• Crapauds, ânes, doux surnoms de nos amis anglo-normands

     

     

     

    Crapauds, ânes, doux surnoms de nos amis anglo-normands

     

     

    De part et d’autre de la Manche, il y a les « frogs » (Français) et les « rosbifs » (Anglais). Mais dans les îles Anglo-Normandes, il y a aussi les « toads » (crapauds) et les « donkeys » (ânes).

     

    Les habitants de Jersey et de Guernesey perpétuent une rivalité ancestrale qui s’est transformée avec le temps en gentille moquerie. Les premiers qualifient ainsi les Guernesiais et leur caractère bien trempé « d’ânes », tandis que les seconds appellent facilement les Jersiais « crapauds », rapport à ce charmant animal que l’on trouve à Jersey, mais pas à Guernesey !

     

    D’où leur vient cette désignation si peu flatteuse ?

     

    Voici ce qu’en dit la légende :

     

    Lorsque Saint Patrick arriva à Jersey, il fut accueilli avec des pierres et des insultes. Lorsqu’il se rendit sur Guernesey, par contre, les gens lui réservèrent un accueil très chaleureux. Il se plut énormément à Guernesey et décida de la revendiquer. Saint George résidait également à Guernesey à cette époque, et lui également, avait décidé de revendiquer l’île. Plutôt que de débattre, les saints dans leur sagesse décidèrent qu’aucun des deux ne l’aurait, mais avant de la quitter ils voulurent accorder des cadeaux à leurs hôtes si hospitaliers.

    Saint George se tenait près d’un petit ruisseau : il en bénit ses eaux leur donnant ainsi le pouvoir de guérison.

    Saint Patrick rassembla toutes les créatures mauvaises de Guernesey et se rendit aussitôt à Jersey où il les débarqua toutes. Depuis lors, Guernesey est délivré de toute cette faune hostile et Jersey a plus que sa part de serpents et de crapauds.

    Je pense que si nous avons été si grossier envers un Saint, nous méritons bien notre surnom si peu flatteur. La rivalité n’est pourtant pas éteinte entre Jersey et Guernesey. Nous avons tendance à retourner le compliment en surnommant les habitants de Guernesey les « ânes », en référence m’a-t-on dit à leur paresse innée.

     

    À Jersey les Crapauds (prononcez Cwapauds) sont les Jersiais. Le crapaud est le symbole de l’île.

     

    crapaudsLa colonne au Crapaud, sur cette colonne sont inscrites les peines encourues pour divers délits qui vont du vol à l’homosexualité. Une table de lois qui n’existe plus bien sûr.

     

    Les habitants des autres îles ne sont pas en reste et possèdent aussi leur surnom dans le folklore local : les « vaches » à Aurigny, et les « corbeaux » à Sercq.

    Légendes et folklore de Jersey et Guernesey. Traduction de Jean Louis Laurin (2002)

     

     

    C’est assez fascinant, cet humour qui assaisonne et illumine les contradictions de la vie et qui démontre la similarité des choses qui ne paraissent pas semblables et qui, par les mots et les expressions, et même les événements, nous amusent par le ridicule et l’absurde, et provoquent l’imagination vers le comique. L’humour est le reflet de la diversité des éléments qui constituent les mœurs d’un peuple. Et c’est un moyen qui sert à la fois à communiquer des idées et à comprendre les gens.

     

    L’orgueil de son pays et la rivalité entre régions produisent partout de l’humour essentiellement local. Les gens des îles de Jersey et Guernesey, séparés par seulement 30 km de mer sont presque des étrangers les uns pour les autres. Un mariage entre des personnes des deux îles est très rare. A Jersey, on dit :

    « Tchi méthyis eune Dgernésiaise Né s’sa janmais à s’n aise ».

     

    Le Jersiais qui habite dans l’est de Jersey donnera comme raison pour ne pas habiter l’ouest de l’île que ce serait trop proche de Guernesey.

    Comme exemple encore de raillerie ou plaisanterie moqueuse, on dit que celui qui est pris de diarrhée a «la djernesiaise». Les Guernesiais nomment cette affection « La jersiaise ».

    Philip MAUGER de VEULLE. L’Humour Normand. Septembre 1978. Revue du Département de la Manche-Tome 21

     

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