• Casiers en osier, tradition de marins chez les Colin à Ouessant

     

     

     

    Casiers en osier, tradition de marins chez les Colin à Ouessant

     

     

    Chaque jour, Jean-Paul Colin sort en mer à bord du Pollux, d’avril à octobre, en espérant avoir, au fond de ses casiers en osier, de belles langoustes. Jean-Paul Colin est sans doute le dernier Ouessantin à fabriquer encore ses casiers en osier, « une tradition ancienne sur l’île », rappelle-t-il. Revenu vivre à Ouessant avec sa femme à l’heure de la retraite, il a repris la tradition familiale de cet artisanat en voie de disparition. Chaque jour, Jean-Paul Colin, installé sur l’île d’Ouessant, rend visite à ses parents. C’est dans leur jardin qu’il fabrique ses casiers, là où il a appris la technique au côté de son père.

     

     

    Ce dernier, Paul Colin, était pêcheur de langoustes sur l’île après la Seconde Guerre mondiale. Tous les quinze jours, il passait le Fromveur à la voile pour livrer sa pêche au Conquet (29). « À l’époque, les pêcheurs ne travaillaient que six mois par an, ils n’avaient pas les bateaux d’aujourd’hui. L’hiver, ils faisaient des casiers en osier et travaillaient ailleurs à la tâche », raconte Jean-Paul. Mais pendant ces six mois de relâche, les revenus sont maigres pour une famille qui compte bientôt quatre enfants. En 1951, le père embarque donc dans la Marine marchande – « Il était sur les pétroliers, on le voyait tous les six mois » ? pendant que sa femme, Soizig, s’occupe des enfants, de la terre et des moutons.

     

     

    À 19 ans, Jean-Paul choisit de devenir sous-marinier. En août 1970, la Galatée, sous-marin sur lequel il navigue, fait naufrage. « Un drôle de moment dans ma vie », dit-il sobrement.

     

    Le 20 août 1970, le sous-marin Galatée aborde accidentellement en surface le sous-marin sud-africain Maria Van Riebeeck (type Daphné également) devant Toulon. La Galatée est alors contrainte de s’échouer au pied de la falaise de Cépet, alors que le sous-marin sud-africain parvient à rallier Toulon par ses propres moyens. Six marins de la Galatée périssent suite à cet abordage (MT Joseph Frelot, MT Jean Lequeux-Lepetit, MT Pierre Morin, SM Serge Germain, SM Jean-François Lapeyre, Mot Henri Mouton). Leur décès (noyés ou asphyxiés) est survenu postérieurement à l’abordage, au cours des manœuvres destinés à empêcher le sous-marin de couler par grands fonds. Le bateau pompe Aiguière viendra le premier à son secours en mettant en place des moyens d’épuisement pour l’empêcher de chavirer.

    Le 23 août 1970, la Galatée est déséchouée par quatre chameaux (= citernes), quatre remorqueurs de port dont le Manguier, la gabare Criquet et une péniche avec pompe d’assèchement. Elle est remorquée jusqu’à l’arsenal, puis mise au bassin Vauban sud-ouest le lendemain.

    Du 24 août 1970 à fin janvier 1973, le sous-marin Galatée subit de longues réparations à l’arsenal de Toulon (changement de 5 mètres de coque épaisse, de la ligne d’arbre tribord, du schnorchel, de la sécurité plongée…). Une partie de son ancienne coque sera mise en exposition à l’école sud-africaine des sous-mariniers de Simon’s Town.

    http://www.netmarine.net/bat/smarins/galatee/histoire.htm

     

     

    Quand il quitte la Marine au bout de quinze ans, il refuse de poursuivre dans les centrales nucléaires qui recrutent alors des profils comme le sien : « Travailler avec des chefs, je ne voulais pas ! ». Il exerce plusieurs métiers, notamment vendeur de matériel de pêche – « ça, j’aimais bien ! » – avant de reprendre une société de taxis au Conquet. Quand ses filles sont en âge de prendre la suite, il revient sur l’île avec sa femme Dany, Ouessantine elle aussi. C’est là qu’il reprend la fabrication de casiers en osier.

     

    Une histoire de transmission Tout se passe sur l’établi familial, un haut tabouret de bois serti d’une jante de vélo à sa base. Jean-Paul passe d’abord les plus grosses tiges par des trous ménagés dans l’assise – ce sera l’ouverture du casier – puis il les courbe pour qu’elles retombent autour du tabouret. Sur cette armature verticale, il passe horizontalement des tresses d’osier qu’il rallonge de nouveaux brins au fur et à mesure de sa progression. Enfin, il retourne l’objet pour y ajouter le fond, confectionné avec de grosses tiges parce qu’il doit pouvoir supporter la lourde pierre qui lestera le piège.

     

     

    « Avant, on utilisait l’osier jaune ou bien l’osier commun, alec en breton (le saule) ». La préférence de Jean-Paul va à un osier rouge, plus souple, qu’il a planté dans son oseraie. Il faut cinq ans avant la récolte ; un casier dure une à deux saisons. Castor et Pollux D’avril à octobre, Jean-Paul sort en mer tous les jours sur le Pollux, son bateau. « Le précédent, c’était Castor ! », sourit-il. « Ce sont les étoiles de la constellation des gémeaux, mon signe, et ce sont aussi des guerriers, des Argonautes, nom du premier sous-marin sur lequel j’ai embarqué ». À la pêche, Jean-Paul aime le geste juste et efficace du véritable amateur, celui qui aime. Pas besoin de sondeur à bord du Pollux, le pêcheur connaît les fonds comme sa poche : « Les langoustes aiment les parois verticales, alors si tu poses ton casier au bon endroit… ».

    Pas besoin non plus de forcer sur le moteur contre la mer : « Je sais comment le courant sera quand je viendrai lever mes casiers, je les pose en fonction ». Mais au fait, pourquoi la langouste ? « Parce que c’est plus rare que le homard ! Je mets un point d’honneur à en rapporter ! ». Quant à l’osier, « c’est plus pêchant que le plastique », conclut-il, et on le croit volontiers à voir les langoustes qu’il remonte ! À qui transmettre ce savoir ? Maryline et Anne-Laure, les deux filles de Jean-Paul, n’ont pas vraiment le temps sur le continent mais il ne désespère pas : il a trois petites-filles… Maureen, 7 ans, commence à s’intéresser : « Je l’ai envoyée en mer cet été, voir le bateau du père Jaouen et elle a aimé ! ».

    http://www.letelegramme.fr/bretagne

     

    Lebosco

     

     

     

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.