• Depuis toujours l’hypothermie guette l’homme à la mer

     

     

     

    Depuis toujours l’hypothermie guette l’homme à la mer

     

     

    L’hypothermie est une situation dans laquelle la température centrale d’un animal à sang chaud ne permet plus d’assurer correctement les fonctions vitales.

    Depuis toujours, les hommes ont cherché à maîtriser les mers pour conquérir de nouveaux territoires, pour établir de nouveaux comptoirs commerciaux ou tout simplement pour se nourrir. Cependant, la mer reste dangereuse car elle n’est pas un milieu naturel pour l’homme.

    En effet, être plongé dans un élément liquide peut-être rapidement un danger même pour le meilleur des nageurs. Nager n’est pas une aptitude naturelle et notre organisme est rapidement menacé par le froid et le manque d’oxygène.

    Les animaux, eux, ont su s’adapter au cours des siècles afin d’être moins menacés que nous.

     

    Comment les animaux résistent-ils au froid ?

     

    Les animaux qui vivent dans les régions très froides ont leur corps recouvert d’une épaisse fourrure ou d’un plumage particulier qui les protège du froid. On remarque que de l’air est emprisonné entre la peau et le revêtement de l’animal (plumes, poils, laine) qui isole ainsi son corps. Sous la peau, une épaisse couche de graisse protège les muscles du froid et empêche ainsi la chaleur de s’échapper. La graisse, la fourrure, les plumes et la laine sont de bons isolants thermiques. (Un isolant thermique conserve aussi bien le chaud que le froid : il réduit les échanges thermiques.)

     

    Quant à l’homme, quels sont les moyens physiologiques qu’il utilise pour lutter contre le froid ?

     

    L’homme qui tombe à l’eau court un grand danger parce qu’il ne bénéficie pas des mêmes capacités à résister au froid que l’animal.

    Notre température corporelle est de 37°5. Notre corps produit sans cesse de l’énergie pour fonctionner. Nous sommes un peu comme l’addition d’une multitude de petites usines : une usine pour réfléchir, une pour respirer, une pour digérer…Lorsqu’on place un objet froid près d’un objet chaud, un échange thermique se produit jusqu’à ce que la température soit la même partout, équilibrée. Pour éviter de perdre trop d’énergie dans le froid, notre corps s’adapte et réagit avec ses moyens réflexes et musculaires.

    La température neutre où l’on ne perd ni ne gagne d’énergie est de 26 à 30° dans l’air et 35° dans l’eau. Dans la plupart des cas d’immersion, l’eau est donc apparemment froide pour notre corps et nous perdons plus ou moins rapidement de l’énergie selon quelle est à 25° ou 10°C.

    L’adaptation physiologique a pour but de diminuer la différence de température entre l’extérieur et notre peau.

    Pour cela, notre corps contracte les petits vaisseaux sanguins qui sont sous la peau. Le sang chaud afflue un peu moins vers les zones exposées au froid et au vent pour moins refroidir le sang qui doit, en priorité, irriguer les organes vitaux avec du sang chaud : cerveau, cœur et organes principaux. C’est la vaso-constriction (resserrement du diamètre des vaisseaux sanguins). Quelqu’un qui nous fait une bise en entrant dans notre maison par temps froid a les joues froides… Cette partie du corps exposée au vent et au froid subit une vasoconstriction.

    Pour essayer de perdre moins de chaleur, nous avons la chair de poule. Ce mécanisme n’est plus tellement adapté car vivant dans des maisons chauffées et protégées nous avons perdu notre pilosité au cours de l’évolution. Lorsque notre corps était davantage couvert de poils, aux premiers âges de la préhistoire, ce phénomène redressait nos poils et permettait de garder une couche d’air entre notre peau et l’extérieur. Le mécanisme de convection était ainsi limité.

    C’est ce qui se passe chez les animaux, quand il fait froid les oiseaux ont leurs plumes ébouriffées.

    Le frisson est aussi un mode d’adaptation. Les contractions involontaires de nos muscles essayent de produire, par ces contractions, de l’énergie en plus grande quantité pour lutter contre le froid. Mais cela n’a pas l’intensité d’une course à pieds et ne suffit pas à nous réchauffer. De plus, cela consomme plus de notre énergie (il faut alors absorber davantage de nourriture pour compenser)

    Chacun d’entre nous a des moyens de lutte différents contre le froid selon sa constitution. La répartition des graisses sous la peau fait office de combinaison isolante. Quelqu’un de plus gras sera mieux protégé. Les femmes sont mieux prémunies par la répartition particulière de leurs tissus adipeux (les tissus graisseux).

