• Bar : c’est l’arrêt de mort

     

     

     

    Bar : c’est l’arrêt de mort

     

    « Un arrêt de mort » dénoncé à l’unanimité

     

    « Elle veut nous achever? » Les réactions d’indignation affluent suite à la proposition de la Commission européenne d’interdire la pêche du bar de janvier à juin 2016 en Manche et mer du Nord. Les petits métiers, surtout les ligneurs, seraient lourdement touchés.

     

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    Ne pas cibler le bar pendant six mois, puis s’en tenir à une tonne par mois? La proposition de la Commission européenne pour le stock nord, présentée le 10 novembre (. le marin. de la semaine dernière) fait s’étrangler les pécheurs. Cela signifie  » Un arrêt de mort  » pour les petits artisans, unanimement dénoncé par leurs représentants.

     

    Le Comité national des pêches (CNPMEM) fustige ces propositions « disproportionnées, irresponsables, inacceptables ». C’est  » un non-sens absolu » pour la plate-forme de la petite pêche artisanale française, après les beaux discours de la Commission pour préserver la petite pêche côtière et donner un accès prioritaire à la ressource aux activités moins impactantes.
    Tous dénoncent la précipitation de la Commission qui veut, pour atteindre le RMD
    (Rendement maximum durable) en 2017, diminuer de 46 % les captures avec cette mesure. Pourquoi viser le rétablissement si tôt alors que la politique des pêches permet d’étaler jusqu’à 2020 quand les contraintes économiques et sociales sont trop fortes, déplorent unanimement les représentants des pêcheurs.

     

    Simple calcul politique pour entamer les négociations?

     

    Près de 950 navires sur la façade maritime Manche-mer du Nord ont déjà subi des pertes suite aux mesures d’urgence désastreuses prise en 2015, déplore le CNPMEM : interdiction de pêche pour les chalutiers pélagiques de janvier à avril, seuils mensuels de captures puis taille minimale à 42 cm en septembre. Ce passage a été extrêmement brutal pour les petits métiers en zone nord, certains devant rejeter la majorité de leurs captures.

     

    Les nouvelles mesures proposées toucheraient plus de 1 000 bateaux (Ligneurs et petits fileyeurs), représentant 2 000 marins pour tout l’Atlantique nord-est. Les ligneurs surtout dépendent du bar à plus de 80 %, sans aucune possibilité de diversification: pas d’autre espèce à pêcher à la ligne et, pour la plupart, des bateaux trop petits pour une reconversion au filet ou au casier. La plate-forme de la petite pêche artisanale française craint  » la disparition de centaines d’emplois et l’arrêt brutal de toute une filière économique. La Commission a-t-elle conscience qu’avec un tel moratoire, les pêcheurs que nous représentons ne seront plus là lorsque le stock sera rétabli ? Même leurs bateaux ne vaudront plus rien. Ce sont, au contraire, les gros navires, principaux responsables de la situation, et en capacité de se reporter sur d’autres espèces, qui pourront à nouveau s’enrichir grâce au bar … Une aberration! ».

     

    Les ligneurs refusent de payer le prix fort. Ils demandent la saisine du CSTEP (Conseil scientifique, technique et économique des pêches) pour établir les impacts socio-économiques sur la petite pêche artisanale de telles mesures. Des conséquences indirectes sont aussi pointées. « Le report de pêche se fera inévitablement sur d’autres espèces déjà ciblées « , prévient Alain Coudray, président du comité des Côtes-d’Armor. Et le jour où le RMD sera atteint,  » le marché aura été remplacé par le bar d’élevage « . Ou par celui du golfe de Gascogne, qui risque bien d’être surexploité à son tour.
    S’étonnant qu’aucune mesure de gestion ne soit prévue pour ce stock sud, les professionnels lancent l’alerte, comme déjà ils réclamaient la mise sous quota du bar dès 2012. Sans effet, avant d’en arriver à ces mesures extrêmes. Ils rappellent leurs contre-propositions, espérant qu’elles referont surface au conseil des ministres de mi-décembre qui aura à se prononcer sur ces mesures.

