• Les scies japonaises vous font scier à l’envers

     

     

     

    Les scies japonaises vous font scier à l’envers

     

     

    vue de bateau à clins réalisé à la scie japonaise

     

    Au Japon, la pire insulte que l’on puisse faire à un artisan est de l’accuser de lenteur.

    C’est pourquoi les scies nippones sont si précises, rapides et efficaces.

     

    L’origine des scies japonaises (nokogiri) semble assez obscure, mais on pense qu’elles sont venues de Chine, peu après l’ère Kofun, au Moyen Age. Elles ont la particularité de couper en tirant et non en poussant comme il est d’usage en Occident (notons cependant que les scies à bûches coupent le plus souvent dans les deux sens).

    Cette différence pourrait bien être due à la position traditionnelle du shokunin (artisan), accroupi ou assis et non debout. Il ne lui est donc pas possible d’utiliser le poids de son corps pour agir sur les muscles du bras. En revanche, quand vous sciez en tirant, vous pouvez, quelles que soient votre position et votre masse musculaire, tirer le meilleur parti de votre force.

     

     

    Les conséquences pratiques de cette particularité sont moins anodines qu’il y paraît : scier en tirant exerce une tension sur la lame, qui n’a dès lors plus à supporter le moindre effort de compression. Comme elle ne risque plus de se tordre, les fabricants ont pu utiliser des aciers très durs mais fragiles, qui permettent d’obtenir le tranchant acéré à même de venir à bout des bois les plus durs. La coupe reste fine et très nette. Le trait est parfaitement droit, avec une lame de quelques 1/10 de mm d’épaisseur seulement.

    Autres spécificités de la scie japonaise, sa denture est différente selon que l’on travaille en travers du fil ou en long, et sa densité évolue sur toute la longueur de la lame. Cette disposition permet de faciliter l’amorce du trait en utilisant d’abord les dents plus fines du talon, le rendement augmentant à mesure que l’on se rapproche de l’extrémité de la lame. Dans tous les cas, l’avoyage (écartement transversal des dents) est très réduit, de l’ordre de quelques 1/10 de mm.

     

    différents types de scies japonaises

     

    Une pratique différente mais une utilisation particulièrement simple

     

    Les scies japonaises, dont il existe de nombreux modèles, se répartissent en deux catégories principales : les kataba, à simple denture, et les ryoba, à double denture. Les premières sont déclinées en deux types, pour couper en long et pour couper en travers, auxquels s’ajoutent des modèles pour coupe fine, les dozuki. La double denture de la ryoba en fait un outil adapté à tous les usages – c’est la scie la plus répandue dans les ateliers japonais -, mais elle présente un inconvénient pour les travaux de finition: si le bord supérieur de la lame pénètre dans le trait, ses dents risquent de rayer le plan de coupe.

     

    utilisation d'une scie japonaise

     

    Le manche, traditionnellement en bambou, de la ryoba a une section ovale confortable dont la grande longueur facilite la prise à deux mains. Cette préhension déroutera sans doute le néophyte, mais elle augmente considérablement le rendement, tout en diminuant les efforts physiques du scieur.

    Pour un travail plus précis, on peut aussi utiliser l’outil d’une seule main, en plaquant le manche contre l’avant-bras.

     

    comment prendre une scie japonaise

     

    Plus l’angle que fait la lame avec le bois est grand, plus le travail est facile. Mais plus il est réduit, plus le travail est précis … Avec cet axiome en mémoire, on fera varier l’attaque de 10 à 15° en moyenne pour une coupe en long.

    Il est inutile de forcer sur la lame, sous peine de planter les dents dans les fibres. Il suffit de la guider le long du trait, en finesse et sans efforts. Pour la coupe en travers du fil, la technique est la même, mais l’angle de la lame est porté à 30 ou 35° environ. La denture est aussi deux fois plus fine (6 dents/cm environ).

    Version occidentalisée de la kataba traditionnelle, la scie Topman est équipée d’une poignée revolver qui ne changera pas vos habitudes de prise en main. Elle est équipée d’une lame polyvalente en acier de haute qualité autorisant la plupart des travaux de coupe ordinaires, panneaux et PVC compris. La lame est démontable – ce n’est pas le cas de celle de la ryoba – et peut facilement se remplacer par une neuve. Contrairement aux travaux réalisés à la scie égoïne standard, le trait de coupe est ici extrêmement fin, laissant une surface presque parfaite, en particulier sur un bois dur.

    Pour des résultats encore supérieurs, les scies dozuki ont une lame encore plus fine (3/10 de mm) avec près de 10 dents au cm ! Renforcées par un dos métallique, elles servent à araser les tenons, là où aucun éclat n’est toléré. La souplesse de la lame des scies japonaises permet d’araser facilement les chevilles, tourillons ou bouchons, d’autant que l’avoyage très faible ne laisse que peu de traces sur le bois. Pour un travail à fleur parfait, il existe un modèle spécifique appelé kugihiki, qui n’a aucune voie (la firme Veritas en propose une adaptation moderne avec une voie asymétrique).

     

    Japonais sciant un plat-bord

     

    Mieux vaut changer les lames plutôt que de tenter de les affûter

     

    Compte tenu de la dureté de l’acier et de la complexité géométrique des tranchants, l’affûtage à la main est inaccessible au commun des mortels, d’autant qu’il doit être réalisé dans l’épaisseur de la lame, les tranchants étant orientés vers l’intérieur. Les affûteurs japonais y arrivent avec un marteau, une enclume, une lime et… d’innombrables années d’apprentissage ! Le simple bricoleur devra donc y renoncer et s’offrir à grand prix une nouvelle lame. Raison de plus pour prendre soin de sa scie, qu’il faut ranger bien à l’abri dans un chiffon propre, après nettoyage et lubrification de la lame avec un produit sans silicone. On évitera aussi de scier les panneaux agglomérés, contre-plaqués ou stratifiés dont les colles sont fortement abrasives. Dernière précaution, ne tenez jamais votre nokogiri par la lame, car les dents, tranchantes comme des rasoirs – ce n’est pas une image ! -, sont redoutables pour les mains.

    Jean-Yves Poirier, Chasse-Marée 185

    http://www.hmdiffusion.com/Scies-japonaises-4012-1227-f.htm

    http://kokumotsu.org/les-scies-japonaises-et-allan-little

    A voir tous les modèles de scies japonaises : http://www.hmdiffusion.com/rftp/sat/pdf/n099.pdf

     

    Lebosco

     

     

     

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