• Dielette et la guerre du Platé

     

     

    Dielette et la guerre du Platé

    Les protagonistes: les communes de Flamanville, Siouville et Tréauville.

    Sous l’Empire, cette compétition entre les communes resta assez calme; apparemment d’autres soucis occupaient les esprits.
    Mais, sous la Restauration, après 1820, lorsqu’on procéda dans le canton aux travaux préparatoires à la mise en place du cadastre qui avait été promulgué par NAPOLEON en 1807, la fièvre s’instaura à nouveau. Les communes avaient le plus grand intérêt à profiter de cette circonstance pour reprendre la question de la rectification de leurs limites. Mais les prétentions inconciliables des trois municipalités ne s’accordaient que sur un point : l’impossibilité de laisser subsister au XIXe siècle les deux sections flamanvillaises isolées l’une de l’autre.

     

    Cadastre Napoléon

     

    Le Conseil municipal de Flamanville était disposé à renoncer à l’enclave du Mt-St-Gilles, au bénéfice de Tréauville, à condition que cette commune lui cédât la rive gauche de la Diélette.
    Par contre, Tréauville voulait conserver Diélette et son port mais obtenir la rive droite de la Diélette au pied du Mt-St-Gilles, dédaignant le Mt-St-Gilles lui-même que Siouville revendiquait en entier jusqu’à la Diélette comme une dépendance naturelle de son territoire.
    Le Conseiller général qui eut à s’employer à terminer cette vieille affaire pendante depuis tant d’années était un tout nouveau venu dans notre département : c’était le Comte de SESMAISONS, châtelain de Flamanville.

     

     

    En effet, le 17 juillet 1820 mourut à Cherbourg noble, haute et puissante dame Monique-Sophie-Louise LECONTE de Nonant Raray, marquise de Flamanville, veuve de Marie François de BRUC, marquis de La Guerche en Bretagne. Avec elle s’éteignait la descendance directe de la vieille famille qui depuis Colin BASAN, en 1406, possédait le domaine de Flamanville. Au cours des siècles d’autres fiefs seigneuriaux s’y étaient ajoutés notamment sur Tréauville, Les Pieux, Benoistville et Grosville.
    Par testament elle léguait sa fortune, qui était considérable, à un cousin de son mari, le Comte Claude-louis-Gabriel-Donatien de SESMAISONS. C’était un des personnages les plus influents de la Cour du roi louis XVIII.
    Il appartenait à la vieille noblesse de Bretagne et plusieurs de ses ancêtres avaient tenu dans l’ancienne armée des grades considérables. Né en 1781, il suivit sa famille dans l’émigration puis rentra en France dès le début de l’Empire et, peu après, le 12 février 1805, il épousa la fille unique du Vicomte DAMBRAY, l’un des artisans de la restauration monarchique. Mr DAMBRAY était de ceux qui n’avaient rien abdiqué de leurs anciennes idées. II acquit, pour la postérité, le titre de « royaliste intraitable » .Ce serait lui qui proposa au Roi de supprimer d’un trait de plume, la Révolution et l’Empire de l’Histoire de France et de dater la Charte de 1814 de la « dix-neuvième année de notre règne » .Fiction monarchique qui souleva dans tous les cœurs français une douloureuse indignation. C’est à lui qu’on impute l’idée plus malheureuse encore de l’annulation de la vente de tous les biens d’émigrés qui remplit d’inquiétude la multitude des nouveaux propriétaires et leur fit accueillir le retour de l’île d’Elbe comme une libération.

     

    On pourrait dire à propos du Comte Donatien de SESMAISONS, en modifiant un peu le proverbe : Tel beau-père, tel beau-fils, car lui aussi, détestait les idées de la Révolution.
    Dès le mois d’avril 1814, par la grâce du Comte d’ARTOIS, lieutenant général du royaume, il avait été promu d’emblée au grade de colonel puis, au mois de mai, nommé chef d’Etat-major de la Première Division d’Infanterie de la Garde royale. Peu de jours après, au moment où son beau-père venait de recevoir le titre de Chancelier de France, il avait été appelé à la fonction, réservée aux fidèles, de Gentilhomme de la Chambre du Roi.
    A ces titres, il ajouta bientôt celui de Député de Loire-Inférieure tout en devenant Conseiller général du Département de la Manche dès son arrivée à Flamanville.

