• 1500 ans d’histoire au fil de la Dielette, l’industrie à Dielette

     

     

     

    1500 ans d’histoire au fil de la Dielette, l’industrie à Dielette

     

     

    L’industrie à Dielette

     

    Le développement économique de Dielette comprend quatre stades :

    l’âge de la soude, l’âge de la pierre, l’âge du fer et l’âge du nucléaire.

     

     

    L’âge de la soude

     

    Jusqu’à la révolution, grâce à la proximité de la verrerie de Tourlaville, la fabrication de la soude obtenue par la combustion du varech fut une des principales ressources des pauvres habitants de notre côte. Les soudiers pratiquaient dans la Hague, la coupe du varech au mois d’août et allaient exercer leur industrie à Dielette, et pendant l’hiver, aux îles Chausey ou en Bretagne.

     

    industrie à Dielette

    Cette industrie fut particulièrement prospère à Dielette et on connait les doléances de la paroisse de Tréauville à ce sujet, elle survécut même à la verrerie et ne prit fin que sous le second Empire. En 1861, Dielette produisait encore 303 947 kilos de soude de varech.

     

    industrie à Dielette

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    Les articles référents : Production de soude, saga du varech

    Dielette le prix d’un tonneau de cendres

     

     

    L’âge de la pierre

     

    La création du Port militaire de Cherbourg marque le commencement de notre seconde période. Les beaux granits de Flamanville, jusqu’alors à peu près inutilisés, furent employés, à partir de 1780, à la construction des forts de l’île Pelée, du Hommet et de Querqueville. Les tailleurs de pierre étaient payés à raison de 16 sous par pied/carré de parement vu.

     

    Arrêtée pendant la révolution, l’exploitation reprit en 1803 avec les travaux de Cherbourg. Elle fut surtout active au milieu du 19ème siècle. En 1840 on dut prolonger de 20 mètres la jetée d’Hervé Bazan et construire un musoir, « le Caucheton », qui du reste n’a pas pu résister à la violence des marées et n’existe plus aujourd’hui.

     

    industrie à Dielette

    Un compte moral et financier, publié en 1846, par la municipalité de Flamanville donne des renseignements intéressants sur le port de Dielette et sur la population. On y voit que l’industrie à Dielette se portait bien, dans le courant de l’année 1845, il sortit du port de Dielette 282 navires presque tous chargés de granit à destination de Cherbourg, Le Havre, Honfleur, Rouen et Paris. On y trouve aussi un parallèle entre les deux périodes que nous venons d’évoquer :

    « Le travail de nos ouvriers n’a jamais été aussi prospère qu’il l’est aujourd’hui ; ils sont régulièrement payés chaque mois, avant même que leur marchandise soit enlevée de leurs chantiers. Nous connaissons tel ou tel ouvrier laborieux qui tire plus d’argent de sa carrière qu’un propriétaire qui a une valeur territoriale de 3000 francs de rente. Nous pourrions en citer qui, en 1845, d’après les registres matricules de la mairie, ont gagné plus de 2600 francs nets. Nous pourrions en citer un qui, en 1844, de domestique qu’il était, se mit apprenti, et qui, au bout de l’an, d’après sa déclaration et les registres précités, les frais de son apprentissage déduits, avait gagné 800 francs nets. Quelle différence entre cette position des ouvriers et celle d’il y a quelques années ! Il y a peu de temps encore que nos plus robustes ouvriers s’expatriaient une partie de l’année jusqu’en Bretagne et ailleurs, pour faire de la soude, et revenaient au pays harassés de fatigue, avec une santé usée, rapportant la modique somme de 3 ou 400 francs… »

     

    Mais déjà la municipalité prévoyait que cette prospérité était menacée.

    La canalisation de la Haute Vire, alors en voie d’exécution, allait créer une concurrence dangereuse, en assurant, à des prix très bas, le transport des granits de cette région qui, à cause de leur mollesse, étaient déjà favorisés par le bon marché de la main d’œuvre.

    En effet, quelques années plus tard, l’industrie du granit de Flamanville commençait à décliner, en 1861, il ne sortit plus du port de Dielette que 138 caboteurs, et ce mouvement de recul s’est continué jusqu’aux années 1900.

    Article référent : L’exploitation du granit à Dielette au 19 ème siècle

     

     

    L’âge du fer

     

    Heureusement une autre source de richesse vint à ce moment attirer l’attention sur notre petit port et relancer l’industrie à Dielette.

