• Les ormeaux du Cotentin se meurent

     

     

     

    Les ormeaux du Cotentin se meurent

     

     

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    Une pêcherie en voie d’extinction

     

    La pêche des ormeaux a fait vivre dans le Cotentin trois entreprises avec des plongeurs professionnels. Mais le stock, décimé il y a dix ans par une bactérie, ne s’est pas reconstitué.

     

    L’ormeau est un mets de choix, très raffiné même s’il est assez difficile à préparer: il faut en effet le battre longuement afin de l’attendrir. Ce gastéropode a toujours été pêché parles plaisanciers le long des côtes. Leur prise est autorisée lors des marées d’un coefficient supérieur à 100, entre septembre et avril, en pêche à pied. En plongée, elle est réservée aux professionnels.

     

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    Mais cette pêcherie, dans le Cotentin, est aujourd’hui en voie d’extinction.

     

    « En 1993, une réflexion avait été engagée par le comité régional des pêches, associant les entreprises, les scientifiques et l’administration, pour encadrer cette pêcherie « , rappelle Véronique Legrand, biologiste des pêches au comité régional.
    Une zone de pêche avait ainsi été définie, allant de Diélette à Barfleur, avec des licences spéciales, des quotas, une période de pêche s’étalant sur sept à neuf mois, et un suivi scientifique.

     

    Mort subite

     

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    À l’époque, trois entreprises employant chacune deux plongeurs et un marin, bénéficiaient de ces licences. Ils pêchaient globalement 19 à 26 tonnes d’ormeaux par an, soit un quart de la production nationale estimée à 100 tonnes.
    À la fin des années 90, une mortalité importante est apparue en Bretagne, entre Concarneau et Saint-Malo. Près de 80 % des ormeaux sont morts, touchés par une bactérie, la vibrio arvelis.  » Les coquillages sont les premières sentinelles de l’état
    du milieu marin « , souligne Olivier Basuyaux, responsable de la recherche et du développement au SMEL, à Blainville-sur-Mer. L’épidémie s’est progressivement répandue.

     

    ormeauxVirginie Legrand et Olivier Basuyaux, dans le laboratoire du SMEL à Blainville, où des ormeaux sont en cours d’élevage.

     

    En 1998, les élevages expérimentaux du syndicat mixte ont d’ailleurs également été touchés par cette mortalité. « Elle concernait surtout les ormeaux dans la période de reproduction, en été, avec des eaux d’une température supérieure à 17°  » précise le scientifique. Les eaux du Nord-Cotentin n’ont pas été touchées avant 2004. Mais l’année suivante, en quelques jours, la moitié du stock est morte.

     

    Vigies de l’environnement

     

    « Des souches plus résistantes ont fait leur apparition, et ont permis l’émergence d’une nouvelle population d’ormeaux dans la zone de Saint-Malo et d’Erquy.
    Mais il n’y a pas eu le même nettoyage dans le Cotentin. Et depuis, de nouvelles mortalités hivernales sont apparues, davantage dues à un envasement des fonds « , explique Olivier Basuyaux.
    La pêche professionnelle, un moment fermée pour raisons sanitaires, a rouvert depuis 2009, en adaptant chaque année les conditions d’ouverture et les quotas à l’évolution du milieu.  » Mais ce ne sont plus que quelques centaines de kilos qui sont pêchés », note Véronique Legrand. L’essentiel de la production mondiale part en fait vers la Chine et le Japon, principaux consommateurs d’ormeaux.
    « Mais ils demandent de grosses quantités. L’aquaculture s’est aussi développée, et a pris le pas aujourd’hui sur la pêche « , ajoute t-elle.  » La production dans le Cotentin est insuffisante pour en vivre. Aujourd’hui, les plongeurs sont davantage des vigies. Ils ont conservé les possibilités de pêche, mais ils se sont pour la plupart reconvertis.  » Et aucun indicateur ne laisse présager une reconstitution des stocks.

     

    J. LAVALLEY
    Presse Manche

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