• Construction de la station de chargement en mer à Diélette (1)

     

     

     

    Construction de la station de chargement en mer à Diélette,

    des minerais de fer dans les cargos (1).

     

     

    La Société des Mines et Carrières de Flamanville (Manche), dont la direction appartient à MM. Thyssen, les grands industriels allemands de Mülheim-sur-Ruhr, a racheté, en 1907, la mine de fer de Diélette, située au bord de la Manche, à 20 km environ au sud-ouest de Cherbourg. Leur exploitation avait cessé en 1892, à la suite de venues d’eau gênant considérablement les travaux et de l’augmentation du prix du fret, car les armateurs hésitaient à envoyer leurs navires dans le petit port à échouage de Diélette. Cependant, vu la qualité du minerai, la Société des Mines et Carrières de Flamanville, qui avait racheté cette mine en 1907, voulut en reprendre l’exploitation intensive.

     

    Les six couches de minerai, situées complètement sous la mer, sont parallèles à la côte, et leurs affleurements sont visibles à basse mer; elles sont inclinées de 70° à 85° sur l’horizontale.
    L’ancienne exploitation se faisait par un puits de 90 mètres de profondeur; la nouvelle exploitation descend à 150 mètres, et ses galeries s’avancent déjà de 330 mètres en mer; toutes les installations sont faites pour une exploitation de 300 000 à 400 000 tonnes par an.

     

    Premier projet d’installation pour le chargement en mer

     

    Le minerai ne pouvant être traité sur place, ni évacué par le port de Diélette, la Société s’arrêta à la solution du chargement, en rade ouverte, de gros cargos pouvant porter jusqu’à 6000 tonnes. Mais la mer est très dure sur cette côte et son état change rapidement avec l’intensité du vent qui rend souvent impraticable le passage du raz Blanchard, au large du cap de la Hague, et impossible la tenue au large de Diélette : on dut donc prévoir des appareils de chargement retenant le moins longtemps possible les navires au mouillage.

     

    caisson2

     

    D’après le projet, le minerai devait être transporté au moyen de deux câbles parallèles de 642 mètres, et pouvant déverser chacun dans le navire 250 t/h, ce qui, théoriquement, aurait permis de charger en douze heures un cargo de 6000 tonnes.
    Les bennes de 6 hl, pouvant contenir 1800 kg de minerai, devaient être portées chacune par quatre galets montés sur balanciers, et mues par un câble tracteur de 32 mm de diamètre, marchant à 2,50 m/s. En raison des fortes charges circulant sur les câbles, la portée maximum de ceux-ci devait être limitée à 150 mètres. Les câbles porteurs devaient avoir 52 mm de diamètre; ils devaient être du type clos à surface lisse, en acier fondu, résistant à 120 kg/mm².

     

    Un accumulateur à minerai de 20000 tonnes avait été construit à terre, en arrière de la station de départ. Le minerai, sortant du puits, passait dans des concasseurs, qui le déversaient sur un transporteur à courroie allant à l’accumulateur, en dessous duquel il était repris au moyen de goulottes avec trappes à bascule, et était charger directement dans les bennes des câbles.

     

    Chargement-minerai-Dielette (1)

     

    Sur la station en mer, il avait été prévu une grue à grappin pour le déchargement du charbon nécessaire à la station centrale de la mine; les bennes de charbon pouvaient circuler sur un des câbles de retour. Il s’agissait donc de construire en mer quatre fondations espacées de 150 mètres pour les pylônes des câbles, et un dernier point d’appui plus important pour la station de chargement. La côte est très plate et le fond composé de bancs de rochers presque verticaux ; la variation de hauteur d’eau par la marée atteint jusqu’à 10m 75 en vives eaux, ce qui, produit de forts courants et des remous.

     

    Après un essai de réalisation des travaux, et une série d’études ayant pour objet de déterminer les conditions auxquelles devaient être assujettis les ouvrages, en ce qui concerne la pression du vent et des vagues, d’étudier le fond de la mer pour choisir l’emplacement du caisson, de dresser une carte complète des profondeurs et des courants; après avoir constaté que la mer roulait parfois à la côte des blocs de 3 à 4 tonnes, on dressa un nouveau projet basé sur la possibilité d’asseoir directement les fondations des pylônes du transporteur aérien sur les rochers nivelés au moyen de sacs de béton. Les sondages firent découvrir une tête de rocher à la cote (- 3,25) ; plus à l’ouest, le banc des Dious, dont une tête est portée sur les cartes à la cote (- 0,60), limitait la zone dans laquelle on pouvait placer l’appareil.

