• Camping interdit à Chausey

     

     

     

    Camping interdit à Chausey

     

     

    Chausey (3)

     

    Chausey verte d’une végétation qui va du vert moussu des vasières de la côte au vert profond de la lande intérieure, Chausey oiseau de mer, goéland argenté, cormoran ou tournepierre, autant d’espèces qui viennent y nicher et y séjourner l’hiver, faisant de tout l’archipel une réserve naturelle classée.

     

    Chausey facétieuse et insaisissable cache bien son jeu : à marée haute, la Grande Île s’entoure d’une cinquantaine d’îlots ; mais quand la mer se retire, c’est plus de 360 écueils qui émergent des eaux.

     

    Un marnage exceptionnel qui fait de Chausey le paradis des pêcheurs à pied. D’ailleurs, à Chausey, on ne se déplace pas autrement : automobiles et vélos sont interdits.

     

    A Chausey, dormir sur l’île est un luxe et un privilège : il n’y a qu’un seul hôtel de huit chambres et cinq gîtes communaux.

     

    Chausey (1)

     

    Mais un dicton chausiais dit : « qui vient à Chausey une fois revient 300 fois! ».

    Là, c’est moins sûr depuis une trentaine d’années, car le camping y est interdit.

     

     

    IL Y A 30 ANS, DISPARAISSAIT LE CAMPING À CHAUSEY

     

    C’est en septembre/octobre 1985 que la nouvelle est tombée. La municipalité de Granville de l’époque ne voulait plus de tentes à Chausey. Et pourtant c’était une tradition bien ancrée qui n’aura survécu que quatre années après le départ du curé André DELABY, fervent défenseur des « Proches de la Belle Étoile », nom qu’il proposa à l’association des campeurs.

     

    Après-guerre, dans les années 50, le camping commença à se développer sur la maîtresse île pour atteindre son apogée dans les années 70. Les gens arrivaient avec leur matériel et se posaient là où il y avait de la place. Seuls les jardins du presbytère et de l’ancienne école nécessitaient l’autorisation de Monsieur le Curé. Ailleurs c’était totalement libre, tout au moins sur la partie publique de l’île. Des tentes se dressaient dans le « trou » de Port-Marie et à côté, sur la plate-forme au-dessus de la plage de Port-Marie, sur le terrain allant du fort au phare, sous le phare côté Port-Marie ; la SCI autorisa même en 69/70, les gens à s’installer dans un champ auprès de la ferme qui était exploitée à cette époque. Mais en 1970, à la suite d’un violent orage, une branche s’abattit sur une tente et comme le campeur eut la bonne idée de se retourner contre la SCI, celle-ci décida d’arrêter le camping à la ferme. À partir des années 70, les aires disponibles commencèrent à se réduire fortement. C’est surtout après 1976 que les choses se gâtèrent car Chausey fut classé à l’inventaire des sites et comme le « camping sauvage » est interdit dans les sites classés, il devenait donc ipso facto interdit à Chausey. On nous laissa toutefois l’aire du phare, le trou de Port-Marie et évidemment les jardins de Monsieur le Curé. Mais en 1978, suppression du trou de Port-Marie. Tout le monde rappliqua dans les jardins du Curé et la ville de Granville « géra » l’aire du phare. On sentait venir la fin et ce fut à cette époque que se créa l’association des campeurs de Chausey : « Les Proches de la Belle Étoile » (PBE). 1981, nouveau coup de tonnerre ! Monsieur le Curé prend sa retraite et se retire à Hudimesnil ; le presbytère lui servira cependant encore quelques années car il fallait vider les lieux et déménager le capharnaüm de l’Abbé Delaby n’était pas une mince affaire. Qu’allait-on devenir ? L’association des campeurs se proposa de gérer le camping dans les jardins du Curé, ceci en liaison avec la municipalité de Granville (Rémy Derubay, Maire) ; cela dura trois étés, de 1982 à 1984. Les membres du bureau des PBE se relayaient, chacun sa semaine, pour organiser les emplacements, accueillir les nouveaux arrivants, etc. Et ce n’était pas simple à gérer !

     

    Chausey (2)

     

    Cela marchait bien mais devait fatalement attiser des jalousies. Il y avait les pour et les contre. En 1983, changement de municipalité à Granville. Henri Baudouin, Député, redevient Maire et prend comme premier adjoint un certain général Lavenu, en retraite, et qui vont nous faire bien des misères car au printemps 1985, nous apprenons que les jardins du presbytère et de l’ancienne école vont être interdits de camping par décision de la municipalité. Motif avancé : la création de gîtes dans le presbytère et l’ancienne école (ce qui fut effectivement réalisé). Le seul emplacement restant autorisé sera l’aire située entre le fort et le phare avec un séjour limité à 15 jours. Les PBE sentant la fin proche décidèrent de faire signer une pétition pour le maintien du camping à Chausey. Je pris donc mon bâton de pèlerin et passai une partie de mon séjour à sillonner l’île. Je me souviens que la pétition avait recueilli plusieurs centaines de signatures dont celles, à notre grande surprise, de personnages éminents de l’île et, curieusement de personnes bien placées à Granville. Les signataires étaient d’abord les campeurs évidemment mais beaucoup d’habitants de Chausey, surtout côté SCI, l’ont signée. Il faut dire aussi qu’au fil des années, des liens s’étaient tissés entre les campeurs habituels et des gens de l’île. Tous les ans, les PBE participaient activement aux régates, offrant des lots et apportant leur concours à la mise en place des structures ; chaque mois d’été, les PBE organisaient un feu de camp à Port-Marie avec saucisses et sardines fraîches grillées et les incontournables chants accompagnés à la guitare. Bref une ambiance s’était créée autour de la grande famille des campeurs.

     

    Chausey (4)

     

    À l’automne 1985, l’annonce officielle de la suppression de tout camping était signifiée par la mairie. Plusieurs réunions eurent lieu avec les Élus granvillais, le général Lavenu, mais aussi avec Michel Peyre qui était, si je me souviens bien, en charge du tourisme. Jamais nous n’avons réussi à obtenir un rendez-vous auprès du Député-Maire, Henri Baudouin. La pétition remise à la municipalité de Granville n’eut aucune influence sur leur point de vue. Les Élus « campaient » sur leur position.

     

    En 1986, 1987 et 1988 nous fîmes plusieurs tentatives auprès de la mairie pour rétablir le dialogue et obtenir au moins un sursis mais rien n’y fit. Et pourtant, j’ai toujours pensé que s’il y avait eu la volonté politique, un camping municipal était possible à Chausey. Les campeurs étaient en état de choc et vécurent cette interdiction comme un véritable traumatisme. Je n’irai pas jusqu’à comparer avec le sentiment qu’eurent les Français d’Algérie en quittant leur pays mais il y avait un peu de cela quand même ; j’ai vu des enfants pleurer sachant qu’ils ne vivraient plus ces vacances merveilleuses avec leurs copains. En 1989 l’association des PBE se mit en sommeil. Les fonds restants furent versés à la SNSM-Station de Chausey soit environ 3.000 francs ; qui s’en souvient ?

     

    Jean LEPIGOUCHET,

    Dernier Président des Proches de la Belle Étoile.

     

     

     

     

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