     

    Rentrant de l’expédition d’Espagne qui, au nom de la Sainte Alliance, avait eu pour but de rétablir l’absolutisme dans ce pays, une nouvelle marque de la faveur royale le récompensait de son zèle. Le 23 décembre 1823, une Ordonnance de LOUIS XVIII le substituait à la pairie du Chancelier DAMBRAY qui n’avait pas de fils pour lui succéder. Ainsi il deviendra Pair de France à la mort de son beau-père, en 1829.

     

    Est-il nécessaire d’ajouter qu’il siégeait parmi les « Ultras », plus royalistes que le Roi lui-même?

     

    Possédant déjà de vastes domaines en Bretagne, marié à une riche héritière, il devenait par le testament de Mme de BRUC l’un des grands propriétaires fonciers de France et certainement le plus opulent de notre région. Dans le seul canton des Pieux, son revenu foncier dépassait 100 000 F.II possédait la presque totalité de la commune de Flamanville et la majorité des terres cultivées de Tréauville, Les Pieux, Benoistville, Grosville, sans compter les extensions sur les terres avoisinantes.

     

    C’est contre cet homme si riche, si bien en Cour, si puissant que la petite commune de Siouville allait avoir à lutter. Nouveau combat du pot de terre contre le pot de fer.
    Donc, la proposition d’échange faite par le Conseil municipal de Flamanville à celui de Tréauville était nécessairement connue du nouveau châtelain-conseiller général s’il n’en était pas l’instigateur. Car à cette époque, et même encore un demi siècle après, à Flamanville, le « château » avait conservé le même prestige et la même autorité qu’avant la Révolution. Rien ne s’y faisait sans l’assentiment du puissant châtelain et, sur un signe de lui, les Flamanvillais étaient prêts à tout.

     

    Propriétaire de l’Enclave du Mt-St-Cilles et de la plus grande partie de Tréauville, il était d’autant plus fermement résolu à faire attribuer à cette commune le sol et le rivage de l’enclave que le droit à la coupe du varech de rocher pouvait avoir une influence sensible sur la valeur vénale des terres, comme sur leur production.
    Il éprouva donc un violent dépit de la résistance de Tréauville qui l’atteignait dans ses intérêts et qui blessait son amour propre de châtelain. Et ce qui augmentait sa rancoeur, c’était que dans ces conditions l’héritage de Flamanville ne manquerait pas d’aller à Siouville, une commune où il ne possédait à peu près rien.

     

    Il voulut éviter une solution qui devait lui être si préjudiciable et il semble bien que pour y arriver il se montra peu scrupuleux sur les moyens. Nul ne soupçonna ses ténébreux desseins, à Siouville surtout, où l’on avait en sa bienveillance une foi absolue.

     

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    Au mois de mai 1823, I’ingénieur géomètre en chef du cadastre, Mr BITOUZE-DAUXMESNll, soumit à l’approbation du Conseil municipal de Siouville un plan et un projet d’annexion à cette commune du territoire compris entre celle-ci, la rivière Diélette et la « mer », terme vague qui n’éveilla aucune méfiance. Les Siouvillais acceptèrent ce projet, pleins de reconnaissance pour le Conseiller général qui s’en était occupé avec activité. Ils ne se doutaient guère que cette influence avait déjà servi à leur tendre un affreux traquenard où ils venaient de se prendre.
    Pendant que les habitants de Siouville se berçaient ainsi d’espoirs chimériques, ceux de Tréauville avaient déjà commencé à expier leur malencontreuse opposition aux volontés de leur ex-seigneur. Les Flamanvillais obéissant à un mot d’ordre, sans souci de la loi, leur avaient interdit d’enlever sur leur littoral, non pas seulement le varech de rocher, mais le sable de mer et le goémon rejeté par le flot qui cependant appartiennent à tout le monde. Malheur aux cultivateurs rencontrés sur la grève par ces terribles voisins. Non seulement ceux-ci leur enlevaient le varech entassé dans les hottes, les civières ou les charrettes ou renversaient les banneaux chargés de sable, mais encore ils les rossaient sans vergogne, assurés de l’impunité. Le Conseil municipal de Tréauville, dans une délibération du 7 août 1825, renouvelée à diverses reprises, se plaignit au Préfet de toutes les vexations dont les habitants de la commune étaient victimes.