     

    Le caisson de la station de chargement devait donc être placé sur une ligne tirée entre la tête de rocher précitée et le banc des Dious, pour éviter que les navires risquent de se jeter sur ces têtes. Un fond rocheux fut choisi à 650 mètres environ du rivage, à la cote (- 9,50), ce qui devait permettre à des navires de 6 000 tonnes d’approcher à toute heure de marée, car leur tirant d’eau en charge est ordinairement de 6 à 7 mètres.
    La direction du caisson avait été fixée suivant la bissectrice des courants à flot et de jusant les plus forts: cette position, parallèle à celle que doit prendre le cargo au mouillage, devait permettre aux navires de se désaccoupler du caisson, ces courants le prenant toujours légèrement de face, du côté terre.

     

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    La ligne droite réunissant le caisson à l’accumulateur à minerai permit de placer sur le rocher les piles intermédiaires, espacées de 147 mètres en partant du caisson ; la dernière pile, placée à 56 mètres de terre, put être scellée dans le rocher, à mer basse; elle était constituée par quatre colonnes en acier moulé (ayant o- 50 de diamètre et 35 mm d’épaisseur), entretoisées verticalement, horizontalement et diagonalement par des barres en U en acier galvanisé. A la partie supérieure, un châssis horizontal, placé à la cote (11,90), recevait le pylône du transporteur.

     

    Chargement-minerai-Dielette (2)

     

    Les autres piles, constituées comme la précédente, étaient noyées chacune dans un caisson carré annulaire en béton armé, ayant 11m 30 de côté et 4m30 de hauteur; la partie centrale, sans fond, avait 7 mètres de côté. Ces caissons étaient divisés en seize compartiments, isolés quatre par quatre, et mis en communication avec l’extérieur au moyen de quatre vannes de 100 mm de diamètre. Ils avaient été construits, dans le port de Diélette, sur une cale de halage, et placés sur quatre chariots à quatre galets chacun; des rondelles Belleville étaient interposées entre le caisson et les chariots pour répartir les charges, car on ne pouvait pas compter sur la flexion du caisson ni des chemins de roulement pour faire porter ensemble les seize galets.

     

    A la basse mer, les caissons, pesant de 240 à 310 tonnes pour un tirant d’eau de 3m 10 à 4 mètres, étaient halés au moyen de treuils au milieu du port, où ils trouvaient assez d’eau pour flotter. Pour la mise en place, quand la plate-forme en sacs de béton était terminée, quatre corps-morts de 3 tonnes étaient placés en diagonale et réunis par des chaînes de 20 mm à des bouées biconiques sur lesquelles les amarres pouvaient être fixées pour le réglage. Sur le caisson étaient placés quatre treuils à bras pour raidir les amarres.

     

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    Lorsque la mer était suffisamment calme, le caisson était pris en remorque et halé sur son emplacement ; les amarres, une fois saisies, étaient raidies pour placer le caisson dans ses alignements; puis, lorsque le courant devenait nul, on admettait l’eau dans les compartiments et le caisson coulait sur son emplacement. Les colonnes supérieures, les contreventements, ainsi que les fers du châssis, étaient mis en place au moyen d’un chaland. Pour le remplissage des compartiments, le travail au chaland étant trop difficile à cause de la houle, on avait installé un câble porteur réunissant les piles à la terre. Des bennes de 500 litres circulaient sur un seul câble porteur, traînées par un câble tracteur sans fin mû par un moteur électrique.

     

    Le grand caisson de la station de chargement en mer devait s’appuyer sur le fond à la cote (- 9,50). Sa hauteur fut donc fixée à 21 mètres, de telle sorte qu’il dépassât toujours l’eau de 1 mètre, même en marées de vives eaux d’équinoxe. Les dimensions de la plate-forme étaient de 9 x 29 mètres avec les deux extrémités arrondies en demi-circonférence; la base du caisson avait 20 X 40 mètres, et le puits central 5m 50 x 25m 50 à la base. Étant données les dimensions de ce caisson, qu’on ne pouvait exposer à l’action de la mer pendant la construction de sa paroi extérieure, on décida de construire toute cette partie sur une cale dans le port de Cherbourg, puis de le conduire par flottaison à Diélette et d’achever sur place son lestage et son aménagement. La grande hauteur du caisson au-dessus de l’eau, après lancement, imposait un poids réduit dans les parties supérieures pour assurer une bonne stabilité, ce qui amena à construire ce caisson entièrement en métal.

     

    Le 1er juillet 1912, le lancement eut lieu; le caisson courut environ 80 mètres sur l’eau, fut aussitôt pris en remorque et échoué en rade sur un fond balisé à l’avance. La fabrication des ceintures en béton armé fut alors continuée; mais la saison 1912 ayant été excessivement mauvaise, il fallut attendre à juillet 1913 pour l’amener à Diélette au moyen de deux remorqueurs, en huit heures. On commença alors les travaux de parachèvement mais, en août 1914, l’aménagement du caisson n’était pas terminé. La guerre survint, et ce fut l’arrêt complet de l’exploitation des mines.

    Suite sur 2 articles : à venir les jours prochains

    Construction de la station de chargement en mer à Diélette (2)

    Construction de la station de chargement en mer à Diélette (3.fin.)

     

     

     

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