• Le raz de Sein et ses ligneurs

     

     

     

    Le raz de Sein et ses ligneurs

     

     

    Au large du Finistère, le raz de Sein est parcouru de violents courants de marée qui lèvent, même par beau temps, une mer très agitée. Bien que ces conditions y rendent la navigation difficile, ces parages, semés de roches à fleur d’eau, sont quotidiennement fréquentés par une poignée de pêcheurs professionnels. Seuls à bord de bateaux puissants, ces spécialistes traquent à la ligne de traîne l’un des poissons les plus savoureux qui soient: le bar. Difficile et risqué, ce métier, qui plaît tant à ceux qui le pratiquent, respecte au mieux la ressource, et se distingue ainsi par son caractère écologique.

     

    Même par temps calme, le raz de Sein est fortement agité, en particulier entre le phare de la Vieille et la pointe, espacés d’environ un demi mile. C’est dans ce chaudron que travaillent les pêcheurs de bar à la ligne.

     

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    Ci-dessus: la pointe de Bretagne, extrait de la carte n° 7211 du Service hydrographique et océanographique de la Marine, reproduit avec son aimable autorisation.

     

    A l’ouest de la Bretagne, entre la baie de Douarnenez et la baie d’Audierne, s’avance un large éperon de hautes falaises granitiques battues par la houle et les vents: le cap Sizun. A son extrémité, le raz de Sein, parcouru de violents courants de marée, sépare l’île de Sein du continent. Du haut de la pointe du Raz, le sémaphore exerce en permanence une veille attentive sur le trafic des navires en approche du rail d’Ouessant. Les guetteurs couvent également d’une bienveillante attention les va-et-vient d’une flottille bien particulière, celle des pêcheurs ligneurs. Ces derniers – le plus souvent seuls à bord – arment de petites unités de 7 à 9 mètres et ont fait du raz leur domaine de prédilection. La simple évocation de leurs lieux de pêche est une invitation au voyage: la Vieille, Lilas, la Chaussée, Talou, la Carcasse, la Basse-Jaune; plus au Nord, l’Iroise, les Basses-du- Lys, le Laborieux et la Vandrée; enfin les parages d’Ouessant et la chaussée de Keller. Vaste terrain d’aventure pour ces pêcheurs d’exception qui perpétuent avec des moyens modernes la technique – probablement la plus ancienne d’entre toutes – de la ligne. Dans cette portion d’océan, le jeu des marées offre quotidiennement l’occasion de mouvements démesurés. Chaque jour, plusieurs millions de mètres cubes d’eau se déplacent entre Sein et Ouessant, dans cet aquarium de plus de 1000 kilomètres carrés dont on changerait l’eau quatre fois par jour. Les plus forts courants y atteignent 8 nœuds (15 kilomètres par heure). La faune halieutique y est riche et variée. On y trouve notamment des crustacés de prestige – langouste rouge, homard -, des poissons plats – barbue, turbot et raie – et toute la famille des dorades: royale, griset, pagre, pageot et pageot rose. Mais le maître des lieux est sans conteste le bar. Amateur d’eaux agitées, spécialiste de la nage en conditions extrêmes, le bar n’a pas son pareil pour exploiter les opportunités alimentaires de cet écosystème complexe. Dans cet espace, chaque îlot, chaque pointe, chaque écueil constitue un affût où, à moindre effort, il peut attendre que le courant vienne lui apporter, comme sur un plateau, sa pitance: lançon, sprat, sardine, chinchard et maquereau.

     

    Un redoutable chasseur

     

    En d’autres lieux, on le trouvera solitaire, cherchant ses proies à la fleur de l’eau, cette pellicule de quelques centimètres qui, l’été, concentre l’essentiel de l’activité photosynthétique. Il affectionne aussi les petits fonds littoraux, où son régime est des plus éclectiques: crabe vert et étrille, menu fretin et alevin, coquillage et ver marin, crevette bouquet ou puce de mer.

     

    Mais à l’occasion, et en particulier en ce point de rencontre des eaux de la Manche et du golfe de Gascogne que constitue l’Iroise, son tempérament grégaire reprend le dessus. Par bandes pouvant regrouper de quelques spécimens à plusieurs centaines d’individus, le bar met en œuvre des stratégies de traque élaborées, affût, poursuite, contournement ou encerclement, exploitant de la sorte toutes les strates d’eau de cet immense réservoir de nourriture. Une fois qu’a pu être isolé le banc convoité, les bars se livrent à une véritable curée, la chasse. Tuant à coups de tête rageurs bien plus de poissons qu’ils n’en consomment, les bars en chasse voient leur présence trahie par les concentrations d’oiseaux marins, goélands et fous de Bassan qu’attire cette providentielle remontée de petits poissons affolés ou agonisants.

