• Les Crestey quatre générations de pêcheurs à Barfleur

     

     

     

    Les Crestey quatre générations de pêcheurs à Barfleur

     

     

    Le premier pêcheur de la famille fut Louis Pierre Crestey né le 15 janvier 1833 à Montfarville. Il était le fils de François Crestey, domestique et de Jeanne Victoire Osmont. Il commença comme mousse en 1846 puis inscrit provisoire jusqu’en 1851. Il s’est marié à Aurélie Pauline Lesné le 8 octobre 1862, ils habitaientt rue Saint Nicolas. Il faisait partie de l’équipage du canot de sauvetage à avirons de Barfleur. Et c’est à bord de ce canot qu’il trouvera la mort le 20 décembre 1893 en portant secours au Maria en perdition. Un des canots de sauvetage de Barfleur portera son nom associé à celui de son compagnon Sauvé mort le même jour.

     

    Son fils Louis Alexandre Joseph Crestey né le 13 mai 1867 exerça également la profession de marin. Il se marie le 22 juin 1891 avec Marie Isabelle Postel. Ils habitaient au fossé Rabot.

     

    Leur fils Eugène Crestey est né le 5 octobre 1891 au Fossé Rabot. Il épouse Lucienne Louise Boisard. Jusque dans les années 20, ils habitent au fossé Rabot puis il reprend la maison d’un oncle, entre la rue Saint Nicolas et le quai. Après le décès de Paul la maison sera transformée avec beaucoup de goût en restaurant de charme : le Comptoir de la Presqu’île.

     

    Les Crestey de Barfleur (1)

    Les Crestey de Barfleur (2)

    Les Crestey de Barfleur (3)

    Les Crestey de Barfleur (4)

     

    Il fut propriétaire de l’Intrépide (1928-1930) construit par Bellot pour Célestin Sauvage, du Cabri (1930-1932) puis, en 1932, il fit construire le Sept Frères qu’il conserva jusqu’à sa retraite en 1955. Il est rayé des listes le 31 décembre 1957 et décède le 25 janvier 1967.

     

    Les Crestey de Barfleur (5)

     

    André Bellot qui l’a bien connu disait qu’il était un travailleur acharné mais qu’il avait du caractère. Il était porte-drapeau officiel mais un jour qu’il était revenu un peu tard de la mer, il a repris le drapeau en pleine cérémonie. Il aimait se faire appeler le diable. Il n’était sans doute pas un paroissien très assidu mais s’entendait bien avec Mr le curé à qui il offrait un homard de temps en temps, ce qui faisait dire : « On a jamais vu cha, le diable copain avec le bon Dieu ! ».

     

    Comme beaucoup de pêcheurs de l’époque il allait souvent au café. Son fils nous a dit qu’il avait ses habitudes au Café au bas de la Rue du Port. Contrairement à beaucoup, à une moque de cidre il préférait un café arrosé d’un coup de Calva qu’il sortait de sa « topette » personnelle.

     

    Avec ses fils il était un compétiteur redoutable lors des régates ou des courses de plates. Il faut dire qu’il avait l’entraînement et qu’avec la plate Intrépide il allait vers Réville au flot revenait au jusant.

     

    Il eut de nombreuses médailles militaires ou maritimes. Il reçut les félicitations de l’Inscription maritime du Havre le 6 janvier 1911 pour avoir secouru deux marins de la Grande Famille.

     

    Eugène et Lucienne Crestey eurent 10 enfants Louis, Jeanne, Jules, Eugène, Lucien, Henri, Jean, Marie, André et Paul. Tous les garçons, à l’exception de Henri, mort en bas âge, furent pêcheur pendant au moins une partie de leur vie.

