• La crépidule : quel fabuleux destin !

     

     

     

    La crépidule : quel fabuleux destin !

     

     

     

    La crépidule (Crepidula fornicata) est un mollusque gastéropode originaire de la façade atlantique de l’Amérique du Nord. C’est à l’occasion de transferts d’huîtres de Virginie vers l’Angleterre, à la fin du 19ème siècle, qu’elle arrive accidentellement sur les côtes européennes. Elle s’étend aujourd’hui de la Suède à la Méditerranée.

     

     

    Son introduction sur les côtes françaises s’est opérée en deux phases principales. La première, limitée à une partie des côtes normandes et à la rade de Brest, est une conséquence des événements de la Seconde Guerre Mondiale (transfert de l’Angleterre vers les côtes normandes lors du débarquement). La deuxième phase sera plus importante car, pour faire face à la mortalité de l’huître portugaise (Crassostrea angulata) au début des années 1970, une importation conséquente de l’huître japonaise (Crassostrea gigas) s’effectuera à partir du Japon et de la Colombie Britannique. Elle s’accompagnera de l’introduction involontaire de la crépidule qui sera essaimée dans la plupart des centres ostréicoles.

     

     

    La crépidule (1)

     

     

    Toutes les crépidules naissent de sexe mâle. Vers un an et demi, elles deviennent hermaphrodites. Elles se transforment alors progressivement : les caractères sexuels mâles régressent au profit des caractères sexuels femelles. Vers l’âge de deux ans et demi, les crépidules sont femelles. Elles le resteront jusqu’à la fin de leur vie.

     

     

    Les empilements
    Les crépidules vivent empilées les unes sur les autres, à raison de 4 à 6, voire une dizaine d’individus par chaîne. A la base de l’empilement, on trouve les femelles plus grosses et plus âgées. Les individus hermaphrodites se situent au milieu de la chaîne et les mâles, plus jeunes et petits, sont au sommet de la pile

     

     

    La crépidule occupe aujourd’hui une place importante dans les écosystèmes côtiers, notamment dans les secteurs abrités peu profonds. Les biomasses se chiffrent localement en milliers de tonnes. Le golfe normand-breton est sans aucun doute le secteur le plus colonisé avec notamment les baies de Saint-Brieuc (250 000 t) et de Cancale (100 000 t) (Hamon et Blanchard, 1994 ; Blanchard et Ehrhold, 1999).

     

     

    Les observations les plus récentes révèlent que le phénomène de prolifération se poursuit, principalement à proximité des centre ostréicoles et en particulier là où les activités de pêche aux engins traînants (dragues et chaluts de fond) sont importantes.

     

     

    Les raisons d’une telle prolifération sont liées :

     

     

    Aux particularités biologiques et écologiques de l’espèce qui lui donnent un caractère opportuniste : Stratégie de reproduction efficace (hermaphrodisme protandre, fécondation directe, protection des œufs, pontes multiples, vie larvaire pélagique, …), faibles exigences écologiques (indifférence à la nature du substrat, eurytherme, euryhaline, …), alimentation peu limitante car c’est un filtreur (rare chez les gastéropodes), absence de prédateurs.

     

     

    Aux activités humaines : si les activités conchylicoles ont été un vecteur majeur dans la propagation de la crépidule sur le littoral français, la pêche côtière aux engins traînants a, depuis, favorisé localement sa dissémination.
    De sa prolifération en de nombreux secteurs du littoral de la Manche et de l’Atlantique, des problèmes socio-économiques qu’elle pose à certaines activités de conchyliculture et de pêche côtière (abandon de certaines zones de pêche, accroissement du temps de tri), des modifications qu’elle génère sur les fonds qu’elle colonise.

     

     

    La crépidule (2)

     

     

    Envahissant et dévastateur Originaire de la façade atlantique de l’Amérique du Nord, l’espèce Crepidula Fornicata, au taux de reproduction exponentiel, a, en effet, envahi les côtes européennes à l’occasion de transferts d’huîtres de Virginie vers l’Angleterre à la fin du XIX e siècle. Faute de prédateurs, le gastéropode à la coquille rosée en forme de bonnet phrygien se retrouve désormais de la Suède à la Méditerranée. En France, le littoral allant de la baie de Saint-Brieuc jusqu’à Flamanville (Manche) est le plus colonisé. Le stock total, dans cette zone, est estimé à plus de 1,6 million de tonnes. Là où elle s’implante, la crépidule entre en compétition avec les autres coquillages filtreurs, ce qui n’est pas pour plaire aux ostréiculteurs et conchyliculteurs de la région. Ceux de la baie du Mont-Saint-Michel ont sollicité les agriculteurs pour participer à leur recyclage. Grossièrement broyée, la crépidule sert ainsi à amender et aérer les terres agricoles de Bretagne, elle est également utilisée comme complément alimentaire pour les volailles et les bovins et, de façon plus anecdotique, à la signalisation routière (bandes blanches) et à la fabrication de papiers peints. Mais cela ne suffit pas pour rendre dans l’immédiat ses lettres de noblesse au petit gastéropode, son pouvoir dévastateur sur l’écosystème marin étant trop important.

     

     

    La crépidule (3)

     

     

    « Le coquillage le moins cher de la planète » Pour Pierrick Clément, gérant de la société bretonne Britexa qui lance, ce mois-ci, la commercialisation de la crépidule décortiquée, nul doute que 5.000 à 10.000 tonnes peuvent être prélevées par an « sans altérer la population existante ». La chair de crépidule est « une manne alimentaire aux possibilités incomparables… disponible sous notre nez ! », souligne-t-il. Le produit se vendra « moins de 3€ le kg », précise l’entrepreneur, ce qui en fait « le coquillage le moins cher de la planète ».

     

     

    La crépidule (4)

     

     

    Fléau marin. La crépidule à la conquête des gastronomes

     

     

    La crépidule, petit coquillage invasif méconnu du grand public bien que pullulant sur les côtes, se lance à la conquête des gastronomes après avoir séduit les agriculteurs qui s’en servent pour amender les sols ou nourrir les poulets.

     

     

    « Gustativement, la crépidule se situe entre la moule et la palourde, mais ça se cuisine un peu comme la Saint-Jacques », explique Sylvain Guillemot, chef du restaurant L’Auberge du Pont d’Acigné, près de Rennes, détenteur d’une étoile au guide Michelin. Le jeune cuisinier s’amuse à travailler la noix du mollusque, pesant à peine quelques grammes, en bouillon aux « saveurs très mer tirant sur le champignon », ou encore en ragoût. « C’est un produit nouveau -donc attirant- et naturel, intéressant à travailler aussi bien cru que cuit car sa texture reste toujours tendre », renchérit Olivier Bellin, chef de L’Auberge des Glazicks, à Plomodiern, elle aussi étoilée au Michelin, déplorant que la crépidule « pâtisse pour l’instant d’une mauvaise image ».

     

     

    La crépidule (5)

     

     

     

     

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    1. Publié dans 16/02/2018 le 19:15

      Je ne comprends pas que certains articles affirment que la crépidule a été importée des cotes du nord de l’Amérique.
      Dans l’est de la France, non loin de Thionville dans un village nommé Haute Kontz,(près de la frontière Luxembourgeoise) il y a dans les champs ,sur le plateau,des milliers de coquillages de crépidules qui doivent avoir des milliers voire des millions d’années.Ce plateau a certainement été immergé à une époque très lointaine.Ces coquillages n’ont donc pas été importés d’Amérique,il y a un peu plus d’une centaine d’années

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