• L’amirauté de Cherbourg et Diélette

     

     

    L’amirauté de Cherbourg et Diélette

     

     

    Le siège d’Amirauté

    Le premier lieutenant de l’amirauté de Cherbourg n’aurait été nommé qu’en 1557. Un siècle environ plus tard, le personnel du siège se composait, en outre, d’un procureur du roi, d’un greffier, de deux huissiers et deux sergents. Au cours du XVIIIe siècle, il se trouva complété par la désignation d’un maître de quai à Cherbourg et d’un autre à Diélette ; d’un professeur d’hydrographie ; de deux commis greffiers, à Diélette et à Omonville ; d’un jaugeur de navires ; d’un aulneur et peseur pour la Marine ; de deux chirurgiens ; d’un apothicaire ; d’un courtier pour les Français ; d’un interprète pour les Anglais ; d’un archer de la Marine ; sans oublier le receveur des droits de l’Amiral.

     

     

    Le maître de quai percevait un droit d’entrée sur tous les navires. Le professeur d’hydrographie, à la nomination de l’Amiral, ne recevait d’autre rétribution que 6 livres par mois de chacun de ses élèves et 3 livres à leur réception en qualité de capitaines ; le courtier-interprète traitait de gré à gré avec les maîtres de navires ; le jaugeur était rétribué à proportion du tonnage des bâtiments. Il n’y eut jamais de pilotes-lamaneurs à Cherbourg avant le milieu du XVIIIe siècle, les maîtres et matelots pêcheurs en faisant l’office pour un prix à débattre. Enfin, deux chirurgiens examinateurs, choisis parmi les chirurgiens jurés, étaient chargés d’assurer l’exécution des ordonnances concernant le service médical à bord des bâtiments, de constater l’état sanitaire des navires entrant au port et d’examiner les candidats au poste de chirurgien navigant ; de même un apothicaire, attaché à l’Amirauté, vérifiait le contenu du coffre de premier secours embarqué obligatoirement sur tous les navires.

     

     

    En 1775, le personnel du siège d’amirauté de Cherbourg se trouvait ainsi composé : lieutenant, Pierre-Philippe Marion sieur de la Martinière; procureur du roi, Thomas-Adrien Groult ; commis-greffier, Guillaume Henry ; huissier-audiencier, visiteur et priseur-vendeur, Guilmet. Etaient en outre porteurs de commission de l’Amiral : les sieurs Le Masson, commissaire aux Classes de la Marine ; Asselin, receveur des Invalides ; de Chantereyne père, receveur de l’Amiral ; les sieurs des Aulnez-Marion et Roussel, chirurgiens de la Marine ; La Bonde, apothicaire pour la Marine ; Postel, maître de quai ; Quoniam, jaugeur de navires ; Hervieu, courtier pour les Français ; Le Roy, interprète pour les Anglais ; De Rubery, commis du greffe à Diélette ; Le Royer, commis à Omonville ; Bonemain, maître de quai à Diélette ; Hervieu, aulneur et peseur pour la Marine ; l’archer de la Marine du département. On dénombrait dans le ressort : 71 capitaines au long-cours ; 32 maîtres pour le petit cabotage ; 20 maîtres charpentiers, calfateurs et perceurs de navires ; 18 maîtres tonneliers ; un cordier et un « pouleyeur
    ».

     
    Au XVIIIe siècle, le ressort de l’amirauté de Cherbourg s’étendait sur douze grandes lieues. Il comprenait les paroisses de Cosqueville, Saint-Pierre-Eglise, Fermanville, Maupertus, Bretteville, Digosville, Tourlaville, Cherbourg, Sideville, Nouainville, Octeville, Equeurdreville, Hainneville, Querqueville, Nacqueville, Urville, Gréville, Omonville «le Grand» (la Rogue), Digulleville, Omonville « la Petite », Saint-Germain des Vaux, Auderville, Jobourg, Herqueville, Beaumont, Vauville, Sainte-Croix, Vasteville, Héauville, Siouville, Tréauville, Flamanville, Le Rozel.

     
    A l’origine, ce ressort ne s’étendait qu’à la rade, au havre et au port. Aussi, par la suite et jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, les officiers de l’amirauté de Barfleur prétendirent-ils que les limites de leur siège atteignaient les confins de la paroisse de Tourlaville, que la Divette sépare de Cherbourg ; auquel cas, presque tout le port de Cherbourg aurait relevé de l’amirauté de Barfleur. C’était là une prétention ridicule, aussi n’avait-elle jamais été suivie d’effet. Cependant lors de la visite du commissaire Marc-Antoine Chardon, député pour la visite des amirautés du Royaume, les officiers de Cherbourg lui signalèrent la position excentrique de leur siège et formulèrent le souhait qu’il fût transféré au centre d’un nouveau ressort… augmenté, par exemple, de tout ou partie de celui de Barfleur… alors qu’il se trouvait présentement à l’extrémité du sien.

     

     

     

    Trafic maritime, pêche, ports secondaires.