    En 1856, les ingénieurs des mines reconnurent, sur la plage de Dielette, à fleur de sol, l’existence de plusieurs filons de minerai de fer qui paraissaient forts riches.

    Le 23 juillet 1857, les Sociétés des Forges de Denain et Anzin, de Maubeuge, de la Providence de Hautmont et de Montataire furent autorisées à extraire le minerai à ciel ouvert, mais à charge de reconnaître à une profondeur de 40 m au moins au-dessous du niveau des plus basses mers, les gîtes qui affleuraient sur la plage.

    En 1859, M. Bérard, ingénieur civil, autorisé à créer une usine métallurgique à Cherbourg, fut substitué dans les droits et dans les charges des Sociétés du Nord.

    Pour effectuer la reconnaissance qui lui était imposée, il fit creuser, dans le minerai de la plage, un puits dont l’ouverture, libre à marée basse, était recouverte, à marée haute, de plusieurs mètres d’eau. Pour empêcher l’inondation, l’orifice était hermétiquement fermé par une plaque de fonte, un tuyau de fer émergeant, même aux plus hautes marées, permettait d’aérer le puits. Ce travail, entièrement nouveau et sans précédents même en Angleterre, est encore visible aujourd’hui à quelques mètres de la grande jetée. On comprend combien, dans ces conditions, l’exploitation devait être difficile et dangereuse. Bien que la profondeur de 40 mètres n’eût pas été atteinte, M. Bérard obtint la concession en 1865. En même temps, pour assurer le succès de l’entreprise en lui créant des moyens de transport, on décida de construire, sur les rochers de la « Rongnouse » une jetée de 386 m de longueur encerclant un nouveau port, beaucoup plus étendu que l’ancien.

     

    industrie à Dielette

    Les travaux, commencés en 1867, furent terminés en 1870, et le devis primitif évalué à 320 000 francs atteignit définitivement le chiffre de 700 000 francs.

    Malgré tous ces efforts, l’entreprise Bérard périclita et fut remplacée, le 28 mars 1877, par la Société Anonyme des Mines de Dielette qui, abandonnant le puits creusé dans la mer, en ouvrit un autre à Guerfa. Par suite de l’invasion de la mer, ce dernier fut également abandonné (13 février 1880) et l’entrée de la mine fut transportée à la point de la Cabotière où elle était encore dans les années 1960.

    De nombreuse études, plusieurs articles parus dans le Phare, ont rapporté comment la Société Anonyme des Mines de Dielette fut remplacée, en 1884, par la Société des Mines de la Manche et comment fut constituée, en 1907, la Société des Mines et Carrières de Flamanville.

    Le minerai était alors transporté par petits wagonnets sur voie ferrée, reliant La Cabotière au port, où il était chargé sur des bricks de faible tonnage.

    Après diverses fluctuations dans l’exploitation, la mine fut fermée en 1892, puis réouverte sans succès en 1902. Ce n’est qu’en 1907 que la nouvelle Société des mines et carrières de Flamanville, forte des capitaux allemands ayant à leur tête le baron Thyssen, magnat industriel de la Rhur, reprit l’exploitation. Elle entreprit de creuser les puits jusqu’à 150 mètres de profondeur. L’un des deux puits, surmonté de sa tour de 40 mètres de haut, étant dit d’extraction, le second, moins volumineux, servant à l’aération, à la descente et à la remontée du personnel.

    On put ainsi créer un second étage de galeries facilitant l’exploitation des couches puisque, le gîte de minerai étant entièrement sous-marin, on ne pouvait envisager qu’une extraction en profondeur. Mètre après mètre, les galeries d’exploitation furent forées dans un rectangle d’environ 600 mètres de large vers le caisson d’embarquement et 800 mètres parallèlement au rivage, pour atteindre dans les dernières années une longueur totale approximative de 15 kilomètres.

    Hélas, quelques semaines après la mise en service, c’était la mise sous séquestre des mines comme biens allemands, dès la déclaration de guerre de 1914.

     

    industrie à Dielette

    On enregistra alors le départ d’un certain nombre des ouvriers qui étaient arrivés au fur et à mesure du développement de l’exploitation entre 1907 et 1911 : mineurs du Nord, du Pas de Calais et du centre de la France…Belges, Italiens, Espagnols. Afin de loger décemment les « mineurs de fond », la Société des Mines avait fait édifier les habitations des « Corons », regroupées sous le nom de Cité Sainte Barbe, sur le Mont Aju, rétrocédé par M.Milcent, propriétaire du château, qui venait d’acquérir ce terrain en 1910 à la suite de la mise en vente de biens de la famille de Sesmaisons, dont une branche possédait encore à cette date le hameau Férey et diverses terres.

