille ; cela ne peut qu’être dû à une augmentation de l’intensité de pêche. La production totale de merlu réalisée par les bateaux anglais et français a subi une diminution marquée durant ces années.

     

    La conclusion générale qui émerge des analyses publiées est que, avec la possible exception des pêcheries de cabillaud d’Islande et du grand nord, les stocks des principales espèces démersales étaient surexploités avant l’éruption de la guerre en 1939 et qu’en conséquence une réduction de l’intensité de pêche était devenue urgente. De cette manière une augmentation de la production renouvelable aurait pu être obtenue avec une moindre dépense d’effort et à un moindre coût. On peut assez facilement démontrer mathématiquement qu’une intensification de la pêche débouche sur un seuil au-delà duquel une augmentation supplémentaire de l’intensité de pêche entraîne une diminution de la production. Cela a été montré par exemple par Graham (1935, 1938, 1943) et par Russel (1939, 1942).

     

    3 – L’effet de la guerre de 1939-1945

     

    La guerre qui vient de cesser a eu l’effet prévu sur les stocks de poissons démersaux. Là où la pêche a été sensiblement réduite, comme dans la plus grande partie de la mer du nord, les stocks ont une abondance accrue et la proportion de poissons de grande taille a augmenté. Cela est connu de tous, mais la preuve statistique doit attendre l’examen détaillé des données disponibles et des données à recueillir. Les données des débarquements des chalutiers anglais par centaines d’heures de pêche au cours des années 1941-1944 ont été utilisées ; elles fournissent une indication utile des changements intervenus dans l’abondance des stocks.

    Une comparaison exacte avec les données équivalentes pour l’avant-guerre est difficile car les navires employés étaient des chalutiers plus petits et plus âgés et parce que dans plusieurs zones la pêche a été considérablement réduite en raison de la guerre. Dans le secteur du milieu de la mer du nord (région IV b) par exemple, les débarquements par centaines d’heures de pêche ont été au cours des années 1941-1944 de 372, 503 et 399 cwts respectivement. Mais ces données concernent principalement une zone relativement réduite au large de la côte nord-est de l’Angleterre et la comparaison avec le chiffre de 1938 pour la région IV b dans son ensemble, qui était de 99 cwts, ne serait pas juste. La donnée équivalente pour 1938, correspondant approximativement à la zone qui a été exploitée en 1941-1944 est de 158 cwts. Si cela est considéré comme étant une base correcte de comparaison, l’abondance en poids du stock dans cette zone a augmenté d’environ deux et demi à trois fois ; ceci d’après les débarquements par centaine d’heures de pêche.

    Durant la guerre, la flottille anglaise de chalutiers en activité a été réduite d’environ 1/4 de son importance de l’immédiat avant-guerre ; un transfert considérable de l’effort de pêche de la côte est à la côte ouest a été effectué. Les données statistiques indiquent qu’il n’y a eu aucun accroissement très sensible de l’abondance des stocks dans la région VI a (ouest Écosse), VII a (mer d’Irlande) et VII f (Bristol Channel) ; il y a peu d’évidence qu’il ait eu un changement dans le V a (Islande).

    Pour les fonds de pêche au merlu toutefois, surtout dans les régions VII b (ouest Irlande), VII g (sud est Irlande) et VII j (grande Sole) il y a eu une augmentation très considérable de la densité des stocks. Une étude statistique poussée de la pêcherie de merlu de Milford Haven, réalisée par Mr c.f. Hickling à la suite d’un examen détaillé de l’histoire et des vicissitudes de la pêcherie telle qu’elle a été affectée par la guerre, a démontré que l’abondance des stocks de merlu a augmenté de 3 à 4 fois par rapport à leur niveau d’avant-guerre et que l’accroissement concerne surtout les plus grandes tailles. L’effet de cet accroissement du stock sur les débarquements est frappant. Dans les années 1942-1944, la flottille de Milford Haven, quoique réduite à 39 % de sa jauge totale d’avant-guerre, a débarqué un poids de merlu légèrement plus élevé que celui débarqué dans les années 1937-1939 par la flottille complète.

