• Fermeture du port de Diélette

    Cet article fait suite à « Projets de contrebande à Diélette »

     

    La fermeture du port de Diélette

     

     

    Interdiction du port

    Le port de Diélette a donc été interdit par l’intendant de la généralité de Caen, Nicolas Foucault. Bien entendu, les usagers de ce port en réclamèrent la réouverture, qui leur causait un réel préjudice. Un placet fut donc rédigé (acte de procédure) en 1717, par ceux de Flamanville, Les Pieux, Tréauville, Siouville et Benoistville, et adressé au ministre Amelot, en le faisant présenter à M. le Comte de Toulouse, président du conseil de marine, par M. le Maréchal de Villeroy. Ce placet était appuyé par le jeune Marquis de Flamanville, propriétaire du port qui avait été vendu à ses ancêtres vers 1522 par le possesseur du fief, qui était l’abbé de Saint Sauveur le Vicomte.

     

     

    On procéda donc à une enquête, et un mémoire signé Lepetit, fut rédigé pour appuyer cette requête.
    « Ce port, disait l’auteur du mémoire, est dans une petite anse formée par deux pointes de rochers dont l’entrée est à l’ouest, dans le milieu de laquelle il y a plusieurs roches qu’il faudrait rompre et enlever. Après avoir dépassé ces roches, les bateaux pêcheurs mouillent proche de la pointe du sud à sec. »
    Lepetit continuait, en estimant qu’il serait nécessaire de construire, depuis cette pointe, et vers le nord, une jetée de 100 toises (194 m) environ, travail dont il estimait le montant à 30.800 livres au moins.
    « L’ouverture de ce port, ajoutait-il, pourrait faciliter l’enlèvement des denrées des paroisses voisines que les habitants sont obligés de porter par charoys à Carteret ou Cherbourg qui en sont éloignés chacun de 4 lieues (18 km), pour les charger dans des bâtiments pour les transporter ailleurs et s’ils avaient la liberté de charger dans leur port, ils pourraient faire les mêmes transports avec des gabarres et petits bateaux propres à soutenir l’échouage sur un pareil fonds comme il se pratiquoit avant l’interdiction dudit port. »

     

     

    Amelot communiqua le dossier aux fermiers généraux et aux députés du Conseil du commerce, le 16 décembre 1717. L’avis ayant été favorable, un arrêt du Conseil d’État fut rendu le 12 février 1718, ordonnant :
    « que le port ou havre de Diélette en Basse-Normandie sera incessamment ouvert avec liberté d’y faire entrer et sortir des bâtiments de mer, à l’effet de quoi les fermiers généraux y établiront un bureau et des commis pour recevoir les déclarations des marchandises et soumissions des marchands, faire la visite des dites marchandises et percevoir les droits en la manière ordinaire, à la charge pour les marchands de se conformer aux dispositions portées par les ordonnances, arrêts et règlements de sa Majesté, sinon en cas de fraude ledit port de Diélette sera de nouveau interdit. »
    Cependant, l’affaire n’était pas terminée.
    Une lettre de M. des Carreaux, subdélégué de Valognes, nous apprend qu’il y eut des jalousies, le rétablissement du port « diminuant des droits des receveurs de la Romaine de Cherbourg et des autres bureaux de notre élection ». Des plaintes furent portées au Conseil du commerce dès le 1er juin 1718, sur les fraudes qui se commettaient sur le port rétabli.

     

    M. des Carreaux, prenant la défense des habitants, ajoutant :

    « Le directeur connait peu le génie des peuples de ce canton-là, car quoi qu’ils paraissent grossiers, ils en savent trop pour commencer la fraude dans un port dont la seule idée pourrait donner d’en défendre l’entrée. »
    Le subdélégué écrivait encore que la proposition de faire surveiller les côtes par un détachement d’invalides lui paraissait une erreur, et qu’ »une patache bien armée, bien servie et commandée par un brave homme fidèle et entendu empêcherait plus de fraude que deux régiments entiers dispersés dans les paroisses du bord de la mer, quand bien même les officiers et soldats auraient assez de complaisance pour recevoir les instructions des commis des fermes ». C’est d’ailleurs à cette solution qu’on devait s’arrêter.
    La résistance des bureaux fut surmontée assez rapidement puisqu’en cette même année 1718 fut installé à Diélette un bureau de Romaine, avec un receveur et deux gardes, pour percevoir les droits des fermes, dont le receveur comptait au bureau de Cherbourg. Ces droits montèrent d’abord à peu de choses, mais ils augmentèrent beaucoup par la suite.

    Les Inédits d’A.R

     

     

     

     

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