• Quelques fables de La Fontaine en patois

     

     

     

    Quelques fables de La Fontaine en patois

     

     

     

    Voici quelques versions de fables pas tristounettes.

     

     

    En commençant par la fable originale « Le corbeau et le Renard »

     

     

     

    Maître Corbeau, sur un arbre perché,
    Tenait en son bec un fromage.
    Maître Renard, par l’odeur alléché,
    Lui tint à peu près ce langage :
    Et bonjour, Monsieur du Corbeau.
    Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !
    Sans mentir, si votre ramage
    Se rapporte à votre plumage,
    Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois.
    A ces mots, le Corbeau ne se sent pas de joie ;
    Et pour montrer sa belle voix,
    Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
    Le Renard s’en saisit, et dit : Mon bon Monsieur,
    Apprenez que tout flatteur
    Vit aux dépens de celui qui l’écoute.
    Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute.
    Le Corbeau honteux et confus
    Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.

     

     

     

     

    En verlan

    LE BAUCOR ET LE NAREU

    Daron Baucor sur un brehar chépert
    Tenait dans son quebé un magefro.
    Daron Nareu par l’odeur kifé
    Lui péoch à près peu ce gagelan
    «Ah ziva gosse beau, que t’es styli
    Sans mitoner, si ta tchache
    Se rapporte à ton styli
    T’es le plus gosse beau des squatters d’la téci».
    A ce barratin Corbac ne se sent plus sep
    Et pour se la péter
    S’open un big kébé et laisse béton son géman.

    Le Nareu le pécho et lanceba «Mon bon Daron,
    Fous-toi dans la teuté que tout mac
    Vit aux basks du narco qui l’esgourde.
    Cette galère vaut bien un magefro sans quedé.
    Le Baucor téhon et faut-cul
    Jura sur sa reum qu’on le péta plus.

     

     

     

     

    En patois du Nord

    LE CORBAC ET LE GOUPIL

    Un pignouf de corbac sur un abri planqué
    S’envoyait par la fiole un coulant barraqué.
    Un goupil n’ayant eu qu’un cent d’clous pour bectance,
    S’en vint lui dégoiser un tantinet jactance :
    Salut, dab croasseur ! Lui bonnit-il d’autor.
    En disant qu’ t’es l’ plus beau, j’ai pas peur d’avoir tort !
    Si tu pousses la gueulante aussi bien qu’t’es nippé,
    T’es l’ mecton à la r’dresse des mectons du boicqué !  »
    A ces ragots guincheurs qui n’étaient pas mariolles,
    Le corbac lui balance le roulant par la fiolle.
     » Enlevé, c’est pesé, j’tai baisé, dit l’goupil.
    Fais bien gaffe aux p’tits gonzes qui t’la font à l’estoc,
    Et t’gazouillent par la couâne des bobards à l’esbroff. « 

     

     

     

     

    Le Corbeau et le Renard (argot)

    Un pignouf de corbac sur un touffu planqué
    S’enfilait par la gueule un coulant baraqué
    Un p’tit mec de renard, alléché par l’odeur du from’ton
    Qui s’mectait a cent lieues à la ronde
    Lui tint a peu près cette jactance:
    « Eh, du Corbac, si tu jactes aussi bien qu’t’es nippé,
    T’es l’mecton a la r’tourne de tous les pt’its mecs du quartier! »
    Le corbac qu’ était pas mariolle
    Lui fila l’from’ton a travers la fiolle.
    Moralité: méfiez-vous des p’tits mecs qui vous en foutent plein l’mourron!

     

     

     

     

    En patois Normand

    Le renard et la cônèle
    Eune cônèle juquie sus eun âbre
    Avait eun fromage dauns sen bé.
    Eun renard rattiraé pa l’odeu
    Lyi dit à peu praès coume cha :
     » Eh, boujou tei la cônèle !
    Eh byin, ma fei de Du, t’es gentile !
    Sauns menti, si tu chauntes oûssi byin coume t’es gentile,
    Ch’est tei la Reine du boués d’ichin !  »
    Dé de chu coup, la cônèle touote fyire
    Ouvrit graund sen bé… et l’ssi le fromage tumbaer.
    Lé renard lé *happit du coup et lyi dit coume cha :
     » Ma bouone fème, les syins qui fount des croupettes
    Vivent à même les syins qui l’s écoutent !
    Et je creis que cha vâot byin eun froumage pou la ponne !  »
    La cônèle, *hounteuse et touote gênaée
    Promint, – il ‘tait byin temps ! -,
    Qu’o s’y laisserait pus pêqui !