     

    Les Crestey de Barfleur (6)

     

    L’aîné Louis Crestey est né le 26 6 1915. Il a commencé la pêche avec son père sur Intrépide en 1928. Il a été patron du Sept frères de mai à août 1934 pendant une maladie de son père. Ensuite il embarque sur le Nautilus. Il fait son service militaire de 30 mois à partir de 1935 à Cherbourg, Querqueville puis Toulon. Fait prisonnier en Allemagne il travaille dans une fabrique de peinture. De retour en 1943 il embarque sur le Jeanne d’Arc appartenant à son beau frère puis sur la Marie Madeleine. Il possède également une plate, la Marie Thérèse qu’il a fait construire en 1953. Il meurt à Barfleur le 23 août 1999.

     

    Eugène Crestey est né 6 janvier1919. Il commence la pêche avec son père au moment de la mise en service du Sept Frères le 20 octobre 1932. Il fait différents embarquements mais en 1943, à bord du Nautilus il prend froid et meurt peu de temps après à l’âge de 24 ans.

     

    Jules Crestey est né en 1921. C’est lui qui a fait installer le moteur sur le Sept Frères mais n’étant pas mécanicien il demandait à son frère Jean de faire les réglages et l’entretien. Il est mort en 1951.

     

    Lucien Crestey est né en 1924. Il a été mousse sur la Marie Madeleine. Il a également navigué sur le Saint Maurice, le Liberté à Albert Lepelley, le Nautilus à Tolmer et le ND du Sacré Coeur à Boisard. En 1955 reprend le Sept Frères qu’il conserve jusqu’à son décès en 1985. C’est lui qui a fait changer le vieux moteur Bernard par un moteur Volvo.

     

    Henri Crestey, 1927 – 1931 Il était l’un des « 7 frères » mais il est mort avant la mise à l’eau du bateau. Eugène Crestey a conservé le nom bien que pendant la construction du Sept Frères il n’avait plus que 5 fils.

     

    Les Crestey de Barfleur (7)

     

    Jean Crestey est né en 1929. Il a pratiqué la pêche pendant une dizaine d’année particulièrement sur le Saint Maurice (jusqu’à Boulogne) et un peu sur le Sept Frères. Ensuite il part jouer au foot comme semi professionnel. Il partagera sa vie entre le foot et le travail d’électricien. Il prend sa retraite à Saint Pierre Eglise. Il était le chouchou du grand père Boisard qui lui donnait des sous pour jouer avec les copains.

     

    Les Crestey de Barfleur (8)

     

    André Crestey est né le 4 août 1932 quelques semaines avant la mise à l’eau du Sept Frères. Il commença la pêche à 14 ans sur le Sept frères puis a travaillé sur l’Idéal à Albert Omont et sur le cordier Espérance à Albert Sauvage. Avec ce bateau on pêche jusqu’à Boulogne mais les conditions de vie sont très rustiques : on se lave à un robinet sur le quai ! Comme il le dit « Je suis parti en sabots et je suis revenu en chaussettes ». Ensuite il fait son service militaire dans la marine et découvre les côtes d’Afrique du Nord, particulièrement Bizerte. A son retour il travaille pratiquement uniquement sur le Sept Frères avec un de ses frères. Il prend sa retraite en 1990. Il meurt le 24 juillet 2006.

     

    Les Crestey de Barfleur (9)

     

    Paul Crestey est né le 8 mars 1935 – En fait il était le huitième frère si on compte Henri qui était mort en 1931. Il a commencé comme mousse sur la Grande famille à Victor Hubert de Réville puis il embarque avec son frère sur Idéal à Albert Omont et il effectue son service militaire dans la marine. Ensuite il n’a travaillé que sur le Sept Frères jusqu’à sa retraite en mars 1990. Au cours d’une sortie en mer il prend froid, il néglige de se soigner et décède le 17 avril 1995.

     

    Les Crestey auront donc pratiqué la pêche pendant 144 ans répartis sur quatre générations. Dans cette histoire familiale le canot Sept Frères a tenu une place importante car il a fait vivre la famille pendant près de soixante ans ! Et 8 membres de la famille ont embarqué à bord pendant au moins une partie de leur carrière.