    Exposé longtemps au froid et mal protégé, le corps subit d’autres effets préjudiciables. Par exemple, nous avons plus souvent envie d’uriner (cela est dû à une sécrétion d’hormones) et nous avons moins de dextérité au niveau musculaire.

    Si notre température corporelle baisse trop, nous devenons endormis, notre cœur ralentit et cela peut aller jusqu’au coma, puis la mort si la situation se dégrade.

    C’est ce qui arrive tous les ans aux gens qui s’endorment dehors parce qu’ils n’ont pas de logement.

    La convection : le corps d’une personne nue qui reste dans un courant d’air, réchauffe les molécules d’air autour de lui, leur densité, diminuant, elles sont remplacées par d’autres, plus froides et ainsi de suite. Ce mécanisme existe dans l’eau et dans l’air. Il est amplifié par le vent ou le courant.

     

    Des moyens existent pour lutter contre le froid, en dehors de ceux propres à notre corps. Quels sont-ils ?

     

    Il y a d’abord les vêtements. Un bonnet par exemple limite la radiation. Lorsque l’on met un couvercle sur une casserole, son contenu chauffe plus vite.

    Il faut se rappeler l’adage suivant : « Si tu as froid aux pieds, mets un bonnet ! »

    Le gain d’énergie est plus important par le couvre-chef qu’une triple paire de chaussettes car notre cerveau consomme beaucoup d’énergie et est très irrigué. Le protéger du froid est donc très efficace…pour tout notre corps.

    Le principe d’un sous-vêtement près du corps est primordial : il maintient une couche d’air chaude et limite la convection. Il faut aussi préférer les textiles modernes qui ne s’imbibent pas de transpiration et ne restent pas humides. Un vêtement humide aurait un effet inverse par conduction. Aujourd’hui, il existe des vêtements dits respirant qui laissent passer la vapeur d’eau dégagée par notre corps et imperméables au vent et à la pluie. Les vêtements ne doivent pas être trop larges pour que la zone d’air autour du corps ne soit pas trop volumineuse à chauffer. Ils ne doivent pas non plus être trop serrés pour ne pas gêner la circulation du sang.

    Quand on pratique un sport nautique, l’idéal est d’être équipé d’une combinaison adaptée si l’eau est fraîche et que l’on se baigne. Il ne faut pas attendre d’avoir froid et de frissonner pour sortir de l’eau. On doit toujours se rafraîchir la nuque et s’adapter progressivement à la température de l’eau et non se jeter d’un seul coup dans l’eau. D’ailleurs, les coureurs de course au large ont des vêtements qui permettent de garder leur chaleur corporelle lorsqu’ils tombent à l’eau. En général, quand les risques sont importants, ils enfilent les combinaisons isolantes en prévention.

    Si l’on tombe par accident dans l’eau, il faut adopter des positions qui limitent la perte de température corporelle. On n’envisage de nager vers quelque chose que si l’on est sûr de l’atteindre !

    En nageant et en bougeant dans l’eau, on augmente en effet les déperditions thermiques.

     

     

    Survivre en eau froide

     

    Les Préfectures Maritimes nous rappellent tragiquement que l’Atlantique, la Manche et la Mer du Nord sont des mers froides durant une grande partie de l’année et qu’une personne qui y tombe accidentellement, a peu de chance d’y survivre si elle ne prend pas toutes les mesures nécessaires en attendant l’arrivée des secours.

    Cet article a pour but de mettre en évidence le mécanisme de l’hypothermie et ses conséquences, mais aussi la manière de retarder ces effets ainsi que le traitement d’urgence.

     

    L’hypothermie dans l’eau

     

    L’hypothermie est un abaissement de la température du corps humain au-dessous de la valeur normale. La température centrale de l’organisme est de 37 degrés. L’équilibre thermique, c’est-à-dire la température pour laquelle l’organisme ne perd, ni ne gagne de chaleur est réalisé dans l’eau entre 33 et 34 degrés. De plus pour une même température, on perd 25 fois plus de chaleur dans l’eau que dans l’air.