     

     

     

     

    « le lièvre et le tortue », »le loup et l’agneau », « le laboureur et ses enfants », « la cigale et la fourmi » et « le renard et la cigogne », quelque peu revisité, entre autres par le collège des Pieux et Mr Pézeril.

     

     

     

    Le lièvre et la tortue

    Le gibelot et la tortoche

    Ça sert à rien d’se grouiller… Faut prendre un bon départ
    Comme disait la tortoche au gibelot, l’air peinard.
    « -Tiens ! J’te joue une tune que j’te gratte au poteau,
    Malgré mes p’tits panards et toi tes grands pinceaux.
    -T’es cinglée, qu’y lui fait, t’as une poussière dans l’œil…
    Les 2 doigts dans l’tarin, j’gagnerais dans un fauteuil.
    Tu s’rais même pas parti que j’s’rais déjà au bistro…
    -Que dalle ! fait la tortoche. Tiens, j’te joue l’apéro. »
    Et les paris s’engagent.
    60 contre 1, voilà l’gage.
    Le kangourou, qui s’marrait, dit : « c’est moi que j’fais l’starter ! ».
    Y file sa pogne dans sa fouille, en sort son revolver
    Et Pan ! les v’là partis.
    Ou plutôt la tortoche, parce que l’gibelot, y’s’dit :
    « -J’suis pas encore loquedu, y’a l’bourguignon qui tape, j’partirai à la fraîche
    En mettant l’grand braquet… J’m’en vais griller une sèche. »
    Y s’installe, fait son pieu, glisse sur la moleskine,
    Pique un p’tit roupillon… et la tortoche , elle s’débine
    Sans s’frapper, vers le but. Quand l’gibelot y s’réveille,
    Y cavale sur la piste mais Adieu son oseille !
    Pendant qu’y ronflinguait, la tortoche, sans forcer,
    arrive près du poteau, et l’bat d’une encolure.
    « -Alors, p’tite tête d’anchois, qu’elle lui fait, tu gamberges ?
    J’t’ai drôlement possédé malgré mes cinquante berges.
    Et encore, t’es verni, t’as couru en maillot…
    Rends-toi compte que Mézigue, j’ai ma piaule sur mon dos !»

    *****************************************

    D’après Le loup et l’agneau, de Jean de la Fontaine
    Fable mise en normand par les élèves du collège des Pieux et Rémi Pézeril.

    La sissiadoune du pus hâot plléchi est tréjous la milleure ;
    J’allouns vous faire veî cha achteure.
    Eun Angné bevait à sen leisi
    Avâo eun russé byin cllai.
    Eun Loup raundouillaunt la falle basse arrivit,
    Et que la fam lenreit rattirait.
    – Qui qui te rend si *hardi de patrouilli ma beuchoun ?
    Que dit étcheurfaunt coume eun fo ch’té bêtoun ;
    Tu s’ras punin, hardi prenaunt !
    – Men Signeu, répound l’Angné,
    que voute Counséquenche S’affole paé ainchin ;
    Mais putôt qu’o guette ichin que je touorne,
    Beuvaunt dauns le fil dé l’iâo liement,
    Pus de vingt pas en avâo de Lyi,
    Et ch’est rapport à qui, qu’en âoqueune féchoun,
    Je peus en troublli sa beuchoun.
    – Tu la brouoles, qué ch’té nâtre bête ardit,
    Et pis je sais byin que sus mei tu déprêchis l’annaée passaée.
    – Coume qui qu’j’érais pu le faire, brin nâqui j’étais ?
    Arprins l’Angné, je tète aco ma mère.
    – Mais que cha seit tei, alors ch’est ten frère,
    – J’en i pouent.
    – Ch’est reide seûr quiqu’eun dé tcheu tei :
    Rapport qué vos en avaez tréjous counte mei,
    Vous âotes, vous bergis et vous quyins.
    No m’en a prêchi : i fâot que j’en ie le démenti.
    Dé qui que lé Loup le coule dauns sa *hotte,
    Et, oû fin found des boués, itou l’enguergotte,
    Sauns âoqueune âote mannyire de chicâtu.

    *****************************************

    Le laboureur et ses enfants

    Le bouseux et ses chiards.