     

    Une autre caractéristique des frères Crestey est leur amour du foot. Certains ont joué à Barfleur, d’autres à Saint Vaast ou Réville et Jean en a fait sa carrière en semi professionnel.

     

    F.Pochon

     

    Un autre sauvetage réalisé par Louis CRESTEY

    Annales du sauvetage maritime (1880) p 169

    Lépine, président du Comité de sauvetage de, Barfleur, a signalé un acte de dévouement accompli dans les circonstances suivantes, par le matelot Louis Crestey, appartenant à l’équipage du canot de sauvetage :

    Le 25 août, vers 6 heures du soir, un enfant, de sept ans tombe à l’eau à marée haute dans le port de Barfleur. Personne n’avait vu l’accident ; mais un jeune homme qui avait aperçu cet enfant peu d’instants auparavant sur le quai, ne le voyant plus et des bouillonnements se produisant à la surface de l’eau, appela au secours. Louis Crestey accourut, et sur l’indication qui lui est donnée, plongea tout vêtu et fut assez heureux pour ramener l’enfant. Recueillis tous les d’eux par la foule arrivée sur le quai, des soins leur furent prodigués ; la petite victime, qui était inanimée, put être heureusement rappelée à la vie, et les plus chaleureuses félicitations furent adressées au brave Crestey par les témoins de son courage.

     

    Le récit de la disparition de CRESTEY et SAUVE

    Annales du sauvetage maritime 1893 p 315

    BARFLEUR (Manche).

    Le 20 décembre, une dépêche adressée à M. le Président de la Société l’informait que le canot de sauvetage de Barfleur (Manche), le Sophie-Jeanne-de-Saint-Faron, venait de chavirer en se portant au secours d’une chaloupe en détresse, et qu’il avait perdu deux hommes de son équipage.

    1. le commandant de Bizemont, inspecteur des côtes de la Manche, reçut l’ordre de se rendre immédiatement à Barfleur, et à la suite d’une enquête faite avec le plus grand soin, il a adressé le rapport suivant à l’amiral-président :

     

    AMIRAL,

     

    J’ai l’honneur de vous adresser mon rapport sur le malheureux accident qui vient de se produire à Barfleur.

    Dans la nuit du 19 au 20 décembre, un bateau de pêche du pays venant de Cherbourg faisait des signaux de détresse; il était alors dans les roches qui rendent les approches du port si dangereuses, et le vent soufflait violemment du S.-O. Le canot de sauvetage fut promptement mis à la mer par la nouvelle cale ; la manœuvre s’effectua parfaitement sous la direction du nouveau sous-patron, le patron étant absent. Le voyage eut lieu sans incident ; les canotiers de sauvetage aidèrent leurs compatriotes à réparer les avaries qui les empêchaient de manœuvrer leur bateau, puis, revinrent au port après leur avoir recommandé de faire un nouveau signal en brûlant une torche si le secours du canot de sauvetage leur était de nouveau nécessaire. Peu après, en effet, le signal convenu rappela de nouveau le canot de sauvetage qui était resté en observation. Le sous-patron, dans l’intervalle, était allé prendre la voile de misaine de sa propre barque [pour remplacer au besoin celle du bateau en détresse qui avait été reconnue mauvaise. La traversée d’aller s’effectua bien ; les canotiers de sauvetage enverguèrent la nouvelle voile de misaine en remplacement de celle dû bateau qui était complètement déchirée ; puis, laissant leurs compatriotes en bonne situation pour tenter de rentrer au port, ils remirent le cap sur Barfleur. A mi-route à peu près, une énorme lame sourde souleva le canot, le matant presque debout. Les canotiers un peu émus crièrent : Attention, patron! Le sous-patron, sans perdre son sang-froid,répondit : N’ayez pas peur, les enfants, et tenez-vous bien!

