• Pendant l’occupation et l’après guerre à Dielette

     

     

    Pendant l’occupation et l’après guerre à Dielette

     

     

     

    Dans un premier temps la pêche est tout simplement interdite. En septembre 1940 la presse locale « a le plaisir d’informer les pêcheurs de la région que l’exercice de la pêche vient d’être rétabli sur nos côtes ». Les pêcheurs sont cependant astreints au respect d’un règlement particulièrement strict, signé par le commandant de la marine allemande.

     

    Janvier 1942 –

    Grande pêche et pêche côtière.

     

     

    – 1° L’exercice de la grande pêche et de la pêche côtière est soumis à l’autorisation écrite des Marinebefehlshaber Kanalkuste und Westfrankreich (Commandant en chef de la Marine allemande sur la côte de la Manche et de la France occidentale), qui, chacun pour sa circonscription, établiront les permis de pêche par les soins des services désignés par eux à cet effet.

     

     
    2° Ce permis entraînera les obligations suivantes :

    a) les patrons des bâtiments doivent annoncer auprès du Service de surveillance compétent ; le départ, en temps opportun et aussitôt rentrés, le retour de leur bâtiment, en spécifiant le résultat de la pêche.

    b) il est interdit de garder à bord d’un bâtiment de pêche des postes émetteurs de T. S. F.) La pêche ne peut être exercée que pendant les heures fixées et au dedans des rayons délimités par les « Marinebefehlshaber Kanalkuste und Westfrankreich ».

     

     
    3° Les Marinebefehlshaber Kanalkuste und Westfrankreich donneront les ordres détaillés pour leurs circonscriptions après s’être mis d’accord avec le Militaerbeflshaber in Frankreich.

     

     

    Un des points de ce règlement prévoit l’accompagnement des bateaux par un navire de surveillance, ou le regroupement des bateaux dans le même secteur de pêche avec présence de sentinelles. «Toute violation contre ce règlement sera punie avec réclusion ou prison jusqu’à 15 années»

     
    Tous les bateaux du coin se retrouvent donc à Dielette d’où ils ne sortent qu’en groupe, encadrés et surveillés. En plus les pêcheurs sont tenus d’assurer à tour de rôle, un service de garde de nuit pour éviter tout départ d’un bateau vers l’Angleterre. Malgré les rigueurs de l’époque, cette garde n’était pas toujours triste ! Paraît-il !
    Ces petites unités naviguent à la rame. Lorsque le temps est sûr on les laisse au mouillage, mais le plus souvent on les remonte sur la plage, voire sur la terre ferme par gros temps ou grande marée.

     
    Ces pêcheurs utilisent toutes les techniques de la petite pêche côtière, en fonction de la saison et des circonstances. Ils pêchent les crustacés, homards, araignées (ici on dit des crabes), étrilles, clopoings au casier (des cllés). Ces cllés sont fabriqués l’hiver avec de l’osier et des branches souples d’orme, de noisetier ou d’autres arbustes.
    Ils « tendent» des cordes, lignes de fond équipées de gros hameçons pour le congre, la raie et toute la famille des squales, roussettes, « roudbiches », hâts, chiens de mer. .. Ils posent des filets et des trémails, filets à trois épaisseurs permettant un meilleur maillage du poisson, pour capturer tout ce qui veut bien y passer, y compris des crustacés.

     

     

    Ils vont à la senne, grand filet que l’on ramène au rivage ou que l’on boucle pour le remonter à bord.
    Photo: Un beau trait de senne, vers 1936 …des bars!

     

    Senne-Sciotot (2)

     

    Ils font des battages. Ce n’est plus courant d’aller battre! On ferme avec un filet une zone en bordure de rochers, puis on passe au centre et on tape sur l’eau avec les avirons pour effrayer le poisson et le rabattre dans le filet. Cette technique est particulièrement efficace lorsqu’un banc de mulets ou de bars a été repéré. Dans ce domaine quelques marins, dont un « Dieltais » surnommé « Quat’sous », étaient bien connus pour savoir détecter les bancs de poissons et ensuite réaliser de belles prises.
    C’est d’ailleurs lui l’auteur du trait de senne des photos.