     

    Cette présentation pourrait faire du bar un glouton insatiable, mais il n’en est rien, car, en bon vivant, ce grand chasseur consacre une large part de son temps au repos. Se laissant alors porter entre deux eaux à l’abri d’une roche ou d’un ridain (Pli de terrain), on pourrait le confondre avec une statue de sel si les mouvements de ses nageoires pectorales et sa lente respiration branchiale n’étaient là pour briser cette immobilité. En ces moments, tous les lançons de l’Atlantique peuvent bien passer à sa portée, il reste impassible: ce n’est pas son heure. Chaque chose en son temps; il suffit parfois que le courant s’inverse, que le vent tourne ou que le soleil se cache pour qu’il reprenne sa traque. Alors, obéissant à un signal mystérieux, tout le banc se remet en mouvement.

     

    Les pêcheurs méridionaux l’ont baptisé loup, et il est vrai qu’il s’en rapproche par bien des aspects, tantôt chasseur en meute ou en vieux solitaire, tour à tour prédateur féroce ou promeneur indolent. Le pêcheur connaît ces humeurs fantasques et s’en accommode, attendant à l’occasion des heures, voire des jours, que le seigneur de ces lieux se mette en quête de nourriture. Aussi n’est-il pas rare d’assister à des coupures de pêche pendant plusieurs journées, en particulier lorsque les vents s’établissent à l’Est. En ces périodes de disette, le pêcheur doit s’armer de patience et faire preuve d’une grande sérénité. Certains jours le poisson est là, le pêcheur le sait, le sent, mais rien à faire pour provoquer l’attaque. A l’issue d’une journée passée à battre la mer en tous sens, après avoir mis en œuvre l’essentiel des techniques connues, il rentrera avec l’impression que la faune halieutique dans son ensemble a déserté l’endroit.

     

    En d’autres lieux, moins exposés au brassage d’eau, ce sont les proliférations planctoniques, dinophysis ou alexandrium notamment, qui perturbent le poisson et induisent inappétence, ralentissement de l’activité, voire exode massif vers des eaux plus généreuses. Mais quelles qu’en soient les causes, le bar revient toujours, pour combler d’aise le pêcheur, amateur ou professionnel, que la chance, l’expérience ou l’instinct a placé à l’endroit où la pêche se déclare.

     

    C’est à la découverte de ce poisson surprenant que nous invitent Matthieu, Ronan, Eric, Stéphane, Patrick et les autres, tous pêcheurs ligneurs par profession autant que par passion et par conviction, engagés dans la promotion d’un mode de pêche et d’un art de vivre qu’ils défendent ardemment.

     

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    Ar Vorlenn, un port du Cap

     

    Cinq heures. L’aube teinte à peine l’horizon. L’herbe des prés a laissé la place aux fougères et à la lande. La voiture de Matthieu brinquebale sur une route cahoteuse qui, entre des murs de pierres sèches, nous mène jusqu’en bord de mer, au bout d’un raidillon de 500 mètres accusant – à vue de nez – un bon 40 pour cent de pente.

     

    La mer, nous la devinons plus que nous ne la voyons, à 20 mètres en contrebas de cette falaise noire et froide. Matthieu a déjà enfilé ses bottes et son ciré, avant de caler sous son bras un panier en osier d’où dépasse la Thermos de café. Nous nous engageons dans un vague chemin parsemé d’embûches, conduisant à un ouvrage portuaire d’un autre âge: quelques marches taillées dans la roche qu’épouse dans ses moindres mouvements une maçonnerie de moellons, une main courante en acier rongé par le temps. Le tout forme une cale de mise à l’eau et une digue de protection de quelques mètres: nous sommes au port du Vorlenn. En l’occurrence, le terme de port peut sembler usurpé, tant les infrastructures sont réduites. Mais c’est assez pour la dizaine d’embarcations – quelques canots et trois bateaux de ligneurs professionnels – qui trouvent ici un abri de quelques heures ou de quelques jours à proximité immédiate de leurs lieux de pêche, économisant ainsi les 30 à 45 minutes nécessaires pour rallier Audierne .

     

    Six ports de ce type s’égrènent au pied des falaises du cap Sizun: Porz Loubous, Feunteun-Aod et Bestrée au Sud, le Vorlenn à l’Ouest, entre les pointes du Raz et du Van, enfin Brézellec et Pors-Louédec au Nord. Trois de ces havres sont régulièrement fréquentés par les professionnels pendant l’été. Ces abris offrant une protection variable selon la direction du vent, les bateaux en changent couramment en fonction de la météo.

