• Construction d’une vaquelotte

     

     

     

    Construction d’une vaquelotte

     

     

    Le chantier Bellot de Barfleur

     

     

    Vaquelotes-Bellot (1)

     

    Le chantier Bellot s’est établi au bout de la « cache » du puits après la guerre de 1870. On installe alors un atelier faisant approximativement 12m Sur6 m, bordé en bois et recouvert de papier goudronné. Cet abri sert à ranger les outils, à faire la petite mâture, les avirons, les poulies, les pompes et les petits canots ou les plates. Il sera plus tard remplacé par un atelier plus vaste. A proximité a été construite, à la fin du XIXe siècle, la maison familiale des charpentiers, dont le grenier sert de salle de traçage. De l’autre côté de la rue, il y a un champ où l’on peut étaler les bois pour les choisir et les tracer. Un peu plus loin, derrière le colombier, il se trouve une mare dans laquelle sont conservés les bois de mâture. Avant le développement des scieries (Lepoittevin à Quettehou ou Poulain à Tocqueville), on engage des scieurs de long qui sont payés pour débiter les billes.

     

    Alors que les plates et les petits canots sont faits dans l’atelier, les vaquelottes et les bateaux plus gros sont construits à l’extérieur. Lorsque le bateau est important, la voûte et l’étrave dépassent au-dessus de la digue ou sur la rue. Les bateaux sont lancés au travers d’une brèche dans la digue et glissent sur un plan incliné en bois. Jusqu’en 1944, tout est fait à la main. Il faut ainsi quinze jours pour débiter la membrure d’un bautier. Ensuite apparaît une scie à ruban, puis une dégauchisseuse et une perceuse électrique. Entre les deux guerres, le chantier est dirigé par Charles Bellot qui se charge des comptes, borde, calfate. Louis s’occupe particulièrement de la mâture, des poulies…Jean Bellot a également travaillé quelques temps au chantier, avant de partir pour l’Arsenal, de même que André Bellot, à partir de 1934. Quant au personnel, il est toujours resté peu important. On comptait seulement un ou deux ouvriers permanents: Le Galcher avant guerre, puis Eugène Hertevent et Auguste Bouin. Parfois, on embauche un ouvrier pour quelques semaines. Parfois encore on demande un coup de main aux pêcheurs. En été, la journée commence à 6h. On prend un casse-croûte entre 8h et 8h30 et on déjeune de midi à 13h15. La collation est prise entre 16h30 et 17h et la journée s’achève à 19h. L’hiver, l’embauche se fait un peu plus tard (vers 7 h). Avant l’usage de l’électricité, l’éclairage se faisait avec des lampes au carbure. André Bellot se souvient des coups de vent d’amont quand les vagues s’écrasaient sur la digue et que les embruns s’abattaient sur le chantier. Quand il faisait mauvais, on s’abritait derrière des bâches. La construction navale connaissant des aléas importants, il pouvait arriver que le travail soit rare comme vers 1939. Charles et Louis Bellot en profitaient pour faire leur jardin. Peu après, les commandes reviendront grâce à l’abondance du hareng. Le chantier ferme définitivement dans les années cinquante. Le local est loué aux Ponts et chaussées et il est alors ravagé par un incendie. La plupart des souvenirs de cette petite entreprise familiale s’envolent alors en fumée. Aujourd’hui la tradition familiale se perpétue avec les importants chantiers de Jean Bellot à Cherbourg et de Laurent Bellot à Port-en-Bessin.

     

    Construction et aménagements d’une vaquelotte

     

     

    Le nombre important de vaquelottes existant encore aujourd’hui a permis d’observer leur construction avec une grande précision et de relever les quelques singularités qui définissent le type.

     

     

    Les hauts

     

    Toutes les vaquelottes ont une ceinte (la cheinte) qui est un véritable petit bordé en chêne, un peu plus épais que les autres; elle fait souvent 5 cm de hauteur et 5 cm d’épaisseur. Si elle est habituellement arrondie, certains chantiers (en particulier à Saint-Vaast) poussent deux petites mouchettes sur la ceinte qui est alors un peu plus haute (jusqu’à 8 cm). Le bordé immédiatement au-dessus a une hauteur constante (habituellement 11 cm) et, à 4 cm au-dessus de la ceinte, il y a une gorge de 2 cm : le liston.

