• Le Parlement européen a dit non à la pêche électrique

     

     

     

    Le Parlement européen a dit non à la pêche électrique

     

     

    Les eurodéputés ont adopté un amendement rejetant cette pratique par une courte majorité.

    Ce Mardi 16 janvier 2018, le Parlement européen a voté contre la pêche électrique, qui consiste à capturer des poissons à l’aide d’un violent courant électrique. Une pratique dénoncée par de nombreux scientifiques, les associations environnementales, des pêcheurs, mais aussi de grands chefs.

     

    Les députés européens réunis en séance plénière à Strasbourg ont mis un terme à l’expérimentation de la pêche électrique. Le bras de fer opposait notamment les Pays-Bas, qui défendaient la pratique et la France, qui la récusait, est donc terminé. Si elle est généralement interdite depuis 1998 dans les zones maritimes communautaires, la pêche électrique restait cependant autorisée « à titre expérimental », dans la zone la plus méridionale de la mer du Nord.

    Les eurodéputés ont rejeté la pratique de la pêche électrique, que la Commission européenne proposait d’utiliser dans certains cas dérogatoires.

     

    Pêche électrique

     

    En quoi consiste cette pêche ?

     

    Les opposants craignaient que des changements dans la législation permettent un élargissement de cette pratique qui consiste à envoyer des impulsions électriques dans le sédiment pour y capturer des poissons benthiques, c’est-à-dire vivant au fond des mers.

    Les bateaux concernés sont équipés d’électrodes qui envoient des décharges électriques dans les sédiments. Cette technique sert à pêcher les poissons dits benthiques, c’est-à-dire les poissons de fond. Ils sont attirés par le flux électrique puis leurs muscles se contractent et ils remontent à la surface où ils sont pris dans les filets. Les soles, les plies et les turbots sont les espèces les plus concernées par ce procédé.

     

    Pêche électrique

     

    Quelle était la réglementation ?

     

    Cette technique est interdite depuis 1998 par la Commission européenne. Mais depuis 2007, elle faisait l’objet de dérogations dans la partie sud de la Mer du Nord. A titre expérimental, chaque Etat était autorisé à équiper 5 % de ses chalutiers à perche de filets électriques. Mais les Pays-Bas avaient délivré de très nombreuses autorisations et finalement plus de 10 % de leurs chalutiers à perche sont équipés pour la pêche électrique. Les Etats-Unis, le Brésil et la Chine ont interdit cette technique.

     

    Quels sont les arguments des adeptes de cette pêche ?

     

    Selon les Pays-Bas, elle a plusieurs avantages. Ils la décrivent comme plus écologique, car elle est moins consommatrice de carburant et il y a donc moins d’émission de CO2. Les bateaux pêchent effectivement plus vite. Toujours selon les pêcheurs néerlandais, la pêche électrique évite de racler les fonds, comme avec les chaluts à perche classique et enfin, elle diminuerait les captures accessoires. C’est-à-dire qu’elle ne permettrait de ne prendre dans les filets que les poissons voulus.

     

    Pêche électrique

     

    Pourquoi les ONG et les écologistes notamment sont contre ?

     

    Sans grand impact sur l’environnement ? Faux, ont répondu associations d’environnement telles que Bloom, qui a lancé une vaste campagne contre cette pêche et porté plainte en octobre contre les Pays-Bas auprès de la Commission européenne.

    L’association Bloom, qui sensibilise sur la conservation marine, reconnaît que cette pêche permet de diminuer les dépenses de carburant. Mais elle signale que « le courant électrique n’épargne aucun organisme : toute la vie marine est électrocutée ». « Cette pêche touche davantage l’écosystème », regrette également l’eurodéputé Yannick Jadot qui lors du débat au Parlement européen n’a pas hésité à parler d’Arme de prédation massive. « Les pêcheurs témoignent des dégâts et expliquent que quand on passe derrière ces bateaux, il n’y a plus rien », explique-t-il au Parisien, insistant sur le fait que cette technique ne diminue pas, au contraire, les prises accessoires. Le procédé abîme également beaucoup de poissons et certains trop brûlés ou déformés par l’électrocution sont rejetés morts à la mer. L’association Bloom cite un pêcheur belge qui explique que « l’efficacité de la pêche électrique est ultime : tellement efficace et meurtrière que tous les stocks seront affectés jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un désert ».