     

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    Au pied de l’ouvrage, quelques annexes attendent leur propriétaire et le bateau de Matthieu tire sur sa chaîne. Tout en libérant le cordage du va-et-vient qui relie son annexe à l’échelle, Matthieu m’explique que les occupants de ces abris ne dorment jamais que d’un sommeil léger tant les caprices du temps sont parfois subits. Et il est bien difficile de rejoindre son embarcation quand, le vent ayant fraîchi au cours de la nuit, l’annexe s’agite comme une coque de noix au pied du rocher dans un clapot déchaîné. Au-delà du grand frais, tout le monde doit plier bagage. Et tandis que les bateaux de pêche rejoignent Audierne, les petites unités de plaisance sont hissées à flanc de rocher, bien à l’abri des plus hautes vagues. Dans le jour naissant, je distingue un treuil à bras trônant majestueusement au sommet du plan incliné. J’imagine les hommes ahanant sous la pluie et dans le vent pour soustraire dans la hâte leurs frêles esquifs aux éléments déchaînés.

     

    M’arrachant à mes rêveries, Matthieu m’invite à descendre quatre bons mètres de barreaux qui ont subi, plus qu’à leur tour, les outrages du temps, pour rejoindre l’annexe. Les odeurs mêlées de mer et de goémon se font plus fortes. Je me sens rentrer dans ce décor, bientôt acteur de cette chasse que j’espère fructueuse. Je ne suis pas bien fier quand il faut mettre le pied dans l’embarcation qui danse. Le patron m’a pourtant affirmé que les conditions de mer étaient parfaites, avec juste « un restant de clapot d’Ouest de la veille ». J’imagine ce que ça doit donner par gros temps! Armé d’un aviron de 3 mètres, Matthieu déborde la roche pour rejoindre d’un mouvement assuré le Fringant, une unité en polyester de 8,30 mètres prête à nous propulser vers le raz de toute la puissance de ses 220 chevaux.

     

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    En pêche près de la Vieille

     

    A la barre, bien calé dans son siège, Matthieu se dirige vers le phare de la Vieille. C’est là, entre la pointe du Raz et le phare, sur une distance d’un mille ponctuée de quelques brisants, qu’il nous emmène pêcher le bar. J’apprécie le relatif confort de la passerelle, où, porte fermée, l’effet de la brise d’Ouest se fait oublier. Le moteur ronronne doucement à 1200 tours par minute. Matthieu semble avoir tout son temps. Nous sommes légèrement ballottés par un clapot de Sud- Ouest, mais la traversée de la baie des Trépassés s’effectue en à peine un quart d’heure. La petite dépression de la veille s’en est allée et les premiers rayons du soleil présagent une belle journée.

     

    Nous stoppons à une centaine de mètres du Gorle-Greiz, grand rocher noir surplombant de près de 20 mètres un chapelet d’écueils dispersés de part et d’autre. A l’Est, la pointe, à l’Ouest, le phare de la Vieille et la tourelle jaune et noire de la Plate, qui marquent l’extrémité du seuil sous-marin prolongeant le cap Sizun. Ce seuil est à l’origine du phénomène si particulier du raz, où le courant, qui s’accélère, s’accompagne d’effets de mer dus à l’amplification des houles et creux provenant du large.

     

    Pour l’instant, le raz est presque calme, tout juste animé par quelques tourbillons et bouillonnements, et par une longue houle d’Ouest. C’est l’étale de basse mer. Je bous d’impatience, et pourtant nous sommes là à ne rien faire. Matthieu, qui a dû interpréter mon regard dubitatif, me lance: « C’est encore trop tôt. Tu vois, les oiseaux ne sont même pas encore sur les roches. Les oiseaux, c’est notre point de repère; ce sont eux qui nous donneront le signal du début de pêche. En attendant, nous allons essayer de pêcher quelques maquereaux. » Et il met à l’eau une « mitraillette », un montage de sept hameçons ornés de plumes jaunes et rouges, lesté au bout d’une ligne. Venant d’Audierne, deux autres ligneurs nous rejoignent et stoppent à quelques mètres. Ils ne paraissent pas plus préoccupés de pêche que Matthieu et nous interpellent gaiement sur la pluie, le vent et les derniers potins du port.

     

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    Matthieu remonte une lignée de trois maquereaux, prestement décrochés et plongés dans une grande baille d’eau. A peine remise à l’eau, la ligne est stoppée dans sa descente. En me la tendant, il me dit: « Ecoute ta main, ils sont là! » Effectivement, ça gigote. Le patron reprend la ligne. Il m’a prévenu, je ne pourrai pas pêcher, pour des raisons de sécurité. Après avoir sorti quatre nouveaux maquereaux, il fait signe à ses collègues qu’il va mettre en pêche. A 2500 tours, le bateau bondit littéralement. Ça commence à me plaire.