     

     

    Le bordé supérieur

     

    En chêne ou en orme, il est souvent un peu plus épais (2,5 à 3 cm). Il a une hauteur constante de l’ordre de 15 cm et peut être décoré à sa partie inférieure d’une petite mouchette : la « baguette ».

     

     

    Le plat-bord

     

    En chêne, d’épaisseur voisine de 4 cm, il est encastré sur les têtes des membrures et cloué à l’intérieur du bordé. Sa largeur varie suivant les cas de 6 à 8 cm (parfois un peu plus sous la coiffe). Il était parfois ployé: dans ce cas, il était étuvé et maintenu provisoirement à l’extérieur du bordé, par des serre-joints, pour prendre sa forme définitive. On creusait ensuite les mortaises (de 1 cm de profondeur) pour les têtes des membrures.

     

     

    Vaquelotes-Bellot (2)

     

     

    Les violons

     

    En chêne, ils ont une épaisseur de 4 cm et une largeur voisine de 12 cm (parfois 9 cm sur les plus petits canots et jusqu’à 14 cm sur les grosses vaquelottes). Ils s’élargissent de 3 à 5 cm au niveau des bancs. Ils vont souvent de la seconde membrure à l’avant (parfois même la première) jusqu’à l’avant-dernière à l’arrière. La longueur des violons dépendait un peu des plateaux disponibles. Ils sont fixés par des carvelles à une hauteur constante au dessous des plats-bords.

     

    Cette distance est de l’ordre de 15 cm mais peut atteindre 22 cm si le bateau est muni de houordes (sabords pour les avirons), ou même plus sur les grosses vaquelottes. Les violons sont habituellement faits en deux parties. Ils sont délicats à ajuster, en particulier à cause de la tonture qu’il faut leur donner pour qu’ils soient « parallèles » au plat-bord, mais ils assurent une rigidité exceptionnelle à la coque.

     

     

    Les serres

     

    Elles vont de la première à la dernière membrure. Elles ont une épaisseur de l’ordre de 2,5 cm et une hauteur constante voisine de 11 cm. Elles peuvent être ornées d’une ou deux mouchettes. Elles sont à environ 4 cm au-dessous des violons.

     

     

    Les bancs

     

    Avant la motorisation, les vaquelottes avaient habituellement trois bancs en plus du banc de queuet et du banc du quart. Ultérieurement, le banc central et même parfois le banc de pompe ont été sciés afin de dégager de la place pour le moteur. Les deux bancs avant ont des sections pouvant aller de 4 cm par 22 cm à 6 cm par 18 cm. Ils ont une entaille au niveau d’une membrure, reposent sur la serre (également entaillée si le banc est très épais) et sont fixés aux violons par deux boulons à tête ronde.

     

     

    Le banc de pompe

     

    Appelé noué, il est débité dans un madrier. On y creuse une entaille pour l’évacuation de l’eau et parfois un épaulement pour le dessus du banc (généralement en orme). La pose de ce banc est délicate car il doit affleurer à l’extérieur du bordé. Pour l’installer, il faut le faire sortir d’environ 5 cm sur un bord et le faire glisser dans l’ouverture du bord opposé. Cela n’est possible qu’en agrandissant l’entaille pratiquée au niveau de la membrure. Il faut ensuite ajouter une cale de bois pour que le banc soit bien coincé entre les membrures.

     

     

    Le banc de quart

     

    Sa confection est plus variable. Celui-ci repose sur un barrot maintenu dans les serres et sur des tasseaux fixés au tableau. Il est constitué de planches de 25 à 30 mm d’épaisseur. Sa longueur peut atteindre 60 cm. Ce banc porte l’emplanture du mât de tapecul qui peut être découpée dans une des planches alors plus épaisse (voir Reine desflots) ou dans une pièce supplémentaire rapportée. Au-dessous de ce banc il y a parfois un petit placard.

     

     

    La coiffe

     

    La coiffe ou coueffe est sans doute l’élément le plus caractéristique des vaquelottes. Il s’agit d’un assemblage de deux (parfois trois) fortes pièces en chêne ou en orme, boulonné aux plats bords (de 6 à 8 boulons à tête ronde de chaque bord). Son épaisseur va de 5 cm, pour les petits canots, jusqu’à 8 cm pour les grosses vaquelottes, et sa longueur est comprise entre 55 cm et 75 cm (de l’ordre de 60 cm pour une vaquelotte de 6 m). La coiffe est entaillée de 3 ou 4 cm au niveau des plats bords et arrondie au-dessus. Elle porte toujours le croc d’amure de misaine, le collier du mât dont les brides servent en même temps à solidariser les deux parties de la coiffe, le collier du bout-dehors et parfois un ou deux cabillots. Très souvent, la frette recouvre le haut de l’étrave et vient se prolonger jusque sur la coiffe : on obtient ainsi un assemblage très solide.