     

    Inutilement! Bien plus, les douaniers qui, à cette époque, étaient très nombreux sur la côte, furent invités à se tenir à l’écart des bagarres dont ils pourraient être témoins au cours de leurs factions.
    Cependant les années passaient CHARLES X avait remplacé LOUIS XVIII. ..les Siouvillais attendaient toujours sans voir aucun changement à leur situation sinon qu’ils partageaient un peu trop souvent le sort des Tréauvillais et ils commencèrent à suspecter le zèle de leur puissant protecteur.

     

     

    Enfin, une Ordonnance royale, en 1827, les mit en possession du territoire tant convoité. Ils crurent que tous leurs vœux étaient comblés. Hélas ! Leurs malheurs allaient commencer.

     

     

     

    LA GUERRE DU VARECH

    Au mois de mars 1828, lorsque le jour fixé pour la coupe du varech arriva, un grand nombre de cultivateurs de Siouville se rendirent aux rochers de l’Anse du Platet situés sous l’enclave qui venait de leur être concédée.
    Grande fut leur déconvenue. Des Flamanvillais en force les occupaient déjà, conduits par leur Maire, Mr MOCQUET DU LONGPRE, qui déclara que sa commune, en cédant le Mont-Saint-Gilles, n’avait jamais songé à faire abandon du rivage et qu’elle le défendrait par tous les moyens. Et de fait, les Siouvillais furent assaillis à coups de faucillons, instruments qui servaient à détacher le varech ; plusieurs furent blessés et les autres durent prendre la fuite.
    Jamais les Flamanvillais n’avaient tenu autant à la possession du rivage de l’enclave qu’à partir du jour où les Siouvillais croyaient pouvoir en bénéficier.

     

    En effet, jusque-là, les habitants des divers villages de Flamanville allaient récolter le varech au point le plus rapproché de leur exploitation : au « Hâvre », dans l’anse de Sciotot, à la « Chasse du Pré », à Quédoy, »à Biédal » et  »à Guerfa » sous les falaises. Les rochers du Platet, trop éloignés, étaient à peu près délaissés par les cultivateurs et n’étaient guère fréquentés que par les « soudiers ». On tolérait même que les Siouvillais et les Tréauvillais y vinssent faire la cueillette du goémon de rocher. C’est en vain que les Siouvillais invoquèrent l’Ordonnance de la Marine de 1681 en vertu de laquelle les paroisses riveraines de la mer ont le privilège de la coupe du varech sur tout leur littoral.
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    Par une désignation des limites de l’enclave des plus imprécises, » la mer », le gentilhomme breton avait roulé les paysans normands.
    Le Mt-St-Gilles ne produisant que des ajoncs, il n’avait pour Siouville aucune valeur sans la possession du rivage et de ses rochers. Son Conseil municipal porta donc l’affaire devant le Conseil de Préfecture qui décida, le 30 janvier 1829, que … « la commune de Flamanville avait le droit exclusif à la coupe du varech croissant sur les rochers bordant la portion de son ancien territoire donnée par le Cadastre à la commune de Siouville » …

     

    Condamnée en outre à verser des dommages-intérêts, Siouville porta le litige devant le Conseil d’Etat.
    Mais, à la bien approfondir, cette sentence prêtait à discussion car en réalité la revendication des Flamanvillais ne portait pas seulement sur les rochers bordant le Mt-St-Gilles mais s’étendait bien plus au nord d’un vaste banc de sable, sous le Mont-Saint-Pierre qui avait toujours appartenu à Siouville, jusqu’à des bornes de granit plantées au milieu des rochers.