     

    Tout ici est affaire de convention. Arrivé le premier, Matthieu a le droit de choisir sa place, la meilleure ou celle supposée l’être. Plus tard, en pêche, les bateaux respecteront un code d’usage précis, condition indispensable pour que l’action se déroule sans incident dans un espace somme toute exigu. Si rien n’est écrit, gare pourtant à celui qui ne respecterait pas le protocole. Qu’un pêcheur plaisancier vienne s’aventurer sur ce territoire, et c’est un peu l’arrivée d’un chien dans un jeu de quilles. Car sans s’en rendre compte, il peut compromettre la marée en passant sur les lignes ou dans la chasse, ou en gênant une manœuvre.

     

    Se faufilant entre les roches par le chenal du Trouziard, Matthieu gagne le Sud du raz et le courant de flot commence à se faire sentir. Peu marqué dans sa première heure, il va rapidement forcir pour atteindre 5 à 6 noeuds au plus fort de la marée – aujourd’hui de coefficient 105, ce qui n’arrive pas tous les jours!

     

    Réduisant l’allure, Matthieu sort un maquereau tout frétillant de son vivier. Après l’avoir armé d’un énorme hameçon triple – un bon 5/0 -, il laisse filer le montage dans le courant sans autre artifice qu’un simple fil de 80 centièmes. A 1000 tours, le bateau étale juste, en restant quasiment stationnaire par rapport au fond. Déjà dix brasses de ce fil sont à l’eau, suivies de quinze brasses de tresse bleue. Matthieu, qui a déployé une perche en bambou d’au moins six mètres, fixe la ligne en dérivation sur une drisse fixée à l’extrémité supérieure et laisse le tout se tendre au courant. Un instant perplexe, je comprends le stratagème lorsqu’à l’issue d’une translation de quelques dizaines de mètres, Matthieu vient se placer en amont immédiat d’une roche émergée sur laquelle la houle vient se briser en gros amas d’écume. Dès lors, le maquereau nage dans la zone de turbulence en aval immédiat de la même roche, la ligne passant par-dessus sans encombre grâce au tangon.

     

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    « Nous allons pêcher comme ça une petite heure, dit Matthieu. Ça a l’air un peu grossier comme technique, mais c’est ainsi qu’on arrive à prendre les plus gros poissons, ceux qui refusent tous les autres leurres. Plus tard, on pêchera en travers du courant quand il sera bien formé, avec les lignes de leurres souples. » Le bateau commence à se faire ballotter, et au fur et à mesure que le courant forcit, le contraste s’accentue entre la zone relativement calme où nous nous trouvons, et celle située au-delà du seuil sous-marin, de plus en plus agitée en tous sens. Le régime du moteur est progressivement augmenté. Maintenir ainsi le bateau à la bonne distance pour que le maquereau évolue au bon endroit nécessite d’agir en permanence avec beaucoup de dextérité sur la barre et la commande de gaz. Nous sommes à environ 50 mètres de la roche, qui désormais disparaît régulièrement sous la lame.

     

    Soudain, le tangon prend de l’arc. Instantanément, Matthieu, qui vient de mettre la barre à gauche, me lance: « Rentre dans la cabine! Ça va remuer un peu. » En un instant, passant à toucher la roche, le bateau arrive dans la zone de turbulences. Matthieu hale la ligne à vive allure. Au moment de pénétrer dans les remous, il ne reste déjà plus que deux ou trois brasses de tresse bleue. Dès lors, gaz coupés, le bateau dérive en travers du courant, terriblement chahuté. Je m’accroche du mieux que je peux, la notion d’horizontalité n’ayant plus vraiment de signification pour moi. Tout se passe très vite. A grandes brassées, Matthieu ramène le mono filament en Nylon. Un paquet de mer qui éclate sur le flanc l’asperge copieusement et je me demande comment il arrive à tenir debout. Le poisson en a profité pour reprendre cinq bons mètres de fil.

     

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    Pas de frein sur la ligne, c’est la main qui doit doser la tension, et gare à la casse! « C’est un gros, un balaise! » me lance Matthieu, toujours très calme, qui récupère à grands coups de bras rageurs le reste de la ligne. D’un dernier mouvement, il bloque la ligne de deux tours sur la main et hisse prestement le poisson par-dessus le pavois.

     

    Magnifique! Quelle émotion! Le bar se débat sur le pont. Je n’en ai jamais vu d’aussi gros; il doit approcher les 8 kilos. « Des gros comme ça, il n’y a guère qu’au maquereau qu’on peut les tromper, et quand ils sont bien pris, ce n’est même pas la peine d’utiliser l’épuisette. » il faut quand même avoir l’œil.

     

    Tout s’est passé en moins de cinq minutes, et nous avons dérivé de plus de 500 mètres. Matthieu a repris la barre et, de toute la puissance du moteur, nous propulse à contre-courant vers notre point de départ. Bizarrement, nous sommes plutôt moins remués que pendant la dérive. Me remémorant la scène, je comprends mieux maintenant le rituel préparatoire: fermeture du vivier à vif, ajustement du ciré, morceaux de chambre à air de vélo enfilés sur les doigts qui travaillent – pouce, index, auriculaire.