    Une chute dans l’eau peut devenir une situation inquiétante, quelle que soit la saison si le séjour se prolonge car elle entraîne une hypothermie.

    De nombreuses personnes munies de leur brassière de sauvetage, qui, après leur chute ne sont ni blessées, ni choquées, ni fatiguées, meurent simplement de froid.

    Un corps humain immergé abandonne rapidement sa chaleur dans l’eau froide environnante et le sang refroidi circule alors dans les organes vitaux comme le cœur, le cerveau et les affaiblit. Or, le corps est une machine électrochimique et toutes les réactions chimiques ralentissent lorsque la température diminue. Si ce ralentissement chimique se situe dans le cerveau il peut provoquer une perte de conscience (évanouissement), s’il intervient au niveau du cœur il déclenche un état électro-anarchique des pulsations cardiaques (fibrillation) qui mène à la mort.

     

    Mécanismes de défense et réponse au froid

     

    • Frissons : activité musculaire accrue (pour produire de la chaleur)
    • Chair de poule : diminution des phénomènes convectifs grâce à la contraction des muscles horripilateurs du poil
    • Légère augmentation du rythme respiratoire : consommation accrue d’oxygène
    • Envie d’uriner : vasoconstriction
    • Cyanose des extrémités : irrigation préférentielle des organes nobles (vasoconstriction périphérique)
    • Crampes : diminution du stock de glucides responsable d’un dysfonctionnement musculaire
    • Augmentation importante du rythme respiratoire : surconsommation d’oxygène (pour accélérer les oxydations)
    • Frissons profonds : début de l’atteinte profonde du froid
    • Etat de torpeur : début de l’hypothermie (33°C)
    • Perte de conscience : baisse de la température à partir de 32°C
    • Diminution des rythmes respiratoire et cardiaque : au-dessous de 30°C, ralentissement très important du métabolisme
    • Mort : température aux alentours de 25°C

     

    Les premières constatations

    En eau froide la peau et les tissus superficiels se refroidissent très rapidement mais il s’écoule 10 à 15 minutes avant que les températures du cœur et du cerveau ne commencent à baisser. Un intense frissonnement apparaît alors pour compenser la grande perte de chaleur. L’évanouissement peut arriver dès que la température interne du corps approche 32°C ; quand elle tombe à partir de 30°C, la mort survient par défaillance cardiaque.

     

    Comportement en cas de chute dans l’eau

    Si vous tombez dans l’eau froide, rappelez-vous que l’eau conduit la chaleur beaucoup mieux et plus rapidement que l’air. La plupart des bateaux flotteront même lorsqu’ils ont chaviré ou sont inondés. Aussi, il faut faire tout son possible pour sortir au maximum son corps de l’eau en grimpant sur la coque ou en se hissant sur n’importe quel objet flottant. Le port d’un gilet de sauvetage vous gardera à flot même si vous êtes sans connaissance.

     

    Si elle n’a pas de brassière, la victime doit effectuer quelques mouvements de nage. Les positions les plus courantes sont soit la « marche dans l’eau » (figure 1) soit le « noyé flottant » (figure 2). Dans ces deux cas la personne est debout dans l’eau et fait de lents battements des bras et des jambes.

     

     

     

    Dans le « noyé flottant », la position naturelle du corps met le visage dans l’eau et fait relever lentement la tête uniquement pour respirer ; il y a alors une quantité de chaleur appréciable perdue par la tête.

     

     

     

    L’examen thermographique d’un sujet qui, soutenu par sa brassière reste immobile debout dans l’eau (figure 3), indique que les zones de grandes pertes de chaleur sont les bas flancs de la poitrine et le V de l’aine. La tête et le cou s’ils sont immergés font également parties de ces zones critiques.

     

     

    Avec ou sans brassière, lors d’une nage vigoureuse, le thermographe montre que les bras, les épaules et la partie supérieure de la poitrine commencent également à perdre beaucoup de chaleur car, en nageant, le sang est contraint d’irriguer les muscles moteurs supérieurs, mais il se refroidit en circulant plus rapidement à la surface du corps en contact avec l’eau. Lorsque ce sang retourne dans le cœur et tous les organes, il diminue plus rapidement la température interne du corps.