    Un glaiseux plein aux as et sur le point de cadencher
    fit radiner ses lardons et leur jacta en loucedé :
    « Eh les mecs, faudrait pas vous gourer en fourguant
    l’héritage que les vioques nous ont balancé,
    les thunards et les faffiots y sont planqués. »
    Le daron clamsé, les gnards radinent au turbin
    et de rif et de tort et dans tous les coinstots
    ils en foutent un bon coup comme des mecs à la redresse.
    Nib de pèze, nib d’affure et pas même un pellot.
    Mais le vioque fut mariole de jacter à ses loupiots
    que c’est avec du boulot qu’on fait du bath business.

    *****************************************

    La cigale et la fourmi

    La cigale et la fourmi

    La cigale qu’avait chanté tout l’été
    Se trouva raide comme un piquet
    Quand revint le temps friskey.
    Vu qu’elle flambait aux courtines, ça s’devine.
    Elle cavale trouvez sa pote la fourmi et lui dit :
    Faudrait que tu me prêtes 25 louis,
    Que j’te rendrai, ça j’te le jure,
    Vu que j’ai une afflure à Longchamp.
    C’est du gâteau cent pour cent.
    Ca fait du 60 contre 1,
    J’ai un tuyau cousu main.
    La fourmi chanstique du coup
    Vu qu’elle est archingue comme tout.
    Elle lui bonni :
    Qu’es-ce que tu faisais tout l’été.
    Et ben j’gouaillais la chansonnette.
    Ah tu gouaillais et ben ptite tête
    Va gouailler tous les soirs à l’armée du salut
    A la revoillure et l’ocqueduc.

    *****************************************

    Le renard et la cigogne

    Le Renard et la Cigogne

    V’la que Renard le chicandier
    Rencontre un jour sa pote la môme cigogne.
    Il s’dit j’vais drôlement me marrer,
    J’vais l’inviter à tortorer.
    Il lui bonni :
    alors mignonne c’est ti qu’tu m’reconnais plus,
    Ca fait un bail qu’on c’est pas vu.
    Vient casser la graine à la taule,
    Y’a le bourbon seulabre à la piaule.
    Ok qu’elle lui fait l’autre tordue,
    Croyant s’en filer plein les chocottes,
    Un ptit geulton c’est toujours chouette,
    Et aussi sec elle lui file le train.
    Mais le Renard biglait en coin
    Son pif à piquer les pâquerettes,
    Et aussi sec il lui sert une assiette
    Ou qu’sait qu’y avait d’la flotte dedans.
    Lui s’la poire en trois coups de menteuse
    Se fourre le tout dans la dent creuse.
    Mais la Cigogne s’te pauvre souris,
    Elle allongeait son quart de brie
    Pour piquer la sauce qu’y avait dans l’assiette.
    Total, elle a rien pu briffer.
    Mais dans le fond de son ptit sinoquet,
    Elle gambergeait un truc vachar.
    Et d’autor quelques journailles après,
    Elle va chercher sesigue Renard.
    Dit donc duchnoc,
    Amène toi pour le frivoloc,
    J’ai du Saint- Honoré au lard.
    Ca sentait bat dans la cuistance.
    Le gnière s’amène pour s’les calées.
    Mais alors comment qu’il était possédé,
    Vu qu’elle lui servit la bidoche,
    Dans une carafe à grand colbaque.
    La cigogne, elle s’a la gênait pas,
    Avec son tarin grand format.
    Mais sésigue pour s’taper le tronc,
    Rien à faire, il était marron.

    Moralité :
    Quand on est marlou,
    Doubler les copains y’a pas bon.
    Car y’a toujours un frère mironton
    Qu’est un peu plus mariole que vous.

    J’espère que cet intermède fabuliste ne vous aura pas déplu !

     

    Lebosco

     

    Et une version finistérienne de la part d’un lecteur, un grand merci à lui

     

    C'te version du laboureur a atterri dans les esgourdes dans l'fin fond du Finistère en passant par mes darons
    
    Un vieux dabe plein aux as sur le point d'clapoter
    Fit venir ses lardons et leur jacta en loucedé
    Faites gaffe leur dit-il de bazarder l'magot
    Qu'nos quadrapuges nous ont fourgué
    Car des fafiots, des thunes, des brèles y sont planqués !
    Le vieux clapote. Les gnards au turbin se radinent
    Et mettent un vieux coup comme des nègres à la r'dresse
    Mais c'était vert de pèze : le vieux leur avait bourré la caisse.
    Mais ne fut-il pas mariolle de leur montrer avant d'clamser
    Que c'est l'turbin qui fait l'bizness
    