     

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    La situation est donc la suivante :

     

    Dans les zones où la pêche a été très réduite en raison de la guerre, il y a maintenant un stock abondant de poissons de bonne taille. C’est un fait bien établi qu’après la guerre de 1914-1918, en conséquence de la réduction de la pêche démersale causée par la guerre, les stocks de poisson s’étaient sensiblement accrus, notamment en mer du nord, et s’étaient retrouvés à un niveau nettement plus élevé qu’avant la guerre. Mais, en raison de la quasi-absence de contrôle de la pêche dans l’après-guerre et de l’accroissement incontrôlé de l’effort de pêche sur les stocks abondants et facilement accessibles de la mer du nord, les stocks plus abondants ont été rapidement réduits à leur niveau antérieur. L’opportunité a été ratée de les maintenir, par des mesures appropriées de contrôle, au niveau plus élevé qu’ils avaient atteint.

    Cette opportunité ne devrait pas être ratée une seconde fois.

     

    4 – Remèdes à la surpêche

     

    Il n’y a qu’un remède effectif à la surpêche :

    C’est de limiter l’importance de la pêche par un accord international. Ce n’est que de cette manière que les stocks de poisson peuvent être maintenus à un niveau profitable. Si la pêche n’est pas contrôlée, le niveau des stocks tombera inévitablement, la capture par unité d’effort diminuera progressivement et la pêche deviendra non profitable. Les réglementations sur le maillage et les limitations de taille des poissons auront quelques effets positifs, surtout en limitant la destruction inutile de poissons de trop petite taille ; il est souhaitable que les dimensions actuelles de maillage soient considérablement accrues. Mais il est évident que la seule réglementation du maillage n’empêchera pas la surpêche car aucun contrôle n’est ainsi effectué sur le développement des flottilles de pêche jusqu’à une dimension où la pêche devient non profitable.

    Dans la pêcherie de flétan du pacifique exploitée par le Canada et les États-Unis, de bons résultats ont été obtenus en fixant un quota sur les débarquements, la quantité permise étant telle que le stock peut s’accroître. Cela a eu pour conséquence d’accroître la production par unité d’effort, rendant donc la pêcherie plus profitable, mais aussi de réduire la saison de pêche de neuf à cinq mois.

    Il semble douteux qu’un système de quota puisse être appliqué avec succès dans une zone telle que la mer du nord. Les conditions sont bien plus complexes ; de nombreuses espèces, plusieurs nations et des centaines de ports de pêche sont concernés. Les difficultés administratives sont évidemment très grandes. Même si celles-là pouvaient être surmontées, il est hautement probable que le quota permis serait atteint bien avant la fin de chaque année, laissant une période durant laquelle aucun poisson ne serait débarqué en provenance de la zone concernée. Ce décalage pourrait sans doute être comblé par une pêche dans d’autres zones ; un stockage de poisson congelé serait aussi envisageable.

    Un plan plus simple serait de limiter directement le nombre, la taille et la jauge et/ou la capacité de pêche (par exemple la dimension et le nombre de chaluts) des bateaux autorisés à pêcher dans une zone donnée.

    Le moment paraît opportun pour considérer un tel plan en raison de la réduction des flottes de pêche causée par les dommages de la guerre. La flotte de chalutiers britannique a subi des pertes considérables aussi bien pour les chalutiers impliqués dans l’effort de guerre que pour ceux qui ont continué de pêcher. Toutefois, une information exacte fait défaut quant à l’importance des dommages et la perte subies par les flottes de pêche des autres nations et quant à l’importance des constructions nouvelles effectuées durant la guerre. Il est vraiment souhaitable que les délégués à la conférence soient en mesure d’établir pour toutes les formes de pêche de poissons de fonds, la taille, la composition et la jauge totale de leurs flottilles actuellement en activité. Il sera possible de prendre vraiment en considération la suggestion du gouvernement de S.M., à savoir qu’un accord de limitation de la capacité de pêche devrait être appliqué internationalement dans les zones adjacentes aux îles britanniques qui risquent d’être surexploitées dans le proche futur. Cette proposition a reçu en Grande-Bretagne, durant ces dernières années, la plus sérieuse attention et fait l’objet d’analyses de la part des experts ; si le principe en est accepté, la délégation britannique est prête à avancer des suggestions concrètes et les soumettre à discussion.

     

     

    Conférence internationale sur le dépeuplement des fonds de pêche

    Exposé de la délégation française, 25 mars 1946

     

    La délégation française considère qu’il y a un intérêt général à éviter qu’une exploitation trop intensive et irraisonnée entraîne, comme au lendemain de la première guerre mondiale, après une période de pêche « miraculeuse » – due à la reconstitution des stocks pendant la durée des hostilités – un amoindrissement rapide et constant du stock de poissons de mer.

