• Le Sept frères, vaquelotte du Cotentin

     

     

     

    Le Sept frères, vaquelotte du Cotentin

     

     

    A Barfleur, le fossé Rabot (actuellement rue du Port) était habité uniquement par des familles de pêcheurs. C’est dans une de ces maisons en granit blotties les unes contre les autres qu’habitaient les Crestey.

     

    En 1932, Eugène Crestey est déjà propriétaire du Cabri) un cotre de 4,23 tx construit à Saint-Vaast en 1911; mais ce bateau, acheté d’occasion, ne lui donne pas satisfaction: il décide d’en faire construire un nouveau. Tout naturellement, il opte pour le chantier de Charles Bellot qu’il connaît bien: il lui a déjà acheté plusieurs plates et il s’adresse à lui quand il a besoin de faire réparer son bateau.

     

    On y construit justement une jolie vaquelotte pour Louis Buhot. La décision est vite prise: « Je veux exactement le même canot que celui de Louis 1 » On discute un peu sur le prix et on se met enfin d’accord : ce sera 6 300 F pour la coque peinte, le gréement, la pompe et une paire d’avirons. Les ferrures seront commandées directement au forgeron de Barfleur. Charles Bellot note toutes ces précisions sur son cahier recouvert de toile brune, juste au-dessous de la commande de Louis Buhot. Ce cahier a été acheté en 1907 et toutes les commandes du chantier y sont inscrites soigneusement.

     

    Il n’y a pas de contrat, mais une confiance réciproque que l’on va sceller au café du port.
    Cette fois encore, il ne sera pas nécessaire de faire une nouvelle demi-coque pour obtenir les lignes du bateau: on utilisera les plans ou plutôt les « gabarits » réalisés il y a près d’un demi-siècle pour M. Besnard.

     

    Il est prévu que le bateau soit achevé pour le mois d’août; il sera baptisé « Sept Frères » puisque à l’époque Eugène Crestey a déjà sept fils. Cette référence familiale est prémonitoire, car ce beau canot ne quittera jamais le cercle des Crestey. Le bateau est armé à la pêche le 20 octobre 1932 avec Eugène père comme patron et Eugène fils, âgé de treize ans, comme mousse. Pendant quelque vingt ans, la quasi-totalité des sept puis des huit garçons navigueront avec leur père.

     

    De 1932 à 1947, le « Sept Frères » pêche uniquement à la voile. Les cordes, pour les raies, la roussette ou le congre, étaient mouillées près du phare de Gatteville, à une heure de voile du port. Le Sept Frères attendait sur place, pour le congre en particulier, à moins qu’on laisse la corde « à coucher » et que l’on vienne la relever le lendemain matin. Il y eut aussi, jusqu’en 1946, de fructueuses pêches aux harengs, en particulier pendant les années d’occupation, quand le poisson qui n’était plus pêché en amont venait frayer tout près du port de Barfleur. Le Sept Frères utilisait des filets fixes mouillés sur des ancres qu’il laissait « à coucher » ou des filets dérivants gréés de bossoins (petits tonneaux faisant flotteurs) mis à l’eau avec le jusant vers le Moulard, et relevés vers Gatteville. Le bateau était relié au filet par une amarre de cinq ou six mètres et les meilleures pêches se faisaient au crépuscule et par les nuits de pleine lune.

     

    Quant aux casiers, le Sept Frères en embarquait vingt par matelot, mouillés deux par deux et boëttés de vra (vieille), de plie ou de maquereau. Jusque dans les années quarante, les prises étaient excellentes :

     

    « Parfois cinquante kilos par jour et il n’était pas rare d’avoir cinq homards dans un casier ! » On utilisait aussi des nasses à crevettes mouillées par paires et marquées d’un chien (un flotteur en liège).

     

    Pour les pêches à la traîne du maquereau ou du colin, le Sept Frères gréait deux perques (tangons) de cinq à six mètres en travers du bateau avec deux lignes sur chaque perque et des rhale à bord.

     

    En 1947, le bateau est motorisé avec un Bernard de 8 ch qui durera trente-deux ans sans presque jamais connaître de défaillance. Du coup, la voile, qui restera pourtant toujours à bord, n’aura plus guère l’occasion d’être envoyée. Avec la raréfaction du poisson, le Sept Frères pratique principalement les casiers et les nasses.

     

    En 1955, Lucien Crestey achète le bateau à son père. Il pratique le métier avec ses deux frères André et Paul. Les trois hommes, qui sont restés célibataires, partagent la maison familiale. A la mort de Lucien en 1985, le canot est racheté par Paul Crestey qui l’utilise avec André jusqu’à sa retraite, en mars 1990. Ils mettent alors le bateau en plaisance quelque temps puis décident de s’en séparer. La vaquelotte est alors reprise par Michel Crestey, afin d’être remise à la voile.

     

    Crédit : François Pochon avec la collaboration de Georges Annoot, Alain Perrine et Raymond Legoupil.

     

     

     

     

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