     

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    C’est la seconde preuve qu’il fut bien difficile de réformer notre Société, même après un demi-siècle, malgré les abolitions proclamées durant la nuit du 4 août 1789. Car ces « potilles de granit » que les Flamanvillais disaient avoir servi de tous temps à la limite entre les deux communautés témoignaient en réalité d’un ancien droit féodal.
    En 1560, une transaction était intervenue entre le seigneur Abbé de St-Sauveur-le-Vicomte et le seigneur de Siouville pour établir la séparation de leur gravage respectif… » qui est le rocher Renard » .Puis… « en 1697, trois piliers de granit avaient été plantés, délimitant le même droit entre Jean-René BASAN, marquis de Flamanville, et Charles-Nicolas de THIEUVILLE, seigneur de Bricqueboscq, Héauville et Siouville » …
    Le plus important de ces récifs portait le nom de « Pêquemorue ».

     

    A LA CONQUETE DE « PEQUE-MORUE »

    Il en résulta, lors de la coupe du varech, de nouvelles et furieuses batailles pour la conquête de ce rocher. Se livrant à des voies de fait contre les Siouvillais, leur enlevant de force leur cueillette, les Flamanvillais qui ont à leur tête leurs autorités municipales s’imposent tant en mars 1829 qu’en 1830. Toutes les plaintes des Siouvillais restent lettre morte. Le Préfet comme le Procureur du Roi font la sourde oreille.

     

    Le 28 février 1831, le Maire de Flamanville et des Conseillers municipaux, qui se sont fait accompagner de deux gendarmes, cherchent par des menaces et des invectives à faire partir les Siouvillais qui restent calmes et se contentent d’affirmer qu’ils cueillaient d’usage le varech sur ces rochers depuis des siècles …A quoi le Maire de Flamanville répondit que ce ne fut que par une tolérance de sa commune …

     

    Enfin, après des années de désordre et d’arbitraire dont avaient cruellement pâti les cultivateurs de Siouville et Tréauville, voici des gendarmes ! C’est qu’il y a quelque chose de changé en France. Les « trois glorieuses journées de juillet 1830 » ont chassé le dernier représentant de l’Ancien Régime et élevé à sa place un roi constitutionnel. LOUIS-PHILIPPE 1er est Roi des Français.

     

    La présence des agents de l’autorité sur les rochers du Platet, encore que ces agents de l’autorité soient aux côtés du plus puissant, a toute la valeur d’un symbole. Elle signifie que si l’arbitraire n’a peut-être pas complètement disparu, il ne se présentera plus qu’avec des formes réglementaires et des apparences de légalité.
    … « Il ne peut plus y avoir d’injustices sous le gouvernement d’un Roi élu du Peuple ! »…s’écrient avec une touchante confiance les malheureux Siouvillais et ce cri témoigne des espérances que nos campagnes mettaient dans le nouveau gouvernement.

     

    Désormais le Pouvoir ne refusera plus d’entendre les plaintes des opprimés. En effet, dès que le Sous-préfet de Cherbourg connut le rapport des gendarmes et les prétentions contradictoires des deux communes il convoqua … « les deux Maires accompagnés chacun de quatre propriétaires des communes voisines sur la bonne foi et la probité desquels on pût compter » …et il tenta une conciliation.

     

     

    … « A titre provisoire, il fut convenu que les Flamanvillais ne renouvelleraient plus leurs procédés de 1830 et que ceux de Siouville s’abstiendraient de cueillir du varech sur ces rochers jusqu’à la conclusion d’une enquête qui devait être dirigée par le Procureur du Roi ».

     

    Mais malgré le changement de régime, un Pair de France était toujours une puissance à ménager. Le Procureur du Roi, Mr BOTTIN-DESYLLES, fut, fort opportunément, atteint d’une maladie qui, tout en lui permettant de siéger au tribunal, l’empêcha de procéder à cette enquête. Ainsi Siouville se trouvait entravé.