     

    A ce moment et tandis que le canot avait une bonne partie de sa quille hors de l’eau, le vent sauta brusquement du S.-O. au N.-O. dans une rafale violente qui coucha le canot. Celui-ci resta complètement engagé pendant plusieurs secondes; il était sous voiles avec le taille-vent au bas ris et le foc, la misaine étant ferlée. Une nouvelle lame vint alors s’abattre sur le taille-vent étendu horizontalement sur la mer et l’enfonça; le canot continua aussitôt son mouvement de giration jusqu’à ce qu’il se fût redressé de l’autre bord. Pendant ce temps, les canotiers s’étaient cramponnés de leur mieux après les cordages qui flottaient au dehors, ou après la ceinture qui entoure le canot; mais celui-ci, à l’appel de l’ancre flottante, dont le faux bras était amarré à l’arrière, était venu droit vent arrière, et, sous l’action de ses voiles restées établies, n’avait pas tardé à prendre de l’erre. Heureusement, deux canotiers cramponnés à l’avant du canot et s’efforçant d’y remonter, furent saisis par une lame et lancés à bord. Le sous-patron leur cria aussitôt d’amener les voiles ; ils s’empressèrent d’amener le taille-vent, mais dans leur trouble oublièrent le foc, et le canot courait toujours, entraînant derrière lui la grappe humaine, qui faisait de vains efforts pour remonter à bord. Cette situation critique se prolongea quelques minutes; puis le foc fut enfin amené, l’ancre flottante arrêta le canot et tous purent enfin remonter en s’aidant les uns les autres ; mais plusieurs étaient blessés ou malades, et deux manquaient à l’appel. Ceux-ci avaient-ils été pris et asphyxiés sous les voiles lorsque le canot s’était couché, ou bien les forces leur avaient-elles manqué pour rester cramponnés pendant la course vent arrière? Il est impossible de le savoir. L’une de ces victimes, CRESTEY, est l’ancien sous-patron qui venait d’être mis à la retraite; son successeur, qui est aussi son gendre, l’avait prié de l’accompagner pour le conseiller ; cette dernière sortie lui à été fatale. L’autre, SAUVÉ (Auguste), était un des meilleurs canotiers, homme discipliné et d’une sobriété à toute épreuve; sa veuve m’a dit qu’il avait embarqué dans le canot alors qu’il venait de rentrer de la mer et qu’il était très fatigué, ayant passé plusieurs nuits sans dormir. Des blessés, l’un a reçu un coup d’une défense du canot sur la tête; la plaie est complètement cicatrisée, et il a repris aussitôt son travail ; un autre a eu une jambe fortement contusionnée; il commence à marcher assez bien. Deux autres, dont le fils de l’ancien sous-patron et le beau-frère du nouveau sous-patron, ont été congestionnés par le froid; l’un d’eux a été laissé presque pour mort au phare de Gatteville où des soins très habiles lui ont été prodigués. Tous deux vont bien et n’ont plus besoin que d’un peu de repos.

     

    Tous ces hommes sont très touchés et pénétrés de reconnaissance pour les témoignages de sympathie que je leur ai donnés au nom de la Société. Les veuves sont dans un désespoir navrant; la femme SAUVÉ est dans un état nerveux qui n’est pas sans donner des inquiétudes.

    Préoccupées de l’avenir de leurs enfants, elles ont été très sensibles à l’annonce des mesures prises par la Société pour leur venir en aide, et adressent à nos administrateurs leurs plus vifs remerciements.

    J’ai constaté avec plaisir que le moral de nos marins n’était nullement abattu; les blessés eux-mêmes sont prêts à repartir. Le patron et le sous-patron rivalisent de zèle pour remettre en ordre tout le matériel. Il y a naturellement beaucoup d’objets perdus ou cassés; on fera sur place les réparations.