     

    Elle constate que les procédés utilisables pour éviter la diminution des réserves de poisson de mer sont les suivants

    1. a) augmentation de la taille minima des mailles de chaluts,
    2. b) révision de la taille marchande des poissons comestibles,
    3. c) interdiction de certains engins et modes de pêche considérés nocifs,
    4. d) établissement de « parcs » ou zones d’interdiction de la pêche, de manière à permettre la reconstitution des espèces,
    5. e) limitation du tonnage global ou unitaire des navires de pêche,
    6. f) limitation des époques de pêche,
    7. g) fermeture périodique de certaines zones de pêche.

     

    La Grande-Bretagne et la France ont mis résolument en application les deux premiers procédés ; certaines nations signataires de l’accord de 1937 n’ont pas pris encore de disposition positive à cet égard.

    La délégation française estime donc que la première mesure à prendre est d’obtenir des nations signataires de l’accord de 1937 qu’elles en assurent une stricte application. La France, bien que non signataire de cet accord, est disposée à supprimer par circulaire les tolérances dans l’application de son décret de 1936-1937, qu’elle avait dû admettre par suite des circonstances de guerre.

    La délégation française se ralliera également à toutes propositions tendant à l’interdiction d’engins de pêche qui apparaîtraient comme particulièrement destructeurs des immatures.

    Elle se ralliera également à toutes propositions tendant à l’interdiction de la pêche dans certaines zones de la mer du nord, étant observé que le respect de cette interdiction est rendu singulièrement plus aisé et moins coûteux par l’emploi d’avions que de navires de guerre.

    En ce qui concerne la limitation du tonnage global ou unitaire des navires de pêche, qui n’est qu’une formule de malthusianisme économique, la position de la délégation française est beaucoup plus réservée. Elle est disposée à accepter un accord relatif à la limitation du tonnage global à condition que cet accord soit fondé sur les trois éléments suivants :

    1. a) importance de la population nationale à nourrir, ce qui, eu égard aux problèmes actuels de ravitaillement doit apparaître comme la première donnée du problème ;
    2. b) importance de la main d’œuvre normalement spécialisée dans les pêches maritimes (en France : inscrits maritimes) ;
    3. c) longueur des côtes.

    En aucun cas, elle ne saurait accepter une limitation basée sur le tonnage existant en 1946, alors que l’armement français est l’un de ceux qui ont le plus souffert de la guerre – les trois quarts de sa flotte de chalutiers étant détruits, non plus que sur le tonnage de 1938, puisque, à cette époque, la France devait importer environ le tiers du poisson nécessaire à sa consommation.

    La délégation française ne saurait accepter davantage de limitation basée sur le tonnage unitaire des navires, à moins que cette limitation ne varie en fonction de la distance séparant les ports d’attache des navires des lieux de pêche. Elle doit, en effet, constater que si les navires des pays riverains de la mer du nord, sont pour la plupart basés à quelques heures de leurs lieux de pêche en mer du nord, les navires français doivent pour les atteindre ou rejoindre leur base, perdre en moyenne de deux à trois jours. Le tonnage des navires français doit, en conséquence, être calculé pour tenir compte :

    1. a) des réserves supplémentaires de combustibles, de carburant et de glace nécessaire, à l’arrivée et au trajet,
    2. b) des locaux et installations destinés au logement d’un personnel plus nombreux, à la conservation des produits de la pêche.

     

    surpêche

     

    Déclaration de la délégation française, 28 mars 1946

     

    Dès le début de cette conférence, la délégation française a exposé son opinion dans un rapport clair et précis, dans lequel elle a appuyé sur l’importance qu’elle attachait aux différentes questions discutées dans cette conférence.

    L’opinion de la délégation française est qu’une augmentation de la taille des mailles et de la taille marchande des poissons est insuffisante par elle-même et que ces mesures doivent être complétées par d’autres.