     

    Et pendant ce temps le Comte de SESMAISONS poursuivait son but: faire attribuer à la commune de Tréauville, sur laquelle il possédait de nombreuses fermes, le rivage et les rochers que Flamanville n’avait plus d’espoir de conserver.
    Il entra en pourparlers avec les Tréauvillais qui , placés entre les deux adversaires, partageaient les coups depuis dix ans sans attendre aucun profit car ils avaient perdu toute espérance de voir un jour réalisées leurs ambitions sur Diélette. Et ces derniers accueillirent avec reconnaissance la proposition qu’ils avaient repoussée avec dédain en 1823. Jugez de la stupeur et de l’indignation des Siouvillais lorsque, au lieu de l’intervention du Procureur du Roi, ils reçurent le nouveau projet de partage qui les évinçait du territoire qui leur avait été donné en 1823.

     

    L’examinant au cours de sa séance du 29 mai 1832 on concluait ainsi :… « Le Conseil municipal ajoutera que chaque jour lui révèle de plus en plus combien il est dans les intérêts de la commune de Siouville que l’enclave reste sous son administration municipale. Il citera, entre autres exemples, que l’un des chemins qui existent dessus et qui figure sur le plan dressé pour le projet de délimitation sous le n02 est devenu l’objet de la cupidité d’un riche propriétaire (Mr de SESMAISONS) qui l’a réuni à ses propriétés qui le bordent et ce chemin n’étant indispensablement utile qu’aux habitants de Siouville. L’autorité municipale de cette commune, seule, continuerait les diligences pour le faire restituer car déjà cette affaire est portée devant l’autorité administrative. Plusieurs autres cas peuvent se présenter .Aussi Mr de SESMAISONS use-t-il de toute l’influence de sa position sociale et de celle que lui donnent ses moyens pécuniaires pour arriver à ses fins » …

     

    Au début de 1833, les Siouvillais étaient déboutés de leur demande de réouverture de ce chemin confisqué contournant le Mt-St-Gilles par son versant oriental, plus direct et moins abrupt que celui du versant ouest. Dans sa séance du 8 février 1833, le Conseil municipal protestait contre …  » cette sentence du Juge de paix des Pieux donnant gain de cause à Flamanville (entendons par là : le châtelain de… )

     

    Aussi la Municipalité de Siouville se montra plus fermement que jamais résolue à continuer la lutte. Dans une délibération du 28 avril 1833 elle ripostait à une nouvelle attaque en des termes furieusement énergiques qui montrent combien était devenue violente l’exaspération, la haine contre le Pair de France.
    … « Le Conseil municipal de Siouville a été étrangement étonné de voir apposée au pied d’une délibération, que l’on peut appeler l’œuvre du mensonge, la signature de l’un des premiers dignitaires de l’Etat Mr le Comte de SESMAISONS …

     

    Il ne peut pas s’expliquer comment la main d’un personnage aussi éminent ne se soit pas glacée à la lecture de cette délibération où il est dit: « que l’incertitude où se trouve la commune de Flamanville de conserver le droit de varech nuit au prix des terres et arrête la vente » …
    C’est chose faite pour surprendre quand on sait que le noble Comte a pendant cette même année (1832) acheté douze vergées de terre plus quelques petits bâtiments d’exploitation et une maison dans laquelle pouvaient à peine se loger deux douaniers et qu’il a été obligé de payer 22100 F pour ces objets.

     

    Il ne pouvait pas non plus ignorer que le plus proche voisin de son château, Mr l’Adjoint de Flamanville, l’un des signataires de la délibération, a vendu à divers particuliers bon nombre de vergées de terre disséminées çà et là à Flamanville douze à quinze cents francs la vergée suivant la classe. Il est vrai (véridique) que ces terrains qui se vendent ainsi en 1832 et qui peuvent se louer de 35 à 45 francs la vergée ne se louaient, il y a dix ans, que 30 à 40 francs et ne se vendaient pas au-delà de 800 à 1000 francs. Il est donc évident que la réunion de l’enclave de Flamanville à la commune de Siouville n’a eu aucune influence préjudiciable pour la commune de Flamanville.