     

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    Le ballet ailé

     

    Le temps de se repositionner, Matthieu me demande: « Tu as vu les oiseaux? » Moi, forcément, je n’ai rien vu, car j’ai bien assez à m’occuper de ce qui se passe dans le bateau, le simple fait de tenter de rester debout accaparant l’essentiel de mes capacités. Effectivement, sur Gorle-Bella, l’îlot qui porte le phare de la Vieille, une cinquantaine de goélands marins, ces gros oiseaux aux ailes noires, sont agglutinés. Plus à l’Est, sur Gorle-Greiz, ils sont peut-être deux cents. Cela ressemble à des tribunes de terrain de foot un jour de derby, ou encore aux gradins d’une arène durant une feria. « On ne va pas tarder à passer aux grandes lignes, conclut Matthieu, le courant est bien formé. »

     

    Nous remettons en pêche au même endroit que la première fois. Alors qu’un nouveau maquereau file dans le courant, je constate que la tête de roche, qui n’apparaît plus qu’à de rares occasions, me surprend à chaque fois, comme si un monstre marin surgissait subitement du tréfonds, sombre apparition fantasmatique au milieu des gerbes d’écume.

     

    J’apprendrai plus tard que cette technique de pêche au maquereau vivant est d’usage relativement récent. Ses initiateurs ont d’ailleurs réussi à garder leur secret durant une bonne quinzaine de jours, ce qui est assez exceptionnel quand on sait que les bateaux travaillent pratiquement bord à bord. Pendant tout ce temps, ils alignaient des pièces relevant du trophée sans que personne ne sache par quelle vertu subite ils bénéficiaient d’avantages aussi exclusifs. Paradoxalement, l’utilisation de petits maquereaux ou de sardines est de peu d’utilité. Sans doute faut-il un appât à la mesure de l’appétit de ces spécimens hors du commun.

     

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    Après dix minutes sans résultat, Matthieu change de technique. Ayant rapidement remisé le tangon en position verticale et plié le bas de ligne sur un carré de mousse, il commence à dévider la « grande ligne ». A l’extrémité, un leurre tout à fait original, affectant la forme d’un poulpe en matière rigide d’un bleu outremer aux effets polarisants, vient de rejoindre l’élément liquide. Equipé d’une bavette, il ondule à la surface d’une manière que j’imagine très attrayante pour un bar affamé. Suivent une série de leurres souples bariolés, espacés chacun de deux brasses, montés sur un fil de forte section. Certains sont habillés d’une jupe ornée de multiples tentacules produisant, semble t-il, un effet attractif supplémentaire.

     

    L’ensemble est monté à l’extrémité d’une ligne en tresse bleue, dont une vingtaine de brasses sont filées dans le courant. Pas de plomb, ni de flotteur! La ligne m’ayant été confiée un instant, je constate à quel point la tension qu’exerce le courant est forte. A regarder dans le détail une des lignes de rechange, je découvre que chaque leurre a été retravaillé: les orifices pour la sortie des hameçons ont été agrandis aux ciseaux suivant un galbe parfait, et on devine que les corps des leurres ont été fourrés pour éviter les mouvements de l’hameçon ou pour améliorer l’hydrodynamique de l’ensemble. J’en déduis que le choix et l’association des couleurs ne sont jamais fortuits, et que probablement, chaque longueur de fil, chaque nœud obéissent à des règles précises issues d’une longue expérience d’hommes travaillant ensemble, mais chacun pour soi, essayant sans cesse dans une émulation enrichissante de toujours pêcher mieux.

     

    Deux autres bateaux nous ont rejoints. Cinq ligneurs travaillent maintenant en file, le nez au courant au plus près de la barre de déferlantes, bénéficiant du calme relatif qui la précède. Le spectacle est surréaliste tant les bateaux sont semblables: même position, même couleur blanc ivoire sur une mer d’émeraude, même taille et même silhouette avec leur cabine caractéristique placée aux trois quarts arrière du bateau. Un simple liseré de couleur à hauteur de la lisse semble la seule fantaisie permise. On se croirait victime d’un jeu de miroirs.

     

    Trois de ces bateaux sont identiques, du fameux type Jeanneau 8.30. Le chantier vendéen a sorti au début des années quatre-vingt cette série d’unités, construites en polyester sur sandwich balsa, dont les qualités nautiques ont séduit nos ligneurs. Doté d’une carène lui permettant de déjauger rapidement tout en conservant, quelles que soient les situations, une stabilité à la mer exceptionnelle, ce bateau a longtemps représenté l’outil idéal pour pratiquer ce travail d’équilibriste sur le fil de la vague.
    Nous voici à nouveau en pêche, et le spectacle est vraiment impressionnant. A quelques mètres, les vagues déferlent, mais d’une manière différente de celle que l’on peut observer au bord d’une plage, où elles courent vers le rivage. Ici, c’est la veine d’eau du courant qui semble créer et entretenir la déferlante, laquelle s’éclate en une gerbe d’écume pour se reformer l’instant d’après. Le phénomène produit un effet sonore particulier, comme le tumulte d’un torrent dévalant une montagne, que couvre par moments le sifflement de l’embrayage hydraulique.