    Un service funèbre auquel assistait la plus grande partie de la population, a été célébré à Barfleur pour le repos des âmes des deux malheureux marins, morts victimes de leur devoir ; la Société Centrale y était représentée par son Comité local.

    Nos administrateurs se sont associés du fond du cœur au deuil cruel qui a frappé les familles CRESTEY et SAUVÉ, et ils s’efforceront de leur prouver qu’ils garderont toujours le souvenir de ceux qui si souvent s’étaient dévoués pour leurs semblables.

    Ils adressent ici leurs vifs remerciements à MM. les Présidents de la Caisse des victimes du devoir et de la Société de secours aux familles des marins français naufragés, qui se sont empressés de s’associer à eux pour secourir les veuves et les enfants laissés par nos si regrettés canotiers.

     

    Merci à Christophe Canivet

     

     

     

    9 commentaires ont été rédigés, ajoutez le votre.

    1. Publié dans 21/07/2018 le 22:33

      Je voudrais rectifier que paul n est pas décédé dans un coup de froid qu il n a pas soigné mais d un cancerefrigerateur de un rein qui lui a emporté en trois semaine
      Cordialement

    2. Publié dans 21/07/2018 le 22:22

      Bonsoir
      Je suis la petite fille de Eugène Crestey fille de Jean qui est décédé le 16 janvier 2017 mon grand père était très habile de ses mains il faisait des maquettes dans des bouteilles et a fait quelques peintures dont une qui est chez mon frère
      Cordialement

    3. Publié dans 13/07/2018 le 23:27

      Bonjour, je suis un des petits fils de Jean Crestey. Je connais un peu près l’histoire de la famille , mais je n’ai pas tout en détail et votre article va me permettre de poser des questions à ma mère et mes oncles et tantes. Si je peux compléter, je le ferais avec plaisir. Mais merci pour cet article. Cela me rappelle des souvenirs d’enfance à attendre que mes grands oncles reviennent de la pêche. Ou pour les regates de Barfleur , il y avait une grande tablée dans leur maison avec crabes, homards, crevettes… Que de souvenirs. Je vais me renseigner pour la peinture. Je suis Hebert Laurent.

    4. Christophe CANIVET
      Publié dans 29/06/2018 le 17:09

      Le Soleil 15/08/1881
      LE LONG DE LA COTE
      Barfleur, 12 août.
      (…) Vous comprenez bien que je ne suis pas venu ici sans aller rendre visite à la maison de ce brave homme, qui a failli périr dans le sauvetage de l’équipage du Bolivia, et que les lecteurs du Soleil ont contribué à remettre lui-même à flot, dans un moment sinistre. On se rappelle peut-être le tableau de cet intérieur en proie à la misère, tracé par le capitaine Lépine, au mois de. janvier dernier. Ce devait être au-dessous de la vérité. Imaginez, dans un espace, grand à peine comme deux de nos bureaux de rédaction, onze personnes réunies, avec une enfant agonisante et un père qui ne valait guère mieux. II faut être marin et connaître les secrets de l’arrimage pour loger tant de monde dans un espace aussi restreint. Le lit à fleur de sol, et creusé au milieu, à force d’avoir été piétiné, laissait passer le vent et la neige, qui tombait sur l’aire en contre-bas, car, pour pénétrer dans ces masures, il faut descendre.
      À Paris, pour comprendre un pareil entassement de créatures vivantes, il faudrait pénétrer dans ces logements malsains des quartiers excentriques où des familles entières d’ouvriers manquent d’air respirable et sont exploitées par des spéculateurs éhontés. Ici, pour tant de monde, il y une porte étroite et basse et une fenêtre qui ne l’est pas moins. C’est là que, sans feu, presque sans pain, à coup sûr sans vêtements, toute la famille du pêcheur Crestey s’entassait. Quand on est patron de pêche, ce n’est pas une raison pour être riche, surtout dans des hivers aussi terribles que celui-ci, où le vent du Nord-Est, chargé de neige, n’a pas permis de sortir pendant près de trois mois; aussi, un simple matelot est-il forcément pauvre, d’une pauvreté sans égale. Qu’est-ce donc, quand les enfants grouillent ? Tout cela mourrait de faim, si la sollicitude particulière ne s’en mêlait autant que possible.
      Aujourd’hui, le logement est assaini, le matelot est devenu patron. Les lecteurs du Soleil ont bouché les trous de la carène qui faisait eau de toutes parts, et voilà le navire remis à flot. Aussi la gratitude, à leur égard, est-elle infinie. Dans ces humbles et nombreuses familles de pêcheurs, il est bien difficile de se relever, quand on est au dessous de ses affaires. La dette, ne fût-elle représentée que par quelques écus, c’est la ruine. Elle fait la boule de neige; l’écu devient pièce de cinq francs, et les créanciers, qui ne sont point des Crésus, sont, la plupart du temps, contraints d’être impitoyables. C’est là qu’en était, ou à peu près, ce pauvre homme dont la famille ne pouvait vivre de l’air du temps et dont la triste situation était encore compliquée par la maladie.
      Aujourd’hui, grâce au petit capital fourni par nos lecteurs, avec un empressement sans pareil, je ne dirai pas que l’aisance est dans la maison du pêcheur, mais le matelot est devenu patron, ce qui est déjà beaucoup. La petite famille est vêtue, chaussée, à l’abri du besoin. Quand l’homme bourlingue au large, il sait qu’il rapportera l’existence, qu’il n’y aura plus de termes en retard et que, dans le prochain hiver, la cheminée ne restera pas vide, comme une grande gueule ironique, faute de bois. (…)