     

    …Enfin, Flamanville ne possédait l’enclave dévolue à Siouville que comme conséquence d’un droit féodal et en raison des domaines de son ci-devant seigneur. La mémorable Révolution de 1789 a anéanti ce privilège de droit de patronage. Il ne peut ressusciter sous le gouvernement d’un Roi élu du Peuple » …
    Devant tant de ténacité, leurs adversaires jugèrent prudent de battre en retraite et d’abandonner une partie de leurs prétentions.

     

    A la fin de 1833, ils font proposer à Siouville une transaction. Ils n’abandonneraient rien de leurs prétentions sur le rivage du Platet ; mais, tout en renonçant à réclamer l’enclave, ils demandaient à Siouville de consentir à ce que la limite entre cette commune et Tréauville, au lieu d’être la rivière de Diélette, fût reportée vers le nord au chemin qui, au pied des collines de la rive droite, permettait aux Tréauvillais d’arriver à la vieille église.
    Mais l’heure était passée depuis longtemps des discussions courtoises et des transactions amiables. Le 22 décembre 1833, le Conseil de Siouville repoussa tout arrangement.

     

    Le rattachement à Tréauville de ce chemin, dit de Bézambec, était rendu nécessaire par un projet qui fut rendu public au début de 1834. Les Municipalités de Flamanville et Tréauville avaient décidé, à leurs frais, de le prolonger en aménageant une rampe de descente à la mer dans une propriété du Comte de SESMAISONS, au sud du Mt-St-Gilles, à droite de la pièce de terre connue sous le nom de Sainte-Pernelle.
    Quelle objection les Siouvillais pouvaient-ils apporter? Aucune ; ils n’étaient pas sollicités pour la dépense et cette rampe était creusée dans une propriété privée.

     

    Car en tout il faut avouer qu’aucun excès n’est bon. A force de s’opposer à toute proposition, Siouville tenait maintenant le mauvais rôle puisque, moyennant une compensation équitable, il est vrai, Flamanville reconnaissait les droits de Tréauville qui, quoique riveraine de la mer, avait été évincée du partage précédent et iniquement privée d’un rivage. Or c’était l’une des communes les plus fertiles de la région et il importait de donner à ses cultivateurs les moyens de se procurer les engrais de mer nécessaires.

     

    Entre temps, le 11 décembre 1832, s’appuyant sur une lettre du Préfet en date du 26 février 1830, le Maire de Flamanville avait fait ressortir que la réunion de l’enclave à Siouville n’était qu’une proposition des Services du Cadastre dépourvue de toute légalité tant qu’une Ordonnance royale ne l’aurait point sanctionnée.
    Le réglement de cette affaire intervint finalement sous la forme d’une Ordonnance royale du 5 septembre 1834 fixant les limites encore actuelles des trois communes.

     

    Le port de Diélette et le hameau Blondel étaient détachés de Tréauville et rattachés à Flamanville qui céda en compensation le village de Belval. Tréauville récupérait l’Enclave du Mt-St-Gilles au détriment de Siouville.
    Mais l’Ordonnance royale ne parlait pas des rochers, cause initiale de cette affaire. Aussi, afin d’éviter toute contestation ultérieure, les Conseils de Flamanville et Tréauville étaient invités par leurs Maires à régler l’échange de ces rochers et des droits au varech et à décider la pose de « pôtilles en granit » …pour fixer à toujours les limites des rochers de Tréauville d’avec ceux de Siouville … à frais communs. L’entretien serait, à l’avenir, à la charge de Tréauville seul.

     

    Sources :

    Archives départementales de la manche, Archives diocésaines de Coutances, Archives paroissiales de Siouville, A.Hamel , A.Rostand.

    A découvrir également : article complémentaire : Notes sur la coupe du varech qui devint l’affaire du Platet au 19ème siècle

     

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