    Solène LE ROUX
    Réactions sur lemarin.fr

     

     

    CONTRE-PROPOSITIONS

     

    Le CNPMEM demande de la flexibilité. Dans l’objectif d’atteindre le RMD (rendement maximal durable) en 2020, il suggère « une limite trimestrielle de captures basée sur les limitations mensuelles appliquées en 2015 « . Ce qui donnerait : 5,4 tonnes pour les chalutiers de fond, 3,9 tonnes pour les métiers de l’hameçon, 3 tonnes pour les fileyeurs, 9 tonnes par navire pour les chalutiers pélagiques pour le premier trimestre (0 pour les autres trimestres).

     

    La petite pêche rappelle les mesures proposées via l’organisation Life (Low Impact Fischermen of Europe) : un moratoire de deux mois pour toutes zones du 15 janvier au 15 mars ; et un moratoire supplémentaire de deux mois pour le large, où s’opère la reproduction, qui étendrait l’interdiction de la pêche sur frayères du 15 décembre au 15 avril. Et ce toujours dans l’optique d’un retour à un niveau de stock satisfaisant en 2020.

     

    Des travaux scientifiques sont toujours en cours avec l’ifremer (programme Bargip) pour améliorer les connaissances sur l’espèce, rappelle le CNPMEM, et d’autres facteurs environnementaux (température, pollution tellurique, réduction des nourriceries, etc.) influent sur le recrutement. Ils sont aussi à prendre en considération,  » la pêche n’est pas la seule variable d’ajustement « .

     

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    Notre métier n’est plus viable

     

    « C’est carrément pour nous achever ! réagit Michel Lesage, ligneur à Saint-Vaast-la-Hougue. Déjà, depuis le passage de la taille minimale de 36 à 42 cm, en septembre, notre métier n’est plus viable. Il était déjà dur. Les captures perdues sous 42 cm devaient au départ ne représenter que 10 à 20 % des prises, or c’est 40 à 45 %, ou pire. Aujourd’hui (NDLR : le 12 novembre), sur dix bars pêchés, je n’ai pu en vendre qu’un, et j’ai remis les autres par-dessus bord. Hier, sur 39 bars, j’en ai vendu quatre: la majeure partie mesurait entre 36 et 42 cm, surtout entre 40 et 42 cm. Et encore sur certaines marées, c’est du 100 %, on est obligé de tout remettre à l’eau. J’ai plusieurs marées avec zéro vente malgré des captures de 15 à 20 kg. On se met à faire du no-kill.
    Depuis septembre, j’ai réduit mon chiffre d’affaires au moins de moitié. Or 95 % de mon chiffre d’affaires, c’est le bar.
    Que faire d’autre? Je n’ai pas moyen de faire autre chose avec mon bateau de 7 mètres, comme la plupart des ligneurs dans l’est Cotentin.

     

    Ça fait des années qu’on disait aux scientifiques et aux Affaires maritimes, attention, des navires tapent trop dans le stock de bars. On nous répondait qu’il n’y avait pas de problème… Les pélagiques ont eu quatre mois d’arrêt, mais finalement tout le monde est puni. Il fallait faire quelque chose, mais on aurait dû augmenter la taille de 2 cm par an, avec une progression.

     

    Les plaisanciers ont gagné avec la taille à 42 cm, on a bien compris que deux millions d’électeurs pèsent plus que 1 000 ligneurs.

     

    Pourtant mes captures ne vont pas changer grand-chose à la situation du stock, alors que ça faisait vivre ma famille. Nos petites entreprises passent à la trappe. Après un moratoire de six mois, et même s’il est réduit par des négociations, qu’il y ait une tonne ou 1,3 tonne mensuelle ne change plus grand chose, nos entreprises auront disparu ! À part un PSF (plan de sortie de flotte), et des aides à la reconversion, je ne vois pas ce qui peut nous sauver. »

     

    Le Marin

     

    voir l’article : Bruxelles veut diminuer de 50% les prises de bars

     

     

     

     

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