    5. Christophe CANIVET
      Publié dans 19/06/2018 le 09:38

      Et pour finir, le récit de la disparition de CRESTEY et SAUVE

      Annales du sauvetage maritime 1893 p 315

      BARFLEUR (Manche).

      Le 20 décembre, une dépêche adressée à M. le Président de la Société l’informait que le canot de sauvetage de Barfleur (Manche), le Sophie-Jeanne-de-Saint-Faron, venait de chavirer en se portant au secours d’une chaloupe en détresse, et qu’il avait perdu deux hommes de son équipage.

      M. le commandant de Bizemont, inspecteur des côtes de la Manche, reçut l’ordre de se rendre immédiatement à Barfleur, et à la suite d’une enquête faite avec le plus grand soin, il a adressé le rapport suivant à l’amiral-président :

      AMIRAL,

      J’ai l’honneur de vous adresser mon rapport sur le malheureux accident qui vient de se produire à Barfleur.

      Dans la nuit du 19 au 20 décembre, un bateau de pêche du pays venant de Cherbourg faisait des signaux de détresse; il était alors dans les roches qui rendent les approches du port si dangereuses, et le vent soufflait violemment du S.-O. Le canot de sauvetage fut promptement mis à la mer par la nouvelle cale ; la manœuvre s’effectua parfaitement sous la direction du nouveau sous-patron, le patron étant absent. Le voyage eut lieu sans incident ; les canotiers de sauvetage aidèrent leurs compatriotes à réparer les avaries qui les empêchaient de manœuvrer leur bateau, puis, revinrent au port après leur avoir recommandé de faire un nouveau signal en brûlant une torche si le secours du canot de sauvetage leur était de nouveau nécessaire. Peu après, en effet, le signal convenu rappela de nouveau le canot de sauvetage qui était resté en observation. Le sous-patron, dans l’intervalle, était allé prendre la voile de misaine de sa propre barque [pour remplacer au besoin celle du bateau en détresse qui avait été reconnue mauvaise. La traversée d’aller s’effectua bien ; les canotiers de sauvetage enverguèrent la nouvelle voile de misaine en remplacement de celle dû bateau qui était complètement déchirée ; puis, laissant leurs compatriotes en bonne situation pour tenter de rentrer au port, ils remirent le cap sur Barfleur. A mi-route à peu près, une énorme lame sourde souleva le canot, le matant presque debout. Les canotiers un peu émus crièrent : Attention, patron! Le sous-patron, sans perdre son sang-froid,répondit : N’ayez pas peur, les enfants, et tenez-vous bien!

