• L’acoupa Totoaba du Mexique plus bruyant qu’une tronçonneuse

     

     

     

    L’acoupa Totoaba du Mexique plus bruyant qu’une tronçonneuse

     

     

    Espèce de poisson tropical large et long avec une mâchoire inférieure proéminente par rapport à la mâchoire supérieure.

    L’acoupa totoaba (dont le nom scientifique est ‘‘Totoaba macdonaldi’’, autrefois aussi dénommé Cynoscion macdonaldi Gilbert, 1890) est un grand poisson argenté, marin et estuarien, qui mesurait autrefois jusqu’à 2 m de long. C’est le plus grand des poissons de la famille des Sciaenidaés.

     

    Acoupa totoaba

     

    C’est la seule espèce au sein du genre Totoaba. Elle est endémique du golfe du Mexique. Ce poisson est caractérisé par une capacité à émettre un « croassement » (permis par le frottement de sa vessie natatoire contre ses muscles abdominaux).

     

    Autrefois abondant, il fait l’objet d’une surpêche et d’un intense braconnage qui ont conduit ce poisson pourtant très fécond à le faire classer dans la liste des espèces menacées (liste rouge de l’UICN ; classé en danger critique d’extinction depuis 1996).

    Malgré plus de 40 ans de mesures de protection, sa population continue à régresser en raison du fait que sa vessie natatoire est vendue à haut prix en chine (parfois plus que son poids en or, comme met de grand luxe (près de 15 000 $ le kg) ou ingrédient de médecine traditionnelle, ce qui a incité les cartels mexicains à en entretenir une pêche illégale (ce pourquoi ce poisson est parfois dénommé « cocaïne aquatique »).

    Un autre indice de surpêche est le fait que la taille des plus grands spécimens pêchés ne cesse de se réduire (dans les années 1950 elle était de 2 m pour 100 kg, mais on ne trouve plus dans les années 2010 que de petits spécimens, or ce poisson n’est sexuellement mature qu’à partir de 6 ans.

     

    Acoupa totoaba

     

    En moins d’un siècle, l’acoupa totoaba a vu sa population se réduire de 95 %. Cette chute vertigineuse s’explique d’une part par la dégradation de son environnement de frai, et d’autre part par la surpêche et le braconnage dont il fait toujours l’objet.

    Après un pic historique en 1942, la quantité de poissons prélevés diminuera jusqu’en 1975 malgré l’intensification de la pêche et l’amélioration des instruments. Cette année-là, 58 tonnes seulement sont prélevées ; la pêche de l’acoupa totoaba est alors interdite par le Mexique.

     

    Acoupa totoaba

     

    Malgré cela, de jeunes totoabas sont encore chassés durant plusieurs années, que ce soit pour la consommation ou pour le sport. Au milieu des années 1980, on estime que plus de 150 000 totoabas sont encore victimes de la pêche chaque année. La sensibilisation porte ensuite ses fruits et, bien que le braconnage ne cesse pas entièrement, la pêche semble diminuer.

     

    L’avenir de l’espèce va cependant connaître un nouveau tournant au milieu des années 2000. A des milliers de kilomètres du Golfe du Mexique, en Chine, un autre poisson de la famille des Sciaenidés est victime de la surpêche et s’éteint. La raison ? La vessie natatoire, cette simple poche remplie de dioxygène, dioxyde de carbone et diazote, est considérée en Chine comme un mets de luxe. La médecine traditionnelle l’utilise également pour résoudre certains problèmes de cœur ou de peau, et même pour soigner soi-disant des troubles de la fertilité. Avec l’extinction du bahaba taipingensis, les Chinois cherchent un substitut, une autre espèce de Sciaenidés. Ils se tournent vers l’acoupa totoaba (totoaba macdonaldi).

     

    Dès lors, la demande augmente alors que les stocks sont au plus bas ; les prix au marché noir explosent. Les vessies natatoires des acoupas totoabas sont vendues 1 000 à 5 000 $ l’unité aux Etats-Unis, puis dépassent allègrement les 10 000 $ une fois acheminées sur le sol asiatique. L’espèce a même gagné le surnom de « cocaïne aquatique » : les cartels mexicains gagnent des millions de dollars chaque année grâce à sa contrebande.

    Le Mexique a établi de lourdes sanctions afin de lutter contre la contrebande d’acoupa totoaba, mais les peines maximales ne sont jamais appliquées. Alors que le braconnage est aujourd’hui passible de 20 ans de prison et d’une amende de 250 000 $, les dernières condamnations oscillent entre 4 mois et un an de prison. Pourtant, depuis 2013, les saisies se multiplient aux Etats-Unis et au Mexique, avec des prises record dépassant les trois millions de dollars. Pendant ce temps, en Chine, les saisies sont quasi-inexistantes et le commerce, pourtant interdit, se pratique ouvertement.

     

    Acoupa totoaba

     

    L’acoupa totoaba du golfe du Mexique, est menacé, mais les scientifiques misent sur une nouvelle technique pour évaluer leur population et mieux les protéger : écouter les sons émis lors de leur période de reproduction.

    À chaque printemps, ce poisson se regroupe pour la saison des amours pendant laquelle les mâles émettent des sons très puissants. Quand les mâles commencent à appeler pour attirer les femelles, le son est « assourdissant », assurent les scientifiques. Il peut dépasser les 190 décibels : « C’est plus bruyant qu’un concert de rock, plus bruyant que de se tenir à un mètre d’une tronçonneuse », affirme Brad Erisman.

     

     

    Ces sons et le fait de se regrouper dans un espace réduit – moins de 1 % de leur habitat – rend cette espèce très vulnérable, les pêcheurs la repérant très facilement et concentrant leurs efforts sur une zone délimitée. En trois semaines, un million de poissons peuvent être capturés. L’état du stock de ce poisson est mal connu car l’acoupa du golfe évolue dans des eaux très sombres et les estimations disponibles sont basées sur des données très incomplètes.

     

    Acoupa totoaba

     

    Mais pour améliorer les connaissances sur cette espèce, les chercheurs de l’Université du Texas ont eu l’idée de se baser sur le volume de sons émis et, avec l’aide de modèles mathématique, ont établi qu’il y avait eu, au pic de la saison de reproduction, environ 1,5 million d’individus, représentant une masse de 2.000 tonnes. Les scientifiques vont ainsi pouvoir suivre avec précision l’évolution du stock et recommander des mesures de protection si le déclin est trop marqué. Cette technique consistant à se servir des sons émis pendant la période de reproduction pourrait être appliquée à d’autres poissons se regroupant pour se reproduire et émettant des sons pour attirer les femelles, tels les harengs, sardines, morues, bars ou esturgeons, indiquent les chercheurs.

     

    sources: Benoit Goniak et Brad Erisman

    Lebosco

     

     

     

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