• Dielette, ils sont passés de la mine à la centrale

     

     

     

    Dielette, ils sont passés de la mine à la centrale

     

     

    Un travail en famille et entre copains d’école

     

    Dans la famille Marie, 3 sœurs travaillent dans la même entreprise, sur le site de Flamanville.

    A tout prendre, Martine Cosnefroy reviendrait volontiers au temps de la mine.  » Je me souviens de voir papa revenir de la mine avec ses copains. On les appelait les gueules noires. Il y avait plus de solidarité que maintenant !  »

     

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    La Flamanvillaise a encore des trémolos dans la voix en racontant que les gens pleuraient lorsque la Tour blanche a été abattue, lorsqu’elle se souvient de ces fêtes durant lesquelles les femmes de mineurs décoraient Diélette…

    Mais Martine ne vit pas que de souvenirs. Comme Flamanville, sa famille a pris le virage du nucléaire.  » Ça a créé de l’emploi », sourit-elle, en lançant un regard complice à ses sœurs. Françoise Huchez a en effet été embauchée sur le site en 1984. Puis elle a fait entrer Martine donc, et Évelyne Marie chez Techman (groupeOnet).

     

    « Pourtant, on est à la campagne»

    « Au début, ils n’ont pas particulièrement embauché des gens d’ici, tempère Évelyne, qui reste mesurée sur l’apport de la centrale. Ceux qui arrivaient de l’extérieur avaient les beaux logements, par rapport à nous …  » N’empêche, quand les trois sœurs se penchent sur les photos d’école, elles s’aperçoivent que la plupart de leurs camarades de l’époque travaillent à la centrale.

    « Souvent, sur le lieu de travail, on se rappelle ce qu’on faisait à l’école, s’amuse le trio. On se moque parfois d’un gars qui est cadre maintenant, mais qui était plutôt au fond de la classe, près du radiateur, lorsqu’il était jeune.  »

    « Sans la centrale, on n’aurait peut-être pas pu rester habiter à Flamanville, comme cela a pu se passer dans beaucoup de communes rurales. Je n’aurais pas pu rencontrer Marc, qui est venu travailler sur le chantier de construction en 1984… et qui est resté « , poursuit Françoise, pour bien situer l’importance de la centrale sur ces familles flamanvillaises.

     

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    Bien sûr, l’environnement a changé. Et Évelyne Marie reste déçue de l’aménagement de Diélette, de la disparition de pêcheurs. « Mais, faut voir tous les équipements que l’on a, la vitalité des associations, reprend Françoise. Pourtant, on est quand même encore à la campagne, il faut aller jusqu’à Benoitville pour s’arrêter à un feu rouge … Avoir à la fois les atouts de la ville et de la campagne, c’est rare!  »

     

    Stéphane Cihelka en avait rêvé.

    Fils et petit-fils de mineur, Stéphane Cihelka a fait sa carrière à la centrale EDF. Flamanville a décidément offert des opportunités industrielles incroyables.

    Stéphane Cihelka est un enfant de la cité Sainte-Barbe, la cité des mineurs. Son grand-père est arrivé de Tchécoslovaquie pour travailler à la mine de fer de Diélette. Puis son père et son oncle ont pris le relais. Jusqu’à ce que la mine ferme, en 1962.

    « Cette fermeture, c’était une catastrophe pour nos familles « , raconte Stéphane Cihelka. D’abord parce que, même si le boulot était extrêmement dur, les mineurs aimaient la solidarité qui régnait dans les galeries sous la mer. Mais aussi parce que cela a conduit des familles à l’exode.

    Le nucléaire a alors été vécu « comme une fantastique opportunité» pour rebondir, même si « c’était très différent de la mine et que cela suscitait des interrogations « . Le père de Stéphane Cihelka se reconvertit en tout cas dans le génie civil, d’abord sur le grand chantier de la Hague, puis pour la construction des deux réacteurs de Flamanville.

     

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    « On a eu du bol d’avoir ça à nos portes « , commente aujourd’hui Stéphane Cihelka.

    Car ce Flamanvillais pure souche (seule « fausse note », il n’est pas né là, mais il a rejoint la commune très vite), marié à une Flamanvillaise, rêvait de travailler à Flamanville

     

    « A la campagne comme à la ville »

    « Quand j’étais enfant, c’était un peu comme un rêve inaccessible « . commente-t-il aujourd’hui, plus de 20 ans après avoir été embauché par EDF. Désormais ingénieur radioprotection, Stéphane Cihelka continue à penser qu’il est un privilégié.

    « On a vu se développer Flamanville et les communes aux alentours. Ici, on peut faire toutes les activités aussi bien que si nous étions dans une grande ville. On l’oublie peut-être parfois, mais quand on se déplace dans d’autres régions, on mesure que nous sommes dans un secteur assez riche. » .

    En plus, insiste-t-il, Flamanville a réussi à trouver l’équilibre « entre le monde industriel et la préservation du monde rural ».

    Au point de susciter parfois des jalousies d’habitants de secteurs moins privilégiés?