     

    Les résultats chiffrés

    Dans de l’eau à 10°C, sans brassière, dans la position du « noyé flottant », le temps de survie est inférieur à 1h 30.

    • En pratiquant la « marche dans l’eau », la personne peut survivre 2 heures.
    • Avec une brassière, en restant simplement debout immobile, ce temps peut être augmenté d’au moins un tiers et atteint 2h 45 dans cette eau à 10°C. On en déduit que, pour « le noyé flottant », la vitesse de refroidissement est 35 % plus grande que pour la « marche dans l’eau ». Pour ces deux positions la perte de chaleur est respectivement 82% et 34% plus grande qu’en restant immobile avec brassière.
    • Dans tous les cas il faut donc garder constamment la tête hors de l’eau.

     

    De plus, d’autres expériences montrent que dans de l’eau à 10°C, un nageur moyen parcourt moins de 1500 mètres avant d’être paralysé par le froid.

     

    hypothermie

    Les trois premières lignes du tableau ci-dessus résument les temps estimés de survie d’une victime (dans les conditions les plus courantes d’une chute dans l’eau) pour les trois principales positions, à trois températures d’eau différentes. La durée de survie augmente si les sujets sont plus grands ou plus gros que la moyenne et diminue pour des individus maigres et petits.

     

    Ci-dessous une représentation graphique des bénévoles de la SNSM concernant l’espérance de survie approximative en eau froide et sans protection particulière.

    hypothermie

    Les premières constatations

    Il est logique de déduire de ces constatations qu’en protégeant les zones critiques de fortes déperditions thermiques, le temps de survie augmentera.

    D’où la recherche de deux positions qui impliquent le port de la brassière :

    hypothermie

    La première appelée HELP (Heat Escape Lessening Posture = Position de perte minimum de chaleur) concerne une victime isolée. Dans cette position le sujet est recroquevillé, bras serrés sur les flancs de la poitrine, cuisses serrées et les genoux relevés pour préserver la région de l’aine (figure 4).

     

     

     

    hypothermie

    La seconde s’applique à un groupe peu nombreux de personnes. Appelée HUDDLE (en grappe), cette méthode place les 3 ou 4 personnes, en cercle, serrées le plus possible l’une contre l’autre en se faisant face (figure 5).

     

     

     

    Dans la pratique, dans l’eau à 10°C, ces positions ont permis un temps de survie de 4 heures, soit le double de celui d’un nageur et moitié plus que celui d’un sujet immobile debout.

     

    Les premiers soins

     

    Le diagnostic et le traitement de l’hypothermie doivent être très rapides. Car tout retard dans les soins, après le sauvetage, peut coûter la vie au naufragé. La température du corps est le signe le plus sûr d’une hypothermie. La pression artérielle et le pouls (qui devient lent et irrégulier) sont également de bonnes indications.

    La victime d’une hypothermie est pâle, ses pupilles sont contractées et réagissent peu à la lumière, sa respiration est lente et difficile. Souvent le sujet est pris de violents tremblements coupés de fréquentes périodes de rigidité musculaire. Ces symptômes pourraient être ceux d’une intoxication.

     

    Traitez les victimes de l’hypothermie avec douceur en évitant les mouvements brusques qui pourraient provoquer un accident cardiaque.

    • Retirez la personne de l’eau et mettez-la dans un endroit sec et abrité.
    • N’enlevez les vêtements mouillés que si vous disposez de vêtements secs ou si vous vous trouvez dans un endroit chaud.
    • Si la température du corps n’est pas inférieure à 36°C, aucun traitement autre que de passer des vêtements secs et de porter la victime au chaud n’est nécessaire.
    • Dans les autres cas, il est extrêmement important de combattre la chute de température du corps. Le réchauffement du tronc est absolument primordial. En effet, si l’on réchauffe d’abord les bras et les jambes cela relâche les vaisseaux sanguins et le sang refroidi circule plus profondément vers les organes vitaux et continue à les refroidir.
    • Lors de leurs dernières expériences menées, les chercheurs estiment que la meilleure technique de réchauffement du corps consistait à insuffler de l’oxygène chaud et humide à la victime.
    • Un autre très bon traitement est un bain chaud dans de l’eau entre 38 et 46°C. Si l’on ne dispose pas d’une baignoire, un canot de sauvetage pneumatique peut être utilisé. On laissera si possible les membres de la victime hors de l’eau.
    • S’il n’y a ni bain, ni douche d’eau chaude, il faut alors envelopper la victime dans des couvertures chauffantes et la mettre dans une pièce chaude avec une bouillotte ou une bouteille d’eau chaude sur la poitrine.
    • Dans des cas critiques, les sauveteurs peuvent se dévêtir jusqu’à la taille et se blottir contre la victime dans des couvertures ou dans un sac de couchage.
    • Donnez-lui des boissons chaudes comme du thè, du café ou du chocolat – pas d’alcool – mais seulement si la victime est consciente et bien éveillée.
    • Si la victime se raidit, est inconsciente ou présente des symptômes de perte de lucidité, parole empâtée, par exemple, la condition est critique (même si la victime ne tremble pas).