    Dès la première moitié du XVIe siècle s’étaient effectués quelques armements pour la grande pêche à Terre-Neuve ; mais celle-ci ne connaîtra guère de vogue à Cherbourg et le nombre des bâtiments morutiers dépassera rarement trois à chaque campagne des XVIIe et XVIIIe siècles. En 1734, trois terre-neuviers de 60 à 75 tonneaux et 14 à 15 hommes d’équipage vont prendre leur sel à Saint-Martin-de-Ré et vendre leur pêche à Honfleur, Le Havre et Dieppe.

     
    La pêche à la baleine, si florissante sur les côtes du Cotentin dans les premiers siècles du moyen âge, connut une nouvelle vogue dans la seconde moitié du XVIIe siècle : en 1670, le sieur de Tourlaville possédait deux bâtiments, l’un de 400 tonneaux, l’autre de 150, spécialement équipés pour la capture de ces cétacés.

     
    Quant à la pêche côtière, elle était de fort peu d’importance la flottille locale comptait au plus 8 à 10 unités de un à deux tonneaux chacune. Par contre, les pêcheurs des environs et ceux des amirautés voisines apportaient la quasi-totalité de leur poisson à Cherbourg où se faisait un commerce considérable. Pour la police de la pêche, les officiers du siège étaient assistés de quatre gardes-jurés, élus chaque année par les marins des lieux et paroisses ci-après : Cherbourg, un ; Equeurdreville et Querqueville, un ; Omonville, un ; Digulleville, Herqueville et Flamanville, un. Ils procédaient à la visite des filets et à la destruction des engins prohibés par les ordonnances.

     
    Des trois ports secondaires de notre Amirauté, Diélette, Omonville et le Becquet, seul le premier nommé connut aux XVIIe et XVIIIe siècles une prospérité relative. Etabli à l’embouchure d’une petite rivière dont il porte le nom, en la paroisse de Flamanville, ce havre naturel se nichait dans un creux, entre des rochers plats que la mer couvrait et recouvrait à toutes les marées, ce qui rendait son accès difficile. Sa rade se révélait très dure et très dangereuse par vents de nord-ouest.

     
    Néanmoins, ou plutôt en raison même de ces défauts qui rendaient impossible toute surveillance effective et constante de la part des pataches des Fermes, Diélette, au XVIIe siècle, devint un des principaux centres de la contrebande des eaux-de-vie avec l’Angleterre. Aussi devant leur incapacité à réprimer cette industrie prohibée, que dirigeait la petite noblesse locale, les fermiers intervinrent près de l’intendant Foucault qui décida d’interdire le port à tout commerce.

     
    Cette solution draconienne, si elle décapitait la fraude, lésait aussi les intérêts des populations de l’arrière-pays. Et, le 28 décembre 1717, les habitants de Flamanville en sollicitèrent la main levée dans une requête à l’intendant où ils exposaient que cette interdiction entraînait leur ruine complète en les obligeant à transporter par voie de terre à Carteret, Portbail et Cherbourg les marchandises qu’ils recevaient de Saint-Malo, du Mans, de Rouen et autres pays étrangers. Transmise au Conseil d’Etat, avec l’appui du marquis de Flamanville et l’avis favorable du Conseil du Commerce, la requête obtint satisfaction par arrêt du 12 février 1718. Les Fermiers Généraux n’y mirent aucune opposition mais exigèrent, avant sa réouverture, l’établissement d’un bureau au port de Diélette.

     

     

    Le seigneur du lieu, de son côté, avait entrepris, dès 1715, à ses seuls dépens, d’importants ouvrages, qu’il fit poursuivre pendant une douzaine d’années, dont une jetée de 60 à 70 toises de long. En 1731, le port abritait deux brigantins de 10 à 12 tonneaux ; une gabarre de 6 tonneaux ; quatre bateaux de 2 à 4 tonneaux ; une barque de 60 tonneaux était en construction. A l’époque, Diélette se livrait à un commerce actif de pierre de taille (La pierre de taille de Flamanville était particulièrement estimée en Angleterre ; on l’utilisait pour l’encadrement des portes et des fenêtres, la Construction des escaliers et des citernes, etc..), bois de construction, pois, fèves, blé, toile, bestiaux, volailles avec Saint-Malo, Rouen, Jersey, Aurigny, Guernesey et les ports de la côte sud de l’Angleterre. Ses navires ramenaient de la morue sèche, des huiles, du moulage, du plâtre, etc..

     
    En 1751, Diélette devint port du roi et le gouvernement de Normandie en prit possession ; on s’empressa d’y effectuer divers travaux de réparation et de défense. En 1783, il y entrait seulement une vingtaine de navires, non compris les petits caboteurs de Cherbourg qui venaient y chercher des soudes de varech pour les porter à Rouen, Cherbourg et autres lieux.

     
    Un projet de contrebande officielle avec les îles anglo-normandes établi par le gouverneur de Cherbourg, Dumouriez, fut formellement désapprouvé par le duc d’Harcourt, gouverneur de la province.
    Voir ou revoir les articles sur la contrebande et les fraudeurs.

     

     

    Extrait
    Darsel Joachim. XIV. – Amirauté de Cherbourg. In: Annales de Normandie, 36e année n°4, 1986. L’amirauté en Normandie. Cherbourg et Cotentin. pp. 289-314.

     

     

     

     

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