• L’Albatros, vaquelotte du Cotentin

     

     

     

    L’Albatros, vaquelotte du Cotentin

     

     

    L’Albatros fut construit par les chantiers Bellot, la même année et sur les mêmes gabarits que le Sept Frères. Mais cette vaquelotte, qui avait été commandée par Georges Le Cerf pour être armée en plaisance, fut gréée dès l’origine en cotre aurique, comme c’était parfois le cas pour cet usage.

     

    Pour ce descendant de la dynastie des Le Cerf de Cherbourg, grands constructeurs de bricks, de goélettes et même de trois-mâts, l’armement de l’Albatros était une affaire sérieuse. Et aujourd’hui, Georges Anneot, son petit-fils, a voulu lui rendre hommage en faisant de ce bateau le symbole d’une certaine unité familiale, et le ferment de la mémoire collective de ses frères, cousins et amis.

     

    « Son premier port d’attache fut le petit port du Becquet, près de Cherbourg, où la famille passait ses vacances. A cette époque, les promenades en mer ou même les pique-niques organisés à l’abri d’une anse ou d’une baie amenaient le bateau à sillonner les eaux entre Saint-Vaast-la-Hougue et Omonville-la-Rogue dans la Hague. Il y avait aussi les nombreuses parties de pêche au maquereau en baie du Becquet, ou encore la relève d’un casier à crabes mouillé la veille. Toutes ces activités amenaient souvent grand-père à agir avec tact, car bon nombre de cousins ou cousines étaient fort désireux de monter à bord.

     

    Albatros

     

    « L’Albatros navigua ainsi pendant trente quatre ans pour le plaisir de tous, pendant l’heureuse période des vacances. C’est seulement après toutes ces années que grand-père, qui avait de plus en plus de mal à le manœuvrer, entreprit une sérieuse modification du bateau. En 1966, l’Albatros rentra au chantier Bellot (cette fois-ci à Cherbourg) pour recevoir un aménagement avec deux couchettes sous un petit rouf et un gréement marconi. Avec ce gréement plus léger, notre grand-père a pu continuer à naviguer, n’hésitant pas à franchir souvent le raz Blanchard pour aller chercher son whisky aux îles anglo-normandes … Il navigua jusqu’à l’âge de quatre-vingts ans, souvent en solitaire, et mourut un an plus tard, en 1984.

     

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    « L’Albatros est resté ainsi une année sans reprendre la mer, entreposé sur le quai du port de plaisance de Cherbourg. Puis nous avons pris la décision de le ramener au Becquet où nous habitions désormais, afin d’entreprendre quelques travaux d’entretien. Il a fallu gratter la coque qui ne comptait pas moins d’une vingtaine de couches de peinture. Aidés des cousins et des amis, nous avons fait ce travail durant l’été et l’Albatros navigua de nouveau.

     

    « Malheureusement, à la fin de l’été, une violente tempête l’a endommagé sérieusement au mouillage. Les travaux nécessaires à sa réparation seront pourtant l’occasion de réaliser un projet que nous avions depuis longtemps : refaire le bateau tel qu’il était le jour de son lancement !

     

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    « Nous avons attendu deux ans avant de commencer, l’étendue des dégâts nous faisant, sans doute, un peu peur. Et puis le garage de la maison du Becquet s’est peu à peu transformé en atelier. Frère, cousins et amis venaient nous prêter main forte dès qu’ils en avaient le temps, et chacun trouvait toujours une tâche selon ses compétences.

     

    « Pour la restauration, nous avons bénéficié d’un plan datant des années cinquante, retrouvé dans les papiers de notre grand-père, ainsi que d’un dessin rapidement esquissé où figurent quelques dimensions. Nous avions aussi quelques photos et surtout d’irremplaçables bobines de films en 16 mm, tournées au fil des ans par la sœur de notre grand-père. Avec une caméra Kodak à ressorts, elle filmait toutes sortes de curiosités à l’intention de sa sœur paralysée qui avait du mal à se déplacer hors de la maison. C’est ainsi que parmi toutes les bobines encore en assez bon état figurent le lancement de l’Albatros au chantier Bellot, une partie de pêche, des sorties en promenade, des rencontres avec d’autres vaquelottes et même avec un trois-mâts terre-neuvas.

     

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    « Nous avions aussi le mât d’origine qui, après les transformations de 1966, servit à hisser les couleurs devant la maison, les jours de fête. Le bout-dehors a été retrouvé chez des cousins auxquels notre grand-père en avait fait cadeau, ainsi que quatre poulies qui servaient d’éléments décoratifs dans la maison. »

     

    Crédit : François Pochon avec la collaboration de Georges Annoot, Alain Perrine et Raymond Legoupil.

     

     

     

     

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