    Mais pour les opposants, la pêche électrique reste bien trop efficace. La présidente de Bloom, Claire Nouvian, expliquait ainsi en novembre que l’électrocution des poissons créait des lésions considérables, comme des ruptures de leur colonne vertébrale, des hémorragies et des dommages aux œufs. Quand un chalutier ainsi outillé passe, toute la faune trépasse. Selon une synthèse réalisée en 2016 par le CIEM (Conseil international pour l’exploitation de la mer) beaucoup de cabillauds ont notamment la colonne vertébrale fracturée après avoir été pris de convulsions.

    Deux cent quarante-neuf députés français de tous bords s’étaient saisis du dossier. Dans une tribune parue dans Le Monde, ils dénonçaient « cette pratique qui fait honte à l’Europe et nous décrédibilise sur la scène internationale ».

    Le 15 novembre, une tribune écrite par des scientifiques et publiée dans Le Monde en appelait à l’Union européenne pour l’enjoindre de refuser cette surpêche. Les auteurs s’inquiètent ainsi de « l’évolution des pêches européennes », confrontées à « une efficacité toujours plus grande pour un impact environnemental également plus important ».

     

    L’Imares, équivalent néerlandais de l’Ifremer français, souligne aussi que ces économies de carburant permettent aux marins de s’aventurer plus loin en mer pour exploiter de nouvelles zones. En outre, le nouveau chalut épargnerait les jeunes poissons car le courant étourdirait surtout les individus les plus gros. Forts de ces constats — mais sans en référer à Bruxelles —, d’autres navires se sont équipés si bien que 84 chalutiers néerlandais (sur un total de 304) utilisent désormais l’électricité sans aucun encadrement juridique. Raison pour laquelle la commission pêche propose d’étendre la technique.

     

    Manipulation

     

    Selon l’association Bloom, la Commission européenne aurait manipulé en 2006 des conclusions scientifiques pour légaliser la pêche par chalut électrique. Avec d’autres ONG, elle demande au Commissaire européen à l’environnement Karmenu Vella de renoncer à autoriser cette technique de pêche.

    Concrètement la réglementation européenne autorisait 5% de la flotte de chalutiers à perche d’un Etat membre à utiliser la technique. Si beaucoup de pays s’y refusaient, notamment la France et l’Allemagne, les Pays-Bas vantaient au contraire les mérites d’une pêche qui permettrait une économie de gazole, tout en n’ayant qu’un impact négligeable sur l’environnement. Actuellement, détaille Libération, 84 de leurs bateaux sont équipés de filets électrifiés, soit 28% du total. Et sans qu’aucune remontrance de la Commission ne les frappe.

     

    Pêche électrique

     

    La pêche électrique, une pratique destructrice parce que non sélective

     

    « Cette pêche est destructrice, dénonce de son côté Frédéric Le Manach, directeur scientifique de l’association française Bloom. Elle provoque des lésions sur les poissons et affecte tout l’écosystème parce que non sélective ». Le Conseil international pour l’exploration de la mer (organisme qui évalue les stocks européens de poisson) demande également des études d’impact plus poussées. Les spécialistes du vivant dans les milieux aquatiques sont tout aussi circonspects.

     

    Les eurodéputés ont donc jugé que la pêche électrique représente un danger pour la ressource halieutique.

    Le sort de la pêche électrique, dont la pratique était appuyée par les Néerlandais, a donc été scellé ce mardi 16 janvier 2018.

     

    Lebosco

     

     

     

    2 commentaires ont été rédigés, ajoutez le votre.

    1. MANCEL
      Publié dans 16/01/2018 le 16:30

      il est temps que la commission européenne prenne ses responsabilités sur les ressources marines et ne soit pas sous l’influence du lobbying des grands groupes industriels où l’argent est roi,et du foutage de gueule de nous consommateurs.
      ça ne durera pas longtemps,les pressions seront importantes,mais bon.
      j’ai dis ce que je pense.

    2. Pat
      Publié dans 16/01/2018 le 15:23

      Ouf ! Pour une fois qu’une sage décision émane de « la grande commission » il faut la saluer.

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