      A ce moment et tandis que le canot avait une bonne partie de sa quille hors de l’eau, le vent sauta brusquement du S.-O. au N.-O. dans une rafale violente qui coucha le canot. Celui-ci resta complètement engagé pendant plusieurs secondes; il était sous voiles avec le taille-vent au bas ris et le foc, la misaine étant ferlée. Une nouvelle lame vint alors s’abattre sur le taille-vent étendu horizontalement sur la mer et l’enfonça; le canot continua aussitôt son mouvement de giration jusqu’à ce qu’il se fût redressé de l’autre bord. Pendant ce temps, les canotiers s’étaient cramponnés de leur mieux après les cordages qui flottaient au dehors, ou après la ceinture qui entoure le canot; mais celui-ci, à l’appel de l’ancre flottante, dont le faux bras était amarré à l’arrière, était venu droit vent arrière, et, sous l’action de ses voiles restées établies, n’avait pas tardé à prendre de l’erre. Heureusement, deux canotiers cramponnés à l’avant du canot et s’efforçant d’y remonter, furent saisis par une lame et lancés à bord. Le sous-patron leur cria aussitôt d’amener les voiles ; ils s’empressèrent d’amener le taille-vent, mais dans leur trouble oublièrent le foc, et le canot courait toujours, entraînant derrière lui la grappe humaine, qui faisait de vains efforts pour remonter à bord. Cette situation critique se prolongea quelques minutes; puis le foc fut enfin amené, l’ancre flottante arrêta le canot et tous purent enfin remonter en s’aidant les uns les autres ; mais plusieurs étaient blessés ou malades, et deux manquaient à l’appel. Ceux-ci avaient-ils été pris et asphyxiés sous les voiles lorsque le canot s’était couché, ou bien les forces leur avaient-elles manqué pour rester cramponnés pendant la course vent arrière? Il est impossible de le savoir. L’une de ces victimes, CRESTEY, est l’ancien sous-patron qui venait d’être mis à la retraite; son successeur, qui est aussi son gendre, l’avait prié de
      l’accompagner pour le conseiller ; cette dernière sortie lui à été fatale. L’autre, SAUVÉ (Auguste), était un des meilleurs canotiers, homme discipliné et d’une sobriété à toute épreuve; sa veuve m’a dit qu’il avait embarqué dans le canot alors qu’il venait de rentrer de la mer et qu’il était très fatigué, ayant passé plusieurs nuits sans dormir. Des blessés, l’un a reçu un coup d’une défense du canot sur la tête; la plaie est complètement cicatrisée, et il a repris aussitôt son travail ; un autre a eu une jambe fortement contusionnée; il commence à marcher assez bien. Deux autres, dont le fils de l’ancien sous-patron et le beau-frère du nouveau sous-patron, ont été congestionnés par le froid; l’un d’eux a été laissé presque pour mort au phare de Gatteville où des soins très habiles lui ont été prodigués. Tous deux vont bien et n’ont plus besoin que d’un peu de repos.

      Tous ces hommes sont très touchés et pénétrés de reconnaissance pour les témoignages de sympathie que je leur ai donnés au nom de la Société. Les veuves sont dans un désespoir navrant; la femme SAUVÉ est dans un état nerveux qui n’est pas sans donner des inquiétudes.

      Préoccupées de l’avenir de leurs enfants, elles ont été très sensibles à l’annonce des mesures prises par la Société pour leur venir en aide, et adressent à nos administrateurs leurs plus vifs remerciements.