     

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    Quelques oiseaux survolent déjà les remous et, soudain, ceux qui étaient encore postés sur les rochers s’envolent de concert, En une fraction de seconde, ils sont plusieurs centaines à tournoyer en tous sens à quelques dizaines de mètres de nous. Des fous de Bassan, venus d’on ne sait où, ont rejoint le groupe, et piquent à la verticale depuis des hauteurs vertigineuses. Tout ce monde ailé décrit de gigantesques arabesques. « Je sens que ça ne va pas être pour nous ce coup-ci », me lance Matthieu. Ça plonge en tous sens, le cri des oiseaux ajoutant au tohubohu, mais il est vrai que l’épicentre de ce phénomène est situé un peu plus à l’Est de notre position.

     

    Déjà, les deux bateaux situés à tribord ont décroché et se retrouvent dans le travers du courant à remonter leur ligne, bientôt rejoints par un troisième. Nullement gênés, les oiseaux plongent de plus belle. Nous restons hors de ce coup là, et en moins de cinq minutes, la messe est dite. Terriblement frustrant! Mais quel spectacle! Déjà, les volatiles ont rejoint leur perchoir et j’imagine que chez eux aussi, nombreux sont ceux qui n’ont pas trouvé leur compte. Le banc nourricier est passé un peu trop loin pour que nous puissions en profiter.

     

    Je comprends déjà mieux la mécanique de ce mystérieux rendez-vous. Les bancs de poissons – sardine ou maquereau à cette époque, chinchard et lançon plus tard en saison – portés par le courant se présentent au-dessus du seuil sous-marin. Bien planqués derrière la roche, les bars surgissent et foncent sur cette manne dont la capacité de fuite est très réduite du fait de la force du courant. N’ayant d’autre issue que de remonter en surface, les fugitifs sont cette fois attaqués par les oiseaux. Terrible connivence de deux prédateurs friands de la même pitance.

     

    Les bars mettent la pression

     

    L’intrusion de l’homme dans cet écosystème complexe est récente, et le prélèvement opéré par les ligneurs reste modeste. Les premiers pêcheurs à s’être spécialisés dans ce métier l’ont fait à la fin des années soixante. Après avoir d’abord utilisé en guise d’appâts des dépouilles d’anguilles, lestées et fourrées de laine et conservées dans de la saumure, ils ont rapidement adopté des leurres artificiels confectionnés avec des tronçons de tubes chirurgicaux en latex blond – d’une grande souplesse – habilement profilés. Puis sont apparus, au cours des années soixante-dix, les premiers leurres souples industriels, de type Citroën puis RedGil, Eddystone et Raglous, imitations fort suggestives de lançons et autres fretins.

     

    Quelques minutes à peine se sont écoulées, et déjà les nuées d’oiseaux sont sur nous. Matthieu se retourne avec un large sourire: « J’en ai un … ça va compléter! » Trente secondes à peine et, au terme d’une manœuvre aussi rapide que soudaine, nous voici à nouveau ballottés dans la varenn: la mer déferle de toute part, où que l’on regarde, ça vole, ça piaille et ça plonge en une folle bacchanale. Matthieu ramasse sa ligne à grandes brassées et pique le premier leurre sur le bord du baquet où est lové le filin. Accroché au deuxième leurre, un bar est embarqué sans ménagement. A suivre, trois autres leurres « sans loge », puis un nouveau bar, et un troisième qui, bien que de même taille, aura les honneurs de l’épuisette, Matthieu ayant probablement jugé la prise mal assurée. Enfin, en bout de ligne, un dernier poisson, nettement plus gros. Au total, quatre bars, dont le plus petit dépasse tout de même les 2 kilos! Avec une dextérité déconcertante, Matthieu a déjà rangé les prises dans une caisse, après les avoir saignées d’un rapide coup de couteau derrière les ouïes. Ici, chaque geste compte; une simple ligne embrouillée peut compromettre la partie.

     

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    Nous filons à vive allure reprendre position, en effectuant une large boucle pour ne pas repasser dans la chasse. Les oiseaux se sont un peu calmés. Je profite de ce bref répit pour apprécier le spectacle grandiose de cette mer exceptionnelle. L’ensemble force le respect et j’ai l’impression de revivre les mêmes sensations que lorsque, enfant, l’occasion m’a été donnee de découvrir l’intérieur d’un volcan: un sentiment teinté d’admiration et de crainte envers des éléments défiant les règles habituelles de l’ordonnancement des choses.

