• Chantier Bellot : Florentin Bellot 1875 – 1943

     

     

     

    Chantier Bellot : Florentin Bellot 1875 – 1943

     

     

    Florentin Bellot est né en 1875. Comme ses frères il a appris le métier avec son père : c’est lui qui a dessiné la « grande » Lucie, un très grand sloop qui fut un bateau splendide mais peu bénéfique pour les finances du chantier.

     

    florentin-bellot-1La Lucie en construction à la Masse

     

    Il obtient son brevet de maître charpentier et achète le chantier à Saint Vaast, dans le Cul de Loup. C’est là qu’il lancera le Dieu Famille Patrie en 1908.

     

    florentin-bellot-2Demie coque du Dieu Famille Patrie conservée au Café de France

     

    Florentin Bellot était sans doute un charpentier trop méticuleux pour proposer des prix compétitifs. Il revend le chantier de Saint Vaast et revient à Barfleur pour s’occuper du commerce qu’il a ouvert quelques années plus tôt et qui est tenu par sa première épouse. Le Café de France, existe toujours et a appartenu ensuite à sa fille puis à son petit-fils.

     

    Il n’exerce plus le métier de constructeur de navire mais il continue à travailler le bois avec minutie. C’est lui qui a réalisé l’escalier du Café de France, inspiré de celui de l’église de Barfleur et un poste d’observation sur le toit d’où il pouvait avoir une vue dans toutes les directions. Ce belvédère ayant été touché par la foudre il a commencé à prendre l’eau et il fut détruit.

    Il conservait également une activité de poulieur. Il avait un tour à bois avec lequel il faisait des poulies.

     

    florentin-bellot-3L’ancienne tannerie, rue du Puits

     

    florentin-bellot-4Florentin Bellot et sa fille unique Odile

     

    Enfin il possédait également une tannerie qui était située dans l’actuelle rue du puits.

    Quand on vidait les cuves l’eau de mer devenait toute rouge. Comme on le voit il avait abandonné le métier de constructeur de navires mais il toujours en relation étroite avec les pêcheurs de Barfleur.

    Florentin Bellot était très coquet et il ne sortait jamais sans s’être rasé ! Et même pour se coucher il revêtait une belle chemise de nuit impeccable avec des liserés rouges. Comme presque tous les Bellot, il était amateur de lecture. Et même quand il grillait son café il tournait la manivelle du grilloir d’une main et tenait un livre dans l’autre main !

    Il meurt sur la route près de Quettehou en revenant de Piedchou en vélo le 27 octobre 1943.

     

    Le Café de France à l’époque de Florentin Bellot – Sa nièce Monique, fille de Benjamin Bellot, venait souvent passer ses vacances au café de France quand son père était sémaphoriste à Jardeheu. Elle a conservé un souvenir impérissable de ses séjours chez l’oncle Florentin.

     

    florentin-bellot-5Le Café de France vers 1910 : on voit nettement le belvédère entre les cheminées.

     

    Le commerce était divisé en deux parties : à gauche l’épicerie et à droite le Café proprement dit. La petite épicerie faisait également avitaillement pour les bateaux et il y avait donc tout l’équipement dont a besoin un pêcheur : hameçons, plombs etc. Florentin Bellot avait construit des meubles de rangement avec des tiroirs pour tous les petits articles : hameçons etc. Chaque tiroir avait son étiquette et son bouton en porcelaine. Certains de ces meubles existent toujours… Il y avait évidemment les bocaux de bonbons qui ont laissé un souvenir impérissable à tous les petits barfleurais. Le gros sel était dans une grande caisse et il était vendu au poids. En effet certains pêcheurs conservaient la beite plusieurs jours dans le sel. À l’étage il y avait une réserve pour le matériel plus encombrant : cirés, cachou, brai, poulies etc. Ceux qui ont connu cet endroit se souviennent de la bonne odeur de cachou, de bitord et d’huile de lin des cirés. En haut il avait également son bureau ou tout était méticuleusement rangé.

     

    C’est lui également qui avait construit les tables et les sièges pour la salle du café. Il y avait de grandes tables pour que tous les membres d’un équipage de bautier puissent s’y tenir réunis. Les marins faisaient une grande consommation de moques de cidre et il fallait trois tonneaux par semaine. Le choix du cidre n’était pas pris à la légère. Florentin qui n’avait pas de voiture, allait en vélo ou louait un taxi et allait visiter les fermes qui pouvaient être à Morsalines, Quettehou ou à Piedchou. Il goûtait le cidre comme un taste-vin puis passait ses commandes. Il mettait sur chaque tonneau un signe distinctif pour qu’on ne lui apporte pas autre chose que ce qu’il avait choisi ! Les barriques arrivaient en charrettes puis étaient glissées en place dans le cellier. Le soir le café était lavé et de la sciure était répandue sur le sol.

     

    Le café du Café de France était très réputé dans la région. Florentin Bellot faisait venir le café vert depuis Le Havre. Les différentes variétés de grains étaient placées dans un présentoir avec des séparations disposées en rayon. Il faisait son mélange, le plaçait dans le grilloir. Beaucoup de barfleurais se souviennent avec émotion de l’odeur du café qui grillait à l’arrière du Café de France !

     

    florentin-bellot-6Le grilloir à Café de Florentin Bellot

     

    florentin-bellot-7l’escalier fabriqué par Florentin Bellot

     

    Florentin Bellot est mort alors que sa fille Odile n’a que 3 ans et c’est Augustine, la mère d’Odile qui tiendra le café. Ce n’était pas toujours simple d’être une femme seule face à des matelots un peu égayés par quelques moques de trop ! Par ailleurs les temps sont difficiles car la majorité des bateaux sont partis à Cherbourg et la clientèle est plus rare et les difficultés financières s’accumulent. Jean Bellot arrivera à calmer les créanciers jusqu’à la majorité d’Odile. On peut alors solder les dettes et les affaires s’améliorent avec l’arrivée des touristes et la reprise de la pêche (moules par exemple). C’est maintenant le petit fils de Florentin Bellot qui gère le café de France : une institution à Barfleur.

     

    bellot-8

     

    François Pochon

    Lebosco

     

    Articles déjà parus sur les chantiers de Barfleur et la famille Bellot :

    Chantier Bellot : Charles Bellot 1873-1953
    Charles Bellot ancêtre d’une lignée de constructeurs de navires à Barfleur
    Les activités du quartier de La Hougue et les Bellot, 1860-1890

     

     

     

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