• 1500 ans d’histoire au fil de la Dielette, le port

     

     

     

    1500 ans d’histoire au fil de la Dielette, le port

     

     

    Avant de faire subir à Diélette cette diminution, Hervieu Bazan avait voulu lui donner une compensation en créant, dans le havre que nous avons vu se former, le port, le « Vieux Port » de Diélette.

     

    Dielette le port

     

    Ce « Vieux Port », après avoir subi de nombreuses transformations, a presque repris sa physionomie primitive depuis qu’on a construit, il y a environ 130 ans, la chaussée qui relie Diélette à la vallée de Tréauville.

    À l’origine, en effet, le fond du port était protégé contre la violence de la marée montante par un quai occupant à peu près l’emplacement de la chaussée que nous y voyons aujourd’hui.

     

    Dielette le port

     

    La jetée d’Hervieu Bazan subsiste encore presque entièrement. Construite à pierre sèche, elle était formée de gros quartiers de roche et avait quatre-vingt-dix toises de longueur. (Une toise=1,80m). L’une de ses extrémités s’attachait directement à la petite falaise sur laquelle s’élève le village de Diélette et que le flot venait alors mordre à chaque marée.

     

    À cet endroit, le marquis de Flamanville fit élever une redoute destinée à recevoir des pièces de canons et qui commandait l’étroit chenal accédant au port. Derrière cet ouvrage une autre construction, démolie il y a une centaine d’années, servait à loger les agents chargés de percevoir les droits d’entrée pour le compte de cet opulent seigneur. Qu’il nous soit permis de donner un regret à cet édifice, dont la toiture, si bien agencée était autrement pittoresque que la bâtisse vulgaire qui l’a remplacée. On appelait cette maison du marquis de Flamanville, « Le Petit Château ».

    À l’autre extrémité, dans la mer, la jetée se terminait par une plate-forme qui pouvait également être armée.

     

    Dielette le port

    Dielette le port

     

    Il existe, à la Bibliothèque Municipale de Cherbourg, un plan du Port de Diélette datant du commencement du 18ème siècle. On peut y voir, en plus des ouvrages que nous avons signalés, qu’un corps de garde avait été établi tout près de l’embouchure de la Diélette, dans le prolongement de l’axe du chenal. À côté, sur le galet, il y avait un chantier de construction pour les petits navires.

    L’emplacement du port était occupé par deux massifs de rochers : la Héronnière contre la vieille jetée et la Rougnouse, sur l’emplacement de la nouvelle jetée. À l’extrémité de ce dernier écueil, on éleva, un peu plus tard une tour qui servit à la fois d’amer et d’ouvrage défensif.

     

    En 1773, en effet, le Lieutenant Général Gourdon de l’Églisière signalait sur les rochers de la Rougnouse, une tour avec logement et huit canons.

     

    Peu après la mort d’Hervieu Bazan, son successeur vendit à Colbert, moyennant une somme 10 000 livres, dont 6000 étaient réversibles sur la tête de la marquise de Flamanville, le Port de Diélette qui devint ainsi propriété de l’État.

     

    Diélette, le port, lors de sa création, fut surtout un port de refuge pour les navires venant de Granville ou de Saint Malo et qui ne pouvaient en une seule marée franchir le Passage de la Déroute et doubler, à travers le Raz Blanchard, le Cap de la Hague. Au moment du flux, le courant contraire les obligeait à mouiller dans l’anse de Vauville et, par les gros temps, à s’abriter à Diélette.

    En outre, ce petit port, à une époque où les moyens de communication étaient si rares et généralement en si mauvais état, devint naturellement l’entrepôt par où pénétraient la plupart des marchandises destinées à la région.

    Malheureusement, dès la fin du 17ème siècle, cette prospérité naissante dut subir un temps d’arrêt. Diélette, si rapprochée des Îles Anglo-Normandes, n’avait pas tardé à devenir un véritable repaire de contrebandiers. Impuissants à s’opposer à la fraude, les fermiers des aides firent interdire le port et cette interdiction dura vingt ans. Elle ne fut levée qu’en 1718, à la suite d’une pétition des paroisses des Pieux, Flamanville, Tréauville, Benoistville et Siouville.

     

    En 1725, le 14 juillet, il y eût à Diélette, le port, un raz de marée extraordinaire qui fut l’objet d’une communication à l’Académie des Sciences.

     

    Voici dans quels termes l’abbé de Saint Pierre décrivit ce phénomène à Fontenelle :

    … »La mer avait commencé à monter à trois heures de l’après-midi et, sur ce rivage, elle monte de dix pieds dans les fortes marées. Elle avait déjà monté de cinq pieds lorsque tout d’un coup elle se retira d’environ cinq pieds. En 7 ou 8 minutes elle revint et non seulement remonta à la même hauteur, mais elle alla dix pieds au-dessus, de sorte qu’elle se trouva cinq pieds au-dessus de la plus forte élévation qu’elle dût avoir alors. En un autre demi-quart d’heure, elle baissa de façon à assécher la plage, et revint de nouveau, se retira encore et se fixa enfin aux cinq pieds qu’elle avait atteints lorsque son mouvement irrégulier commença. Puis elle continua de monter à l’ordinaire… »

    Ce phénomène qui s’étendit à toute l’anse de Vauville, ne fut ressenti ni dans la baie de Sciotot ni à Cherbourg.

     

    Dielette le port

     

    Bien que nous fussions alors en paix avec l’Angleterre, on pouvait prévoir que, malgré les écrits de ce même abbé de Saint Pierre, cette paix ne serait pas perpétuelle.

    Les ingénieurs des côtes signalèrent à diverses reprises l’importance du port de Diélette en cas de conflit et les travaux qu’il était urgent d’y exécuter.

    En 1717, l’ingénieur de la Hougue présentait un devis s’élevant à 29 355 livres pour le prolongement de la jetée.

    En 1731, 1732 et 1733, Mr de Caux démontrait la nécessité d’approfondir le port et le chenal de façon à permettre aux frégates de quarante canons d’y entrer. Il demandait aussi qu’on garnit de canons la plate-forme qui terminait la jetée.

    En 1759, Mr Franquet de Chaville signalait d’autres améliorations à apporter au port de Diélette. Il fallait revêtir la jetée d’une bonne maçonnerie et élever une tour à signaux sur la hauteur.

     

    Est-il nécessaire de dire que la guerre de Sept ans, et plus tard la guerre d’Amérique, nous surprirent, sans qu’aucun de ces travaux eut été effectué.

    Pendant la première, Mr de Raymond, commandant le camp et la place de Cherbourg qu’il devait, en 1758, abandonner si honteusement aux anglais, détacha à Diélette une compagnie du Royal Vaisseaux.

    Pendant la guerre d’Amérique, la garnison se trouvait réduite à quinze hommes du Royal Deux Ponts, presque tous malades et qui auraient eu sans doute de la peine à assurer la défense des différents ouvrages, particulièrement de la tour de Rougnouse armée ainsi qu’on l’a vu, de huit canons, Il est vrai que les paroisses voisines étaient astreintes à fournir la garde de la côte.

    Heureusement, dans aucune de ces guerres, on ne dirigea d’attaque sur Diélette.

     

    Vous pouvez lire ici les articles sur la construction du nouveau port

     

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