• Conte de Dielette du petit sapin tordu de Noël

     

     

     

    Conte de Dielette du petit sapin tordu de Noël

     

     

    Dans le froid humide de ce début de mois de décembre, deux hommes coupaient des sapins dans le bois des Hougues dans la Hague.

     

     

    L’hiver avance – dit le plus vieux – heureusement que c’est fini car demain, c’est les vents de Noroît qui vont s’installer.

     

    Et ils les chargèrent dans une remorque en prenant soin ne pas abîmer les branches, car vous vous doutez bien que c’était des sapins de Noël. Quand ils eurent fini, le plus jeune, qui s’apprêtait à sécuriser le chargement, pointant son doigt, dit à son collègue : il en reste un là-bas !

     

    C’était un petit sapin qui avait poussé en bordure du chemin. Écrasé par le passage d’un tracteur, il s’était redressé tout seul, mais son tronc était resté plié et depuis ce temps-là, il lui manquait quelques branches. L’homme le regarda, haussa les épaules puis eut l’air de dire : puisque cela te fait plaisir, le voilà !

     

    Ah ! il en fit un long voyage, jamais le petit sapin tordu n’avait imaginé que le monde fut si grand. Il fit partie du lot d’arbres acheté par un commerçant de Flamanville, dans le Cotentin, qui tous les matins, les alignait sur le trottoir au pied de sa vitrine. Il en vit passer du monde et plus Noël approchait, plus cette joie complice et discrète qui planait sur la commune, s’amplifiait. Les vitrines éclatantes de lumière offraient une abondance de jouets et de cadeaux autour de décors de rêve, que l’imagination des enfants, transformait en un monde à la fois réel et merveilleux. Une musique toute imprégnée de cette joie enfantine en attente d’un grand mystère, parcourait les rues où des éclairages et des guirlandes multicolores illuminaient le ciel à rendre jalouses les étoiles.

     

     

    Le pauvre petit sapin tordu, avec tristesse, voyait partir ses frères, choisis pour être couverts de guirlandes et de cadeaux, sorte de destinée qui semblait lui être refusée à cause de son infirmité. Le soir de Noël, personne ne l’ayant acheté il était resté tout seul. Le commerçant pour s’en débarrasser, le mit au bord du trottoir à la disposition des éboueurs. Mais une voiture l’accrocha et le traîna jusqu’à Dielette pour l’abandonner en haut de la Jalousie (un quartier de Dielette) où une rafale de vent l’emmena jusque dans la rue du Bec, où emporté par son élan il heurta une porte sombre. La porte s’ouvrit et trois enfants étonnés et joyeux s’exclamèrent : Oh maman viens voir, un sapin de Noël qui est arrivé tout seul !

     

    Le visage soucieux de leur mère s’illumina d’un timide sourire. Elle avait perdu son mari dans un accident et son dernier enfant gravement malade qui réclamait des soins constants ne lui permettait plus de travailler. Il lui fallait avec ses maigres ressources, payer ses charges, élever sa famille et bien entendu elle n’avait pas pu acheter le traditionnel sapin. Et voilà qu’il lui en arrivait un, dont personne ne voulait, mais bien accueilli ici, avec la joie de ceux qui n’ont rien. Les enfants rangèrent leurs souliers tout autour avec la ferveur que donne l’attente de cette nuit de Noël pleine de mystères.

     

    A peine s’étaient-ils endormis qu’une fourgonnette portant la marque d’un transporteur Express s’arrêta devant leur porte. Le chauffeur, un vieil homme, tout en marmonnant dans sa barbe en descendit deux grands cartons qu’il eut du mal à rentrer dans la maison. Malgré les protestations de la femme qui lui disait qu’elle n’avait rien commandé, il lui présenta un bordereau de livraison établi à son nom et à son adresse, où tout était réglé. Il repartit aussi vite qu’il était venu sans explications, très pressé de finir sa tournée.

     

    Tôt le matin, quand ils se levèrent, les enfants n’en crurent pas leurs yeux et restèrent, un bon moment, muets d’étonnement. Ils ne reconnaissaient plus le petit sapin tordu tout rabougri qu’ils avaient laissé là hier soir. Il était devenu un sapin majestueux, féerique et resplendissant chargé de guirlandes lumineuses, où des boules multicolores renvoyaient des éclats aux quatre coins de la pièce.

     

     

    Suspendus aux branches, des étoiles et des angelots en métal doré tournoyaient. Mais surtout leurs chaussures avaient disparu, écrasées par d’énormes paquets. Sous le regard mouillé par les larmes mais heureux et attendri de leur mère, les enfants en découvrant leurs trésors poussaient des cris de surprise joyeux. Une poupée pour l’aînée, avec une petite chaise pour l’asseoir devant une coiffeuse et une dînette, une ferme pour le second avec des vaches, des tracteurs et des machines agricoles et pour le troisième une boite à musique électronique et un jeu de construction. La maman non plus n’avait pas été oubliée, car elle trouva dans son paquet une doudoune fourrée à la mode qui lui tiendrait chaud pendant tout l’hiver. Sans oublier un gros paquet, plein de chocolats, papillotes, clémentines et autres friandises.

     

     

    La nature est pleine de rêves qui ont besoin de rêveurs pour s’accomplir, et le petit sapin tordu de Noël, très modestement, en poursuivant le sien avait sans doute aidé cette famille démunie à avoir une part de ce rêve magnifique, transcendé par la grâce de Noël et l’amour des parents.

    Lebosco

     

     

     

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