• L’An 709 est vraiment un mythe

     

     

     

    L’An 709 est vraiment un mythe

     

     

    Suite de l’article : En 709 nait la légende de la forêt de Scissy

     

     

    L’an 709 a déjà fait couler beaucoup d’encre, mais que ressort-il de tous ces écrits?… Un extraordinaire imbroglio où chacun essaie de faire prévaloir une théorie personnelle. Aussi nous n’essaierons pas d’établir une nouvelle théorie, mais plutôt un exposé à partir de faits historiques et géologiques.

     

    La légende veut que jusqu’à un passé récent (709 ap. J C) les îles Anglo-Normandes (Jersey, Guernesey, Serk, Aurigny, Chausey) et le Cotentin ne fassent qu’un. De nombreux ecclésiastiques historiens ont soutenu cette thèse et rapportent que les évêques de Coutances à l’époque Gallo-Romaine se rendaient à Jersey en chaise à porteurs; ces évêques devaient franchir un ruisseau sur une planche, ce ruisseau étant une sorte de frontière entre Jersey et le Cotentin.

     

    Des cartes ont été dressées représentant le Golfe Normand Breton à l’époque Gallo-Romaine. Entre autres celle de Deschamps Vadeville (établie au 15 ou 16e siècle) nous montre Jersey et Chausey rattachées au Cotentin. Jersey est tenue au Cotentin par une bande de terre s’étendant approximativement de Carteret à Blainville-sur-mer. Nous remarquons sur cette carte le ruisseau que devaient enjamber les évêques.

     

    709

     

    Quant à Chausey elle est maintenue au Cotentin par une étroite bande de terre entourant l’emplacement actuel de la ville de Granville. Il serait important de connaître à partir de quelles observations cette carte a été établie. Nous supposons que ses auteurs avaient remarqué l’alignement de hauts fonds, constitué suivant une ligne N-O – S-E par le plateau des Arconies, la Chaussée des Boeufs, et la basse Jourdan, et l’alignement Dirouilles Ecrehou au Nord. D’où conclusion facile, ces hauts fonds et ces îles sont les reliefs résiduels d’une plaine ayant relié Jersey au Cotentin, et submergée depuis le « cataclysme de 709 ».

     

    Cependant à l’époque Gallo-Romaine, l’Itinéraire d’Antonin cite Jersey, Guernesey, Aurigny, les Minquiers et Chausey comme des îles, et nous fournit même leur nom à cette même époque : à savoir. Casarea pour Jersey; Larnia pour Guernesey ; Riduna pour Aurigny; Barsa pour l’île maîtresse des Minquiers; Lisia pour la maîtresse île de Chausey.

     

    D’autre part Grégoire de Tours rapporte qu’un évêque de Rouen fut exilé au VIème siècle sur la côte occidentale du Cotentin! Il fut tracé des cartes montrant Jersey séparée du Cotentin. En 1792, fut publiée la « Tabula Topographyea du Pagi Abrincatuorum et Venollorurn » (Carte Topographique du Pays des Abrincates et dés Unelles, tribus celtes vivant dans le Cotentin au temps de la conquête de la Gaule par Jules César) qui nous montre Jersey comme étant une île …

     

    On comprend la querelle des historiens au sujet de cet événement, car si l’on reste au niveau des faits rapportés par l’histoire, les deux hypothèses semblent plausibles. Aussi pour avoir des preuves irréfutables il faut orienter nos recherches vers une autre science que l’histoire. C’est la géologie qui nous fournit ces preuves. Il n’est pas possible de rapporter ici toutes les observations et conclusions du professeur Elhaï, ce serait sortir du cadre de cet exposé que nous voulons clair et relativement succinct. Pour tous renseignements complémentaires se rapporter à Henri Elhaï (« La Normandie Occidentale »; Bière-Bordeaux). Après de longues recherches et études sur le terrain, Henri Elhaï a conclu dans « La Normandie Occidentale» que le profil actuel de nos côtes s’est établi entre 15 000 et 6000 ans av. JC.

     

    C’est-à-dire entre le début de la fonte de l’inlandsis du Würm (15 000 av. JC. et la fin de sa fonte (6000 av. JC). Cette élévation du niveau de la mer s’appelle la transgression flandrienne, et est la dernière transgression importante de la mer sur les terres alors émergées.

     

    Cette conclusion de Henri Elhaï, nous semble prévaloir sur tous les faits historiques, prétendant que le Cotentin et Jersey ne faisaient qu’un jusqu’en 709. Car cette étude s’appuie sur des faits et des observations scientifiques rigoureusement analysés par le le professeur Elhaï.

     

    Nous pensons que le raz de marée de 709, fut plutôt, une marée de vive eau, qui combinée avec un vent d’ouest ou sud-ouest très violent, a provoqué de nombreux dégâts sur le rivage, telle cette marée d’une de ces dernières années qui brisa une digue et endommagea de nombreuses maisons à Barneville plage. Il est à noter, également qu’au VIème siècle, il n’y avait pas encore de digues, comme aujourd’hui, ce qui fait que la mer, poussée par un vent violent pouvait lors de marées de vive eau remonter loin dans les terres.

     

    François JEAN

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.