    J'résiste pas, j'envoie l'corback
    
    Un pignouf de corback sur un touffu planqué
    S'enfilait par la fiole un coulant baraqué
    Un renard tout glaiseux, qu'avait qu'des clous pour bectance
    Lui fit à peu près c'te jactance
    Eh salut, mon beau canari
    Si tu pousses ta gueulante aussi bien qu't'es fringué
    T'es l'mecton à la r'dresse et l'cosmard du quartier
    À ces mots le corbeck y se sent plus pisser
    Et en voulant faire le mariolle
    Lui laisse tomber l'fromton sur la fiole
    Moralité : faut pas s'laisser faire de l'esgomme
    Par des boniments à la gomme
    Thibault LE PAUL
    
    
    

     

    3 commentaires ont été rédigés, ajoutez le votre.

    1. Thibault LE PAUL
      Publié dans 14/01/2018 le 12:18

      C’te version du laboureur a atterri dans les esgourdes dans l’fin fond du Finistère en passant par mes darons

      Un vieux dabe plein aux as sur le point d’clapoter
      Fit venir ses lardons et leur jacta en loucedé
      Faites gaffe leur dit-il de bazarder l’magot
      Qu’nos quadrapuges nous ont fourgué
      Car des fafiots, des thunes, des brèles y sont planqués !
      Le vieux clapote. Les gnards au turbin se radinent
      Et mettent un vieux coup comme des nègres à la r’dresse
      Mais c’était vert de pèze : le vieux leur avait bourré la caisse.
      Mais ne fut-il pas mariolle de leur montrer avant d’clamser
      Que c’est l’turbin qui fait l’bizness

      J’résiste pas, j’envoie l’corback

      Un pignouf de corback sur un touffu planqué
      S’enfilait par la fiole un coulant baraqué
      Un renard tout glaiseux, qu’avait qu’des clous pour bectance
      Lui fit à peu près c’te jactance
      Eh salut, mon beau canari
      Si tu pousses ta gueulante aussi bien qu’t’es fringué
      T’es l’mecton à la r’dresse et l’cosmard du quartier
      À ces mots le corbeck y se sent plus pisser
      Et en voulant faire le mariolle
      Lui laisse tomber l’fromton sur la fiole
      Moralité : faut pas s’laisser faire de l’esgomme
      Par des boniments à la gomme

    2. MANDOJANA
      Publié dans 08/12/2016 le 18:50

      En voici une autre version plus proche de l’argot parisien :
      Un pignouf de Corbac dans un feuillu planqué,
      s’envoyait par la fraise un coulant baraqué.
      Goupil qui n’avait pas becqueté, radina en lousdé pour lui faire à l’estomac :
      « Eh là beau canari! t’es nippé vrai de vrai comme un mec de la Haute,
      Sans charrier! si tes chocottes sont kif kif avec ta bouillotte,
      t’es bien le plus giron des mectons du loinqué. »
      A ces vannes Corbac se sentit chanstiqué, débrida son bavec, largua son calendo!
      Goupil le becqueta sans casquer un rotin,
      jaspinant: » je t’ai eu avec mon mon baratin.
      Moralité : Chacun dans son loinqué s’il veut rester peinard, doit fermer son clapet devant le combinard

    3. Benoit Consigny
      Publié dans 02/11/2015 le 12:29

      Bonjour, et merci pour ces fables très réussies!

      J’en connais une du même type, et ne parviens pas à en trouver l’auteur, peut-être pourriez-vous m’aider ? (J’ai pu faire quelques fautes d’orthographe, car on me l’a transmise de bouche à oreille).

      Un pignouf de corbac sur un touffu planqué
      Se flanquait par le pif un coulant baraqué
      Un pignouf de goupil qu’etait marle
      Et qu’avait point d’pitance
      Se ram’na pres d’sa fraise
      Et lui tint cett’jactance
      Et dis donc, beau canari
      Si tu gueules aussi bien qu’t’es nippé
      T’es vraiment l’marabout
      Des becquetants du boqueteau !
      A ces mots le Renard y se sent plus pisser
      Il pousse une vache de gueulante…
      Et laisse fraler l’claquot.
      Moralité: méfie toi des mecs à la r’dresse
      Qui t’balancent des bobards a la gomme!

      Merci d’avance,

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