    « Cela peut arriver « , sourit le Flamanvillais, tout en estimant que si EDF a pu être perçu par le passé comme  » une vache à lait « . Il ne suffit plus aujourd’hui de demander pour avoir…

    StéphaneCihelka ajoute que les retombées de la centrale ne se limitent pas à la commune d’accueil.  » Il y a non seulement eu la création du district, mais au-delà, c’est tout le Cotentin qui aurait vécu différemment sans cette installation. »

     

    Trente années durant lesquelles le site a beaucoup pesé sur le territoire, notamment en termes d’emploi.

     

    Blottie entre la mer et la falaise, la centrale de Flamanville mise sur la discrétion. Dans la presqu’île du nucléaire, le site a également souvent vécu à l’ombre de l’usine de retraitement d’Areva, voire de l’arsenal et de ses sous-marins nucléaires.

     

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    N’empêche, les élus locaux ont bien compris l’importance d’un tel équipement sur l’économie locale. Signe qui ne trompe pas, en 2003, ils n’ont pas hésité à s’unir, toutes tendances confondues, aux côtés du monde économique, pour entamer une intense opération de lobbying, qui a abouti à l’implantation de l’EPR à Flamanville.

    « On savait bien qu’il y avait une opportunité à saisir, et on est content de l’avoir saisie », sourit Patrick Fauchon, maire de Flamanville, pas mécontent que le Cotentin ait ainsi doublé sur la ligne un site comme Penly, qui était pourtant largement favori.

     

    Parfois plus de 6 000 salariés

    En 30 ans, les deux réacteurs ont en effet joué un rôle de locomotive. En termes d’emplois, la centrale compte plus de 810 agents EDF et 330 prestataires permanents.

    En raison d’une pyramide des âges qui a conduit à de nombreux départs en retraite ces dernières années et d’un gonflement des effectifs, EDF Flamanville a même fortement embauché depuis 2010.

    « Entre 2010 et 2015, la moitié des effectifs a été renouvelée », avait expliqué le précédent directeur. L’an passé, cela s’est traduit par 37 nouveaux arrivés. Évidemment, si l’on ajoute à cela le chantier de l’EPR, l’équipe d’exploitants déjà en place pour piloter le futur réacteur et les sous-traitants qui déboulent parfois par centaines lors des grandes opérations de maintenance, le site accueille parfois plus de 6 000 personnes!

     

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    « Lorsque les trois réacteurs fonctionneront, nous aurons des centaines d’emplois (NDLR : autour de 2000) non délocalisables pour des dizaines d’années », se réjouit Patrick Fauchon.

    Sur le plan industriel, la centrale a aussi contribué à fortifier un réseau de sous-traitants pouvant déjà compter sur les marchés passés par l’usine de la Hague.

    C’est ainsi que des entreprises comme Efinor ou encore ACPP ont pu exporter leur savoir-faire dans le nucléaire pour participer à la construction de centrales chinoises.

    « 80 entreprises locales ont été sollicitées en 2015. Le marché de la maintenance et de la logistique a représenté plus de 26 millions d’euros de commandes pour ces entreprises locales « , a noté Stéphane Brasseur, le directeur de Flamanville 1 et 2, en dressant le bilan de l’année passée.

     

    Des équipements importants

    Enfin, la centrale a indéniablement permis à ce coin de la presqu’île de construire des équipements publics (routes, salles des fêtes …) sans grands équivalents dans une zone rurale.

    Il suffit ainsi de comparer les différences de développement entre le Val de Saire, à la pointe Est du Cotentin, et de la Hague.

     

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    Quand on a une population qui vient travailler parce qu’il y a un tel site industriel, il est normal de lui apporter des services. D’autant plus que nous sommes dans un territoire un peu enclavé et que ces services seraient très éloignés sinon ». explique Patrick Fauchon.

    L’élu ajoutant que la création du district des Pieux, puis du Syndicat mixte du Cotentin, a permis de « notablement élargir  » la zone de retombées économiques.

     

    « Pour l’EPR, on a eu schématiquement un tiers de retombées à l’échelle de la communauté de communes, un tiers pour la communauté urbaine de Cherbourg et un tiers pour le reste du Cotentin « . note le maire de Flamanville.

    Et si Patrick Fauchon n’élude pas des contraintes liées, par exemple, à une réglementation ultra-contraignante sur le plan de l’urbanisme (« Il faut sans cesse se battre pour que l’État n’oblige pas les gens qui ont accepté cette centrale à aller vivre ailleurs « ). Il s’empresse d’ajouter que la balance entre le positif et le négatif penche largement du côté du premier.

     

    Laurent GOUHIER

    Presse de la Manche

     

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    1. guera maset
      Publié dans 08/08/2016 le 20:46

      Beaucoup de bons souvenirs.
      De 1968 à 1977 j’ai passé toutes mes vacances dans la maison du gardien de la mine.
      Un terrain de jeux splendide!
      Notre voisin était mr Embrozévitch (Polonais)
      Un de mes oncles dcd l’année dernière était mineur à Guerfa.

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