    Cette transplantation massive d’ouvriers dépourvus de tout lien familial et d’unité linguistique hébergés sans doute dans des conditions rudimentaires et totalement désœuvrés lorsqu’ils n’étaient pas au chantier, posa de graves problèmes relationnels.

    Un rapport établi en 1912 fait état de rixes assez fréquentes, parfois graves et même mortelles, qui surviennent entre ouvriers français et étrangers aux mines de Diélette.

    Ces mines appelées à prendre une grande extension occupent actuellement 450 ouvriers dont 150 étrangers. Trois gendarmes sont actuellement détachés provisoirement à Diélette pour y maintenir l’ordre. Demande est faite d’un poste fixe, mais comme le Parlement ne semble pas disposé à voter les crédits nécessaires pour augmenter de trois unités l’effectif de la gendarmerie de la Manche, le commandant de la compagnie de gendarmerie départementale propose de prélever un gendarme aux Pieux, un à Portbail et le troisième à Saint Jores.

     

    industrie à Dielette

    Les puits restèrent fermés jusqu’en 1927 lorsqu’une compagnie française eut racheté les installations. Après une baisse d’activité en 1931 par suite de la crise économique mondiale l’exploitation fut à nouveau arrêtée en 1933 pour reprendre de 1937 à juin 1940, à l’arrivée de l’armée allemande d’occupation.

    Après la Libération, la nouvelle Société entreprit une tâche difficile : vider les puits et galeries noyés par l’eau de mer pour redonner vie à l’exploitation jusqu’en 1962.

    Durant cette période faste, la production journalière moyenne de 500 tonnes de minerai fut exportée vers la Belgique ou l’Angleterre soit par bateaux jusqu’en 1956, soit par camions vers Cherbourg où le minerai était stocké sur le quai de Normandie de la gare maritime.

    Etait-ce à dire que le gisement était épuisé ? On ne peut répondre que par la négative et penser que les réserves étaient, sans se leurrer, encore importantes. Mais des rumeurs circulèrent pour tenter d’apaiser et de convaincre les dizaines d’ouvriers qui durent ou bien s’expatrier en Ardennes, en Anjou, voire en Afrique, ou bien s’inscrire au chômage s’ils n’étaient pas embauchés sur le chantier de l’usine de la Hague dont les premiers travaux de construction démarraient : les difficultés de transport étaient grandes et son coût onéreux et les infiltrations d’eau de mer nécessitaient un pompage astreignant (une nouvelle salle des pompes équipée à neuf fonctionnait depuis deux ou trois ans ! ) La sidérurgie était en crise…

    Les articles référents : Dielette et sa mine de fer sous la mer unique au monde

    110 ans de grand chantier à Dielette

    La mine de fer de Dielette entre 1907 et 1914

     

     

    L’âge du nucléaire

     

     

    Le nucléaire va relancer l’industrie à Dielette

     

    industrie à Dielette

    La centrale nucléaire de Flamanville se trouve à l’emplacement de l’ancienne mine de fer de Flamanville, qui a fonctionné plus de 100 ans de façon discontinue, de 1860 à 1962.

     

    industrie à Dielette

    En 1975, une consultation publique est organisée à Flamanville. 63,7 % des Flamanvillais se prononcent en faveur de l’implantation de la centrale nucléaire. Les premiers terrassements sont effectués en janvier 1978 sur le site de l’ancienne mine de fer.

     

    industrie à Dielette

    Après 6 ans de travaux, les premières épreuves hydrauliques des réacteurs sont effectuées en octobre 1984 pour le réacteur no 1 et en septembre 1985 pour le réacteur no 2. L’unité de production no 1 est mise en service le 4 décembre 1985, pour atteindre sa puissance nominale le 18 mars 1986. L’unité de production no 2 est mise en service le 18 juillet 1986, pour atteindre sa puissance nominale le 6 novembre 1986.

     

    industrie à Dielette

    EDF décide en 2004, d’augmenter la capacité de la centrale de Flamanville et propose l’implantation d’un réacteur EPR. Après les premiers travaux de préparation en 2006, la construction de l’EPR a débuté en décembre 2007 et se poursuit aujourd’hui. Il constitue le premier exemplaire d’une nouvelle génération de réacteurs nucléaires.

     

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    article référent : Dielette, ils sont passés de la mine à la centrale

     

    Lebosco

     

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    1. Henry
      Publié dans 11/09/2017 le 19:33

      Un seul mot merci