    Parmi celles-ci, certaines telle que l’interdiction de la pêche dans certaines régions à certaines périodes, ne peuvent être mises en pratique à l’instant et exigeront quelques temps avant de pouvoir être mises en application ; mais si une solution totale ne peut être trouvée pour limiter l’exploitation exagérée des fonds de pêche, il reste néanmoins essentiel que certaines mesures effectives soient adoptées et mises immédiatement en application. La plus simple et la plus effective parmi ces mesures est, ainsi que les délégations britannique et belge l’ont mis en évidence, la limitation de la flotte de pêche dans chaque pays.

    Toutes les délégations ont admis que les erreurs commises entre 1919 et 1939 doivent être évitées à tout prix ; mais lorsque placée devant la question de trouver des solutions pratiques, chaque délégation, de bonne foi et loyalement, a tenté de suggérer les solutions les plus favorables pour les nationaux. Personne ne peut les blâmer pour ce sentiment humain et la lecture des rapports nous a montré que la même situation se présente dans toutes les conférences internationales quand les intérêts des nations sont en jeu. Mais les délégations ici présentes comprennent tant de scientifiques éminents, tant d’administrateurs et de professionnels expérimentés que nous devrions désespérer de l’esprit humain si par des efforts communs et des concessions mutuelles entre hommes de bonne volonté et par la compréhension réciproque des intérêts légitimes de chacun, nous n’arrivions pas finalement à un arrangement acceptable par tous et susceptible d’atteindre les résultats désirés.

    En conséquence, la délégation française insiste sur la nécessité d’étudier complètement le problème de la limitation du tonnage global des flottilles de pêche.

     

    Il doit être reconnu que le problème n’est pas simple mais comme il ne soulève pas de question d’honneur ou de prestige national et reste simplement une question d’intérêt commun des solutions doivent être trouvées.

    Ainsi que M. Crops et M. Craft-Baker l’ont dit si justement « un mauvais accord est meilleur que pas du tout d’accord ».

    Le problème a divers aspects de caractère économique, financier et social. Évidemment, les nations dont les flottilles de pêche se sont accrues depuis 1938 n’accepteront pas volontiers une réduction de cette flotte, mais ne pourraient-elles pas accepter au moins que ce tonnage soit provisoirement stabilisé et cesse d’être accru ? ceci serait un premier pas effectif contre l’exploitation exagérée des fonds de pêche. Peut-être pourraient-elles aussi considérer la possibilité d’adopter d’autres mesures de caractère social en faveur de leurs pêcheurs et limiter leurs captures en réduisant le nombre de jours de travail à la mer ?

    La délégation française rappelle à cette occasion que déjà avant la guerre, la France avait adopté pour ses pêcheurs la semaine de 40 heures et les congés payés de quinze jours. Évidemment, quand un bateau est en pêche, les hommes doivent faire tout le travail qu’ils peuvent, ceci est autorisé par les lois françaises, mais une bonne compensation est ensuite garantie aux pêcheurs qui peuvent, en addition de leur quinzaine de congé, obtenir le bénéfice d’un mois supplémentaire de vacances. Les chalutiers sont désarmés pendant ce temps, généralement pendant l’été quand la demande pour les poissons de fond est réduite. Les résultats de cette mesure ont été satisfaisants quant au maintien des prix et ils ont tendu à éviter l’exploitation exagérée des fonds de pêche.

    En ce qui concerne les autres nations dont les flottes de pêche ont souffert des conséquences de la guerre, elles devront également fixer le maximum du tonnage de remplacement qu’elles veulent autoriser, mais ce tonnage ne pourra être en aucun cas fixé au niveau de 1938.

    La délégation hollandaise a très justement rappelé que le tonnage hollandais a diminué de 50 % entre 1930 et 1939 ; la France se trouve dans la même situation défavorable. De plus la question du ravitaillement des population est de première importance dans la plupart des pays et ces pays ne pourront jamais admettre que les plus grands efforts ne soient pas tentés pour obtenir les aliments dont ils ont besoin. Il est nécessaire de tenir compte de ce fait important.

    Dans certains pays, le rendement de la pêche excède largement les besoins alimentaires et ces produits doivent être partiellement exportés ; d’autre pays, au contraire, ne tirent de la mer qu’une fraction de leurs besoins. En périodes normales, les importations et les exportations de poissons ne constituent qu’une partie des échanges économiques réguliers ; aujourd’hui, malheureusement, la majorité des pays importateurs sont appauvris à un tel point qu’ils ne peuvent pas trouver les devises étrangères indispensables pour payer leurs achats à l’extérieur. En conséquence, elles sont contraintes de restreindre leurs importations et en ce qui nous concerne leur politique tend à augmenter leur flotte de pêche de façon à pouvoir capturer elles-mêmes le poisson dont elles ont besoin.