     

    Senne-Sciotot (1)
    Ils pêchent le lançon avec une senne à mailles fines. Ils lignent au maquereau, partie pour la vente, partie pour better les cordes.
    Aujourd’hui encore les plaisanciers utilisent les mêmes procédés, sous réserve du respect des règlements de plus en plus sévères, mais en réalisant quand même de belles captures.

     

     

    On pêche aussi à pied sur le rivage. On «tend d’s hains », (des paillots), ou, dans les rochers, des cordeaux. On pose des bêlées à orphies, technique devenue rare. Ce sont des lignes flottantes fixées aux deux extrémités, mises en place à basse mer, et qu’on récupère à la basse mer suivante, ou, encore plus rare, fixées à une seule extrémité avec un flotteur à l’autre bout qu’on laisse dériver dans le vent et le courant.
    On pose des filets sur la plage ou dans les passes entre les rochers. Attention c’est très réglementé. L’hiver, il y a quelques décennies, en utilisant des maillages adéquats, les habitués pêchaient ainsi le hareng ou l’éplan (l’éperlan).
    Nous avons parlé de la senne. Autrefois, on allait au « dranet ». Cela se pratique la nuit à marée descendante. Le filet est suspendu à une solide fourche en bois. Deux personnes, celui qui file et celui qui pique, pénètrent dans l’eau le plus loin possible. Celui « qui pique» reste alors sur place en tenant l’extrémité libre du filet qui est attaché à un bâton ou pique. Celui «qui file », c’est le porteur de la fourche, progresse parallèlement au rivage, en déployant le filet. Ensuite, on revient au bord en formant un arc de cercle.

     

     

     

    Attention c’est totalement interdit, et pourtant c’est une vieille pêche traditionnelle. Un dictionnaire de 1887 présente le dranet comme «petite senne dont l’usage est très répandu sur le littoral de la Manche» et cite un document très ancien parlant de la pêche avec des « dranguiaux » (pluriel de dranguiet). On trouve également trace de cette pêche aux «Isles» Anglo-Normandes. Frank Le Maistre parle d’aller« haler au drannet ou dranneter» Il y a toujours les classiques, le lançon dans le sable, c’est très bon en friture mais cela sert aussi à «better l’s hains », attention aux vives, et puis la rocaille et tout ce qui niche dans les zones de rochers, y compris homards et goufigues (ormeaux). Jusque dans les années 1960 on trouvait des satrouilles, (des pieuvres), l’été dans les trous de rochers. Qui en a vu récemment à basse mer?

     
    Même les petits poissons de rocher, cabots, loches et éclans méritent votre attention pour faire des fritures, ou pour «better l’s hains », pour le bar en particulier. Le bar qui se prend aussi au surf, sur la plage, à marée montante. Vous pouvez encore ramasser des « flies », (chapeaux chinois, patelles). Elles se mangent crues ou cuites de diverses façons, par exemple dans une omelette. Jadis, pour mettre un peu de beurre dans les épinards, quelques personnes peu fortunées en pêchaient et allaient les vendre, de maison en maison. «Douze métyis, treize minsères » (Douze métiers, treize misères) disaient nos vieux.

     

     

     

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    1. Maurice
      Publié dans 15/01/2015 le 13:59

      Bonjour!

      Mon épouse, née en 1931, se rappelle avoir vu son père avec Quat’sous faire le « hale à co », mais n’a pu reconnaître les personnages de tes deux photos, où il y a peut-être son père. Si tu les connais, tu devrais les communiquer à l’intention des « anciens ».

      Merci et bien cordialement,
      Maurice

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