• Quand on pêchait la baleine sur les côtes de la Manche

     

     

     

    Quand on pêchait la baleine sur les côtes de la Manche

     

     

    Une baleine s’est récemment échouée à Omonville la Rogue dans la Manche.

    Cette étonnante découverte rappelle un temps où les baleines peuplaient les côtes normandes…

     

    Baleine

     

    Au Moyen-Âge, la baleine était assez couramment pêchée en Normandie. Des documents attestent l’existence d’établissements pour la pêche à la baleine dans le Cotentin dès l’année 832.

    Soit que les Normands, dans les différentes invasions qu’ils firent successivement en France, nous eussent apporté la méthode de harponner les baleines, soit que ce procédé y fût connu et pratiqué, antérieurement à leurs incursions, il est parlé de la pêche de ces cétacés, sur nos côtes, dans le livre de « La translation et des miracles de saint Vaast », sous la date de 875. Une Vie de saint Arnould, évêque de Soissons, au XIème siècle, fait en particulier mention de la pêche au harpon, à l’occasion d’un miracle opéré par le Saint. Des pêcheurs Flamands avaient blessé, avec des traits et des lances, une grosse baleine, ils croyaient sa capture certaine, quand tout-à-coup, ranimant ses forces, l’animal se débattit si violemment, qu’il était prêt à leur échapper.

    Dans cette circonstance critique, la seule ressource des pêcheurs fut d’invoquer le saint évêque, dit son légendaire, et de lui promettre une partie du poisson, s’il les aidait à s’en rendre maîtres. Le bienheureux accepta l’offrande, à l’instant même la baleine se laissa lier, et sans résistance fut amenée à terre au gré des pêcheurs.

    Les baleines se prenaient alors sur les côtes mêmes de la Normandie, comme sur celles de Flandres. L’auteur des Annales Bénédictines, en parlant de l’abbaye de Jumièges, dit entre autres choses, qu’on pêchait alors dans la Seine des poissons de cinquante pieds de longueur, dont la chair servait à la nourriture des religieux, et l’huile à l’entretien des lampes.

     

    baleine

     

    Vers l’an 1100, un moine nommé Raoul Tortaire, raconta dans une longue lettre son voyage dans le Bessin (Calvados). Tandis qu’il longeait la côte, ramassant tranquillement quelques galets, il aperçut une baleine sur le rivage : les pêcheurs partirent aussitôt à sa poursuite en poussant de grands cris. Ils durent renoncer à l’attraper, ne possédant pas un filet suffisamment grand.

    Hiberno Cete tempore quo capiunt,

    Me presente, truci piscem clamore secuti,

    Fraudati, casses nam deerant, redeunt.

    L’historien suppose que les matelots, apercevant une baleine, la suivaient avec de grands cris pour l’effrayer et l’obliger, s’ils pouvaient, à s’échouer sur le rivage ; mais il se demande quels étaient les filets capables d’arrêter un animal aussi énorme qu’une baleine ? Il conclut avec raison que par le mot cete, il faut entendre un autre poisson. Au moins tout porte à croire qu’il s’agit d’un poisson d’une taille inférieure à celle des grandes baleines, tels enfin que la Manche en nourrissait alors, et qui ont déserté nos rivages…

     

    baleine

     

    On trouve, dans le XIème siècle, la donation faite à l’abbaye de la sainte Trinité de Caen, par Guillaume le Conquérant, de la dîme des baleines prises ou amenées à Dive.

    Les ducs de Normandie profitaient exclusivement de certains poissons et en offraient certaines parties pour s’assurer la fidélité de leurs alliés. Avant de partir pour l’Angleterre, le duc Guillaume donna aux ecclésiastiques de Cherbourg la nageoire droite des gros poissons échoués entre les rivières du Tharel et du Thar. En période de carême, la graisse et la chair de baleine semble avoir été la principale nourriture des pauvres.

    Dans une bulle du pape Eugène III, de 1145, on trouve encore la donation, en faveur de l’église de Coutances, de la dîme des langues de Baleine qu’on prenait à Merry, donation qui fut confirmée à cette église par un acte de Philippe, roi de France en 1319. Il ne sort pas à la vérité du texte de ces actes, qu’on péchât la baleine en pleine mer, mais tout porte à croire que les Normands, familiarisés dans leur patrie avec ces entreprises hardies, n’hésitèrent pas à les répéter dans la Manche, avec une supériorité de moyens, que leur donnaient l’habitude et le courage.

     

    baleine

     

    Il y eut aussi, dans les siècles passés, quelques échouements spectaculaires sur nos plages. Un ouvrage de 1631 raconte qu’à mi-chemin entre Caen et Bayeux :

    « À Bernières sur la mer

    Fut prise la grand Baleine

    De cinquante pieds de long

    La longueur n’est pas vilaine ».

    En 1781, un énorme cachalot fut pris à Sainte-Honorine-des-pertes (Calvados). On le dépeça pour en obtenir de l’huile et sa tête servit de borne pendant presque un siècle. Un phoque fut même découvert par des pêcheuses en août 1813.  L’historien Frédéric Pluquet note :

    « Nos pères mangeaient de la baleine, la langue surtout était regardée comme un mets fort délicat, on la vendait par tranches dans les marchés ».

     

     

    Dans de vieux bâtiments à Bayeux, comme dans d’autres villes proches de la côte, on a trouvé des vertèbres de baleine employées comme matériaux de construction. Quelques plafonds et murailles des maisons du centre-ville en contiennent encore aujourd’hui.

     

    baleine

     

    Une baleine échouée en 1885 : « Tout a commencé ce petit matin enneigé du 15 janvier 1885, quand le fils du fermier des Morel a remonté la rue principale de Luc-sur-mer en hurlant :  » Y’a un monstre, là-bas, à la brèche du moulin. »

     

     

    Lebosco

     

     

     

     

    4 commentaires ont été rédigés, ajoutez le votre.

    1. Laurent Bony
      Publié dans 17/12/2017 le 22:29

      Quand on est loin le bosco nous tient compagnie avec ses articles. Merci Daniel

    2. hugues Fortuit
      Publié dans 17/12/2017 le 19:53

      quel plaisir de la lecture de ce blog et de ce qu’il nous fait découvrir
      Merci

    3. gerard mancel
      Publié dans 17/12/2017 le 16:11

      Merci pour votre super article sur les baleines.

      • lebosco
        Publié dans 23/01/2018 le 18:49

        Pour faire suite à l’article du bosco sur la pêche ancienne de la baleine en Manche ci-jointe une photo d’une côte de baleine pêchée par mon frère PLB !!!!!!!!! eh oui !!!!
        Pêche à la baleine

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