      J’ai constaté avec plaisir que le moral de nos marins n’était nullement abattu; les blessés eux-mêmes sont prêts à repartir. Le patron et le sous-patron rivalisent de zèle pour remettre en ordre tout le matériel. Il y a naturellement beaucoup d’objets perdus ou cassés; on fera sur place les réparations.

      Un service funèbre auquel assistait la plus grande partie de la population, a été célébré à Barfleur pour le repos des âmes des deux malheureux marins, morts victimes de leur devoir ; la Société Centrale y était représentée par son Comité local.

      Nos administrateurs se sont associés du fond du cœur au deuil cruel qui a frappé les familles CRESTEY et SAUVÉ, et ils s’efforceront de leur prouver qu’ils garderont toujours le souvenir de ceux qui si souvent s’étaient dévoués pour leurs semblables.

      Ils adressent ici leurs vifs remerciements à MM. les Présidents de la Caisse des victimes du devoir et de la Société de secours aux familles des marins français naufragés, qui se sont empressés de s’associer à eux pour secourir les veuves et les enfants laissés par nos si regrettés canotiers.

    6. Christophe CANIVET
      Publié dans 17/05/2018 le 14:15

      un autre sauvetage réalisé par Louis CRESTEY

      Annales du sauvetage maritime (1880) p 169

      M. Lépine, président du Comité de sauvetage de, Barfleur, a signalé un acte de dévouement accompli dans les circonstances suivantes, par le matelot Louis Crestey, appartenant à l’équipage du canot de sauvetage :

      Le 25 août,, vers 6 heures du soir, un enfant, de sept ans tombe à l’eau à marée haute dans le port de Barfleur. Personne n’avait vu l’accident; mais un jeune homme qui avait aperçu cet enfant peu. d’instants auparavant sur le quai, ne le voyant plus et des bouillonnements se produisant à la surface de l’eau, appela au secours. Louis Crestey accourut, et sur l’indication qui lui est donnée, plongea tout vêtu et fut assez heureux pour ramener l’enfant. Recueillis tous les d’eux par la foule arrivée sur le quai, des soins leur furent prodigués; la petite victime, qui était inanimée, put être heureusement rappelée à la vie, et les plus chaleureuses félicitations furent adressées au brave Crestey par les témoins de son courage.

    7. Christophe CANIVET
      Publié dans 04/02/2018 le 10:45

      Permettez-moi de vous compléter concernant le premier des CRESTEY.

      Vous faîtes part de sa disparition au cours d’un sauvetage en 1893. Mais il faut savoir qu’il avait déjà failli périr lors d’un précédent sauvetage, en 1881. Il en avait été bon pour une pneumonie. Mais alors qu’il était alité par la maladie due à son dévouement, une de ses filles succombait elle-même à une bronchite. A l’époque, un marin-pêcheur qui ne peut pas prendre la mer, c’est un père de famille qui ne peut plus nourrir les siens.
      L’écrivain et journaliste Charles CANIVET, alias Jean de Nivelle, ému de son sort (il venait de consacrer plusieurs articles à la station de sauvetage de Barfleur) organisa une souscription au profit de la famille CRESTEY via le quotidien Le Soleil, souscription qui permit d’apporter un réconfort matériel aux CRESTEY.

      J’ai commencé à récupérer les articles publiés à l’époque dans le Soleil. Mais certains n’ont pas encore été mis en ligne sur Retronews (on devrait les avoir tous dans les semaines qui viennent)

    8. louise
      Publié dans 08/02/2016 le 10:32

      Est ce qu’ils étaient peintre? Nous avons retrouvés une peinture au dessus d’une cheminée signée par ceci: Crestey.e
      Merci d’une réponse, PS la maison est a saint martin de varreville.

      • lebosco
        Publié dans 10/02/2016 le 08:40

        Bonjour, je ne saurais vous dire. Il serait bon de contacter des survivants de la famille sur Barfleur.
        Cordialement

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.