     

    Les pêcheurs manifestent un profond respect, voire de la déférence vis-à-vis de cette mer alternativement complice ou hostile, amie ou ennemie. Comme une courtisane, elle se joue de ses amants. Le langage courant reconnaît à la mer cette personnalité extravagante. Ainsi dira-t-on que la mer est belle quand il conviendrait de dire qu’elle est calme, qu’elle est mauvaise quand il conviendrait de dire qu’elle est agitée. Jean-Marc m’a raconté comment, un jour, il avait talonné sur une roche figurant sur les cartes à 3 mètres sous le niveau des plus basses mers. Une « performance » en théorie impossible et qui a pourtant bien failli lui coûter cher. La mer s’était vidée sous sa quille en quelques interminables fractions de seconde, avant qu’une déferlante énorme ne vienne balayer l’endroit de toute sa puissance. L’effet conjugué de la houle et des courants produit en ces lieux des phénomènes frôlant le surnaturel…

     

    Nous retournerons ainsi quatre fois au « charbon », pour des coups de ligne de deux à cinq bars, toujours de belle taille. A chaque fois, les oiseaux, véritables indicateurs de pêche, nous signalent la présence du poisson, permettant à Matthieu de se placer au mieux. L’espace d’un bref instant, j’aurai même la chance d’apercevoir, au travers de la vague, un bar poursuivant quelques sardines, les obligeant à courir au-dessus de l’eau en trois ou quatre bonds successifs. Puis, au bout d’une heure, sans que nous ayons eu, à aucun moment, le temps de souffler ni même d’échanger plus que quelques mots, les oiseaux libèrent progressivement le ciel, les rouleaux perdent de leur ardeur et le courant de sa violence. Nous ne sommes pourtant qu’à mi marée, mais le coup est fini, rendez-vous étant pris sans doute par les hôtes de ces lieux pour une nouvelle rencontre dans une douzaine d’heures, avec le retour du flot.

     

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    Passé cette période de frénésie alimentaire, le bar reste présent sur la zone, sans doute moins concentré mais toujours actif, et met en œuvre d’autres techniques de chasse, à l’affût ou « à courre ». Exploitant un secteur plus vaste, les ligneurs réaliseront encore quelques belles prises. Mais l’instant privilégié reste ce rendez vous entre les bars et les oiseaux. L’été, il n’est pas rare que les pratiques de cette pêche sortent plusieurs fois dans la même journée. D’où l’intérêt de pouvoir opérer au départ des petits ports nichés dans la falaise du Cap.

     

    Les perspectives de pêche sont bien plus intéressantes en période de fort coefficient. Probablement parce que les volumes d’eau en transit sont plus importants, et que les quantités de poissons qu’ils charrient sont en proportion. Sûrement aussi parce que la force du courant handicape les bancs dans leurs déplacements. Curieusement, les horaires de rendez-vous entre prédateurs et menu fretin varient en cours d’année. Alors que de mai à juillet les rassemblements s’opèrent en début de flot, de juillet à octobre ils ont lieu en début de jusant. Cela est probablement dû à la migration du poisson, chassé par les bars du Sud vers le Nord en début de saison, et du Nord au Sud dès le milieu de l’été. La technique de pêche sera d’ailleurs sensiblement différente à cette dernière période: les bateaux travaillent alors beaucoup plus dans le travers des remous, allant chercher le bar directement dans les chasses d’oiseaux.

     

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    Les ligneurs ne menacent pas la ressource

     

    Matthieu a décidé de rentrer au port. Il ramène une vingtaine de poissons, soit un peu plus de 60 kilos, et semble satisfait. A l’aval de la grande roche, nous partageons fraternellement le café et les casse-croûte. Le soleil est déjà haut, mais je n’ai pas vu le temps passer. Le vent est tombé et plus loin la mer est sans rides. Ici, de chaque côté de la roche, le courant forme encore une zone agitée, et le calme dont nous bénéficions est comme une récompense.

     

    Jamais longtemps inactif, Matthieu lave ses prises à l’aide de la manche à eau; elles sont rangées bien à plat dans six caisses empilées sur le côté de la passerelle. Puis il recouvre le poisson de paillettes de glace. Pris d’une inspiration soudaine, il me lance, énigmatique: « Tu sais que mon bateau sait danser? » Devant mon mutisme étonné, il insiste: « Mon bateau sait danser la valse! » Effectivement, à quelques encablures, à la limite du dévers de courant, moteur au point mort, le bateau se met à tourner sur lui-même, comme emporté dans un tourbillon géant. Deux révolutions complètes en une minute, Matthieu est fier de son coup et nous rions ensemble de cette espièglerie de la mer. Puis nous mettons le cap sur Audierne, en empruntant le chenal du Toul-Bihan (petit trou, en breton). Je jette, avec un goût d’au revoir, un dernier regard sur cet exceptionnel terrain d’aventure.