     

     

    La galoche

     

    L’étrave porte toujours une galoche munie d’un réa dont l’axe porte le collier avant du bout-dehors. La galoche peut se trouver sur bâbord ou sur tribord et le bout-dehors sur le bord opposé.

     

     

    Vaquelotes-Bellot (3)

     

     

    Le queuet

     

    Le système d’emplanture de mât est pratiquement toujours le même. Le sabot est une pièce de 8 à 10 cm d’épaisseur et de 20 à 30 cm de largeur. Il repose, à l’avant, sur le marsouin et il est cloué sur de forts barrots encastrés dans les membrures avant. Il se prolonge parfois jusqu’à la quatrième membrure, mais son épaisseur est diminuée à l’arrière pour ne pas dépasser le plancher. L’emplanture est un trou de 8 par 8 cm (jusqu’à 10 par 10 cm pour une grosse vaquelotte) entouré d’une « râblure » en biseau sur les côtés et sur l’avant. Un gros tasseau en bois est également cloué à l’avant. Les « râblures » servent à maintenir les planches qui constituent le queuet.

     

    Celles-ci ont une épaisseur de 2,5 à 3 cm et une hauteur de l’ordre de 50 cm; elles sont maintenues à leur partie supérieure par le banc de queuet généralement encastré dans la seconde membrure. Le queuet est plus large en haut (de 12 à15 cm) qu’en bas (de 8 à 10 cm). Les côtés peuvent être cloués sur le fond ou le fond cloué sur les côtés (mais il est alors difficile d’enfoncer les clous). L’épaisseur du banc de queuet va de 2,5 cm à 4 cm et sa largeur peut atteindre 25 cm.

     

     

    La planche de couronnement

     

    Faisant pendant à la coiffe, l’arrière porte la planche de couronnement qui est encastrée entre la pièce d’étambot, le tableau et les bordés supérieurs. Elle est habituellement en chêne de 4 cm d’épaisseur et sa largeur est comprise entre 30 et 40 cm. Elle est renforcée par deux fortes courbes. Outre la barre d’écoute appelée livrelof ou libreof ou livalof etc… elle porte le croc d’amure de tapecul, le collier du bout-dehors de tapecul et l’étambrai du mât de tapecul.

     

    Suivant les cas (et en particulier suivant le bord de travail du pêcheur) le tapecul peut se trouver à bâbord ou à tribord. Le trou servant d’étambrai pour cet espar a un diamètre voisin de 8 cm et son centre se trouve à 35 ou 40 cm de l’axe du bateau, à 20 ou 25 cm du tableau. En général, le bout-dehors passe au-dessous de la planche. Lorsqu’il passe au dessus, il est maintenu par deux colliers, l’un sur la planche et l’autre sur le tableau.

     

     

    Le pontage

     

    Après la motorisation, beaucoup de vaquelottes, même assez petites, ont reçu un pontage : la tire. La réalisation de ce pontage est assez variable et ne modifie pas la structure du bateau. Il faut cependant prévoir une ouverture allongée, la mataude, pour faciliter le mâtage. Sur l’Amphitrite, deux pièces de bois sont fixées entre le queuet et le banc avant. Les planches de pont sont ainsi clouées sur des barrots pris entre les serres et les violons. La mataude est refermée par un petit capot allongé. L’accès à la tire peut se faire par une descente fermée par des planches coulissant dans une gorge ou par un panneau posé sur le pont. Sur les grosses vaquelottes comme la Sainte-Marie, il pouvait y avoir un petit rouf amovible surmonté d’un panneau coulissant. La partie arrière du pontage est habituellement fermée par une hiloire guidant l’écoulement de l’eau vers deux dalots.

     

    La tire servait principalement d’abri pour le moteur et, à part sur les grosses vaquelottes, il ne restait guère de place utilisable pour s’abriter. Très peu de vaquelottes ont été équipées de couchettes.

     

     

     

    D’autres articles sur nos vaquelottes suivront

     

     

     

     

     

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