    Demandez immédiatement des secours médicaux.

    Bibliographie : M.Philippe Nacass, Docteur en Chimie Physique (article repris d’un bulletin de la SNSM)

     

     

    Noyade en eau froide : fatigue ou hypothermie ?

    Noyades en eau froide : la fatigue plus que l’hypothermie.

    Une expérience menée au Royaume-Uni attribue les décès par noyade en eau froide à une altération des capacités à nager et non pas à la classique hypothermie.

    Le refroidissement des membres supérieurs accélérerait la fatigabilité et donc la capacité à assurer les gestes vitaux. Des modifications de la nage et de l’inclinaison du corps dans l’eau en sont les signes avant-coureurs. Une croyance commune à propos des noyades en eau froide pourrait être remise en question par un travail expérimental mené par l’équipe de Michael TIPTON (Portsmouth, Royaume-Uni). Selon ces médecins, l’hypothermie générale ne serait pas le principal responsable du décès ; elle serait précédée d’une diminution des capacités à nager ainsi que d’une altération de la fonction cardio-respiratoire.

    L’expérience, menée auprès de volontaires est née d’un constat : sur les 400 à 1000 noyades enregistrées annuellement outre-Manche, nombre d’entre elles surviennent chez de bons nageurs. L’hypothermie a été accusée très fréquemment, mais le décès est survenu trop précocement pour qu’une chute de la température centrale à moins de 35°C puisse être responsable.

    Les auteurs ont donc envisagé d’analyser la détérioration de l’aptitude à nager occasionnée par l’eau froide, ce qui n’avait pas été fait. Ainsi, dix bons nageurs (neuf hommes et une femme) ont été enrôlés. Il leur a été demandé de subir trois épreuves de natation contre un courant artificiel en piscine. Pendant au plus 90 minutes, ils ont dû nager, à leur propre rythme, successivement dans des eaux à 25°C, 18°C et 10°C.

    Plusieurs paramètres ont été enregistrés dont :

    la consommation d’oxygène

    la température rectale

    la vitesse

    l’angle du corps dans l’eau

    la fréquence et l’amplitude des mouvements natatoires

     

    Dans une eau à 25°C, les nageurs ont « tenu » 90 minutes, huit ont réussi l’épreuve dans l’eau à 18°C et seuls cinq ont résisté dans l’eau à 10°C. Parmi les défaillances enregistrées dans le milieu le plus froid, un nageur a cessé de nager à 61 minutes et les quatre autres ont dû quitter l’eau avant le délai imparti en raison d’une température rectale à 35°C, alors qu’ils étaient proches de la défaillance. Les auteurs ont constaté qu’en eau à 10°C l’efficacité et l’amplitude des mouvements diminuent alors que leur fréquence et l’inclinaison du corps augmentent. De même, la consommation d’oxygène varie de façon linéaire inverse avec la température de l’eau, une efficacité de la nage inférieure à 5 mètres par litre d’02 consommé semble prédictive de la défaillance. Une explication à la perte d’efficacité est avancée : le refroidissement des membres supérieurs avec la fatigue musculaire qui s’ensuit. Cette fatigue empêcherait, en cas de noyade accidentelle, les mouvements vitaux nécessaires à maintenir au moins la tête hors de l’eau, même chez le porteur d’un gilet de sauvetage. Le décès surviendrait par noyade et non par hypothermie.

    Dr Guy BENZADON

    Article repris du site SFMM (Société Française de Médecine Maritime)

    Vous pouvez revoir l’article sur le mécanisme de la noyade

     

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