     

    Quarante-cinq minutes plus tard, nous nous engageons dans la passe du port d’Audierne. Les pêcheurs à la ligne qui opèrent depuis le môle du Raoulic relèvent prestement leurs gaules dont les fils plongent au milieu du chenal. De l’autre côté, des enfants crient et courent sur le sable. D’un coup, il fait chaud, trop chaud. Engoncé dans ces bottes et ce ciré trop larges, j’éprouve soudain le sentiment d’avoir vécu quelque chose d’exceptionnel. J’aurais dû moi aussi passer la journée à lézarder sur la plage ou à taquiner le tacaud. Au lieu de ça, à quelques milles seulement, j’ai assisté à ce spectacle unique …

     

    Le Fringant accoste la cale au droit de la criée. Un chariot s’avance, et le poisson est rapidement mené à l’abri de la halle à marée. Dans cet immense bâtiment isotherme, protégé des hautes températures par de lourdes portes coulissantes, des rangées de caisses s’alignent, en attente de la vente. Grondins rouges et pageots roses forment ici et là des taches de couleur au milieu du noir des congres et du brun clair des merlans et des lieus. Le gris argenté des bars n’occupe encore qu’une petite partie de l’espace. Les ligneurs rentreront tard aujourd’hui car la marée commande!

     

    Au centre, des marins s’affairent autour de quelques caisses. Matthieu calibre ses poissons un à un, et les trie en quatre tailles, du plus gros au plus petit. L’opération est d’importance, car les prix varient sensiblement suivant la catégorie. Puis, armé d’un pistolet pneumatique, il fixe à l’ouïe de chaque poisson une étiquette précisant l’origine géographique du produit « Pointe de Bretagne », et surtout la technique de pêche « bar de ligne ». « Ça, me dit-il, c’est la fronde de David contre Goliath! » Les ligneurs, en effet, ne sont pas seuls à traquer le bar, et leur persévérance à vouloir vivre d’une technique aussi artisanale peut sembler dérisoire et anachronique au regard des moyens déployés par d’autres navires. Chaluts pélagiques, filets maillants ou sennes coulissantes, tout est question de démesure et certains pêcheurs rivalisent d ingéniosité pour en faire toujours plus. Cela dit, ce n’est pas tant l’engin en lui-même qui est en question, mais l’usage que l’on en fait. Car l’utilisation du chalut, comme du filet, à condition d’être raisonnée peut rester heureusement compatible avec l’idée d’une exploitation durable de la ressource.

     

    En l’occurrence, cette concurrence est d’autant plus inquiétante qu’elle s’opère au moment où le bar se reproduit. En effet, l’espèce présente cette particularité de se rassembler par milliers d’individus pendant la période de frai, qui s’étale de décembre à avril. Cela la rend particulièrement vulnérable et l’on peut craindre, compte tenu des progrès technologiques toujours renouvelés, que la ressource n’ait à souffrir un jour de dommages irrémédiables. Aussi les ligneurs réclament- ils depuis longtemps la fermeture de la pêche au bar entre le 15 février et le 15 mars, période de plus forte vulnérabilité de l’espèce.

     

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    Le label « bar de ligne » est au final bien plus qu’une simple démarche de valorisation commerciale, un engagement militant en faveur d’une technique de pêche respectueuse de la ressource. Une manière de dire que l’on peut vivre de la mer sans la saccager. Les consommateurs l’ont bien compris, et déclarent de plus en plus vouloir intégrer dans leurs décisions d’achat une dimension environnementale et « écocitoyenne ».

     

    Autre souci des ligneurs d’Audierne, le marché du bar est régulièrement saturé de productions d’origine aquacole, le plus souvent de médiocre qualité. Et si la traçabilité est désormais obligatoire à l’étal des poissonniers, pourquoi en avoir dispensé les restaurants, alors que l’essentiel du bar d’élevage – comme la dorade et le turbot – y est consommé? Fort heureusement, un nombre grandissant de restaurateurs jouent le jeu en indiquant sur leurs cartes « bar de ligne » ou « dorade de ligne ». Gageons que nos amis ligneurs sauront par leur savoir-faire et leur opiniâtreté défendre leur si beau métier pendant des années encore.

     

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    Gilles Bernard

     

     

     

     

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    1. LE CORRE René jean-yves 'bourg d'argol 29560
      Publié dans 04/08/2018 le 15:14

      ces pêcheurs là devraient être les SEULS pros autorisés à pêcher le bar et méritent certainement d’être mieux payés au vu des risques encourus.

      Signé: un plaisancier qui pêchait un bar de temps en temps.

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