    C’est là un fait qui doit être pris en considération.

     

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    La limitation du tonnage devra s’appliquer d’abord aux nations dont la production excède les besoins de leur population et les quotités assignées à chaque pays devront, en conséquence, – ainsi que la délégation française l’a souligné – tenir compte de l’importance de la population à ravitailler.

    Elles devront aussi tenir compte de la longueur de la côte et du nombre actuel de pêcheurs et de l’importance de sa population maritime et, lorsque le cas se présentera, de la distance entre les ports d’armement et les lieux de pêche.

    Ainsi, si le tonnage de 1938 doit être pris comme base celui-ci sera augmenté pour les pays qui se trouvent actuellement dans une situation défavorable. De telles difficultés peuvent être certainement résolues avec une bonne volonté réciproque.

    Une limitation convenue du tonnage obligerait probablement certains pays à établir un contrôle strict de la construction des navires de pêche et de leur exploitation pour en arriver à l’introduction d’un système de licence pour leur construction et leur exploitation. La France l’a déjà fait à cause de la rareté du matériel et des équipements disponibles. La flotte française de chalutiers, qui a sérieusement diminué du fait de la guerre, ne pourra pas être rétablis au niveau de son tonnage de 1938 avant une période de 4 ou 5 ans.

    La France a organisé une réglementation complète de son industrie des pêches. Sous le contrôle général du comité central des pêches maritimes, des comités interprofessionnels où les intérêts des producteurs et des consommateurs sont représentés, sont habilités pour décider de toutes questions, comme le nombre de bateaux autorisés à pratiquer certaines pêches, la limitation ou l’interdiction des départs pour maintenir la stabilité des prix et des marchés, etc. Et pour prendre toutes autres mesures en vue d’éviter une exploitation exagérée. La politique générale des pêches maritimes en France tend à provoquer une production intensive des espèces pélagiques (hareng, maquereau, sardine, thon) en vue d’éviter de trop fortes captures de poissons de fond.

    Des mesures sont actuellement à l’étude pour encourager les pêcheurs saisonniers à pratiquer des méthodes de pêches moins destructrices, par exemple : la pêche aux cordes au lieu du chalutage. De telles méthodes, si elles étaient généralement adoptées, donneraient certainement des résultats satisfaisants.

    En déterminant le tonnage maximum de chaque flotte de pêche, il sera nécessaire d’établir définitivement le tonnage individuel maximum des petits bâtiments qui ne devront pas être compris dans cette quotité ; ce tonnage ne devra pas être trop élevé pour éviter les abus.

    Il devra également être établi clairement si les mesures adoptées s’appliqueront seulement aux navires travaillant en mer du nord ou si elles s’appliqueront à l’entière flottille de pêche.

     

    La France ne participe pas largement à l’exploitation des espèces de fond en mer du nord et les chalutiers français y recherchent principalement les espèces pélagiques : harengs et maquereaux. Selon les statistiques, les captures de poissons de fond en mer du nord par les bateaux français n’excèdent pas 40 000 tonnes par an, faible par rapport aux tonnages très élevés qui y sont capturés par certains pays.

    La délégation française est prête à examiner avec la plus grande objectivité toutes les suggestions qui pourront être apportées à accepter celles qui tiendront compte des remarques précédentes.

    Il est impératif que cette conférence obtienne des résultats positifs et ne se confine pas dans des objections négatives et stériles.

    La délégation française suggère également qu’une commission permanente internationale soit accréditée pour surveiller l’application des mesures proposées et pour les réviser de temps à autre suivant les circonstances.

    La délégation française apportera à ces discussions un esprit de compréhension, de bonne volonté et ses vœux sincères pour que cette conférence puisse réussir dans la tâche qui lui est fixée. Elle est également convaincue que les autres délégations sont arrivées à cette conférence avec le même esprit et les mêmes espoirs.

     

    Nous sommes en 2018, où en est-on de la surpêche ?

    Qu’a-t-on retenu de cette conférence de Londres de mars 1946 ?

    Quelles avancées ont été faites ?

    Et pourtant on sait ce qu’il faut faire ! Mais………

     

     

     

    Lebosco

     

     

     

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