• Saint Germain et le serpent

    La légende de : «Saint Germain et le serpent», racontée par Jean Fleury dans Basse Normandie : contes, légendes et traditions de Basse Normandie, 1884.

     

    Le cadre de la légende du Trou Baligan

     

    A l’emplacement d’une grotte située au pied d’une falaise de Flamanville, la roche, riche en minerai fer, faisait apparaître une veine rouge. Ce qui inspira la légende de Saint Germain, évêque irlandais du Vème siècle envoyé en Normandie pour convertir les habitants.
    Le Trou Baligan a été détruit en 1978 lors des travaux de construction de la centrale de Flamanville.
    «Un serpent gigantesque, un véritable monstre, s’était établi autrefois dans cette caverne, leTrou Baligan près de Flamanville, dont il sortait de temps en temps pour faire une excursion sur la côte et s’emparer de tous les enfants qu’il trouvait sur son chemin ; il les emportait dans son antre pour les dévorer, et quand il les avait digérés, il se mettait en quête d’une nouvelle proie. Ces excursions se renouvelaient à peu près toutes les semaines ; la bête parcourait les hameaux et brisait au besoin les portes et les clôtures pour s’emparer d’une proie à sa fantaisie. Les habitants désespérés se décidèrent à faire sa part au monstre et chaque semaine on lui abandonnait un enfant désigné par le sort.
    Tout le pays était dans la désolation. On s’était naturellement adressé à Saint Georges, le destructeur de monstres, vénéré dans plusieurs paroisses du pays qui portent son nom, mais Saint Georges était demeuré sourd.

     

    Le trou Baligan
    Un matin, on venait d’amener un enfant au serpent, et l’on s’apprêtait à le lui abandonner lorsque l’attention de tous fut attirée par un objet singulier. Sur la mer, qui était alors calme et unie, on voyait un homme se tenir debout, une crosse d’évêque à la main, une mitre sur la tête, et une grande chape sur le dos ; il ne marchait pas, il semblait glisser : à mesure qu’il approchait on s’aperçut qu’il était porté sur une rouelle de charrue.

     

    C’était Saint Germain-la-Rouelle. La mer était haute, le saint aborda en face du Trou Baligan, et marcha droit au serpent. Celui-ci recula et fit un mouvement pour rentrer dans son antre où sa queue était restée comme celle de certains mollusques lorsqu’ils sortent à demi de leurs coquilles. Le saint lui barra le passage, et lui porta un coup de sa crosse ; l’animal se tordit à ce contact, fit quelques mouvements convulsifs, puis resta immobile et s’incrusta dans un bloc de granit, où on a pu le voir jusqu’au commencement du XIXe siècle.
    Après cet exploit, Saint Germain-la-rouelle bénit la foule qui s’était rassemblée sur la falaise et se confondait en actions de grâce, puis il s’éloigna sur sa rouelle comme il était venu, sans vouloir faire un plus long séjour dans le pays.

     
    Mais les habitants ne l’ont pas oublié. Plusieurs paroisses portent son nom : un plus grand nombre sont placées sous son invocation. A Flamanville, entre autres, le jour de la Saint Germain, les enfants sont conduits solennellement à l’église pour remercier le saint de la destruction du serpent et lui demander sa protection pour l’avenir. Saint Germain est toujours représenté avec un animal à ses pieds. L’animal varie. C’est le plus souvent un petit quadrupède fantastique vomissant des flammes. On place la même bête aux pieds de Saint Gire (Saint Gilles).
    Quelquefois, dit-on, on voit des enfants pleurer sans cause apparente et regarder dans certaine direction avec tous les signes de l’effroi. Les grandes personnes ne voient rien, mais on prétend que les enfants ainsi effrayés voient la bête de Saint Germain qui les menace. Pour faire cesser ces apparitions effrayantes, on se rend à l’église avec l’enfant, un prêtre lit sur sa tête l’évangile du jour, on lui fait baiser la bête et l’on assure qu’après cela la bête ne se manifeste plus.

     
    Antérieurement à la destruction du monstre, Saint Germain avait fait une première apparition à Flamanville. Il était venu demander aux habitants de Diélette un terrain pour bâtir une église avec ses dépendances. On lui accorda tout ce qu’il pourrait entourer d’un sillon de charrue avant le déjeuner. Grand fut l’étonnement quand, au lieu de charrue, on le vit se servir de son bâton qui, promené sur le sol, creusait un sillon aussi profond que si la charrue y était passée.
    Le don se trouva beaucoup plus considérable qu’on ne s’y était attendu, mais on ne contesta pas et l’église fut bâtie au pied de la falaise. Cette église n’existe plus, parce que la mer, après avoir rongé peu à peu le terrain environnant, finissait par la menacer. On l’a démolie au XVIIème siècle et reportée sur la hauteur à une demi-lieue de là. On montre encore l’endroit où elle s’élevait. Le cimetière qui l’entourait est devenu un pré.»

     

     

    L’affaire de l’église de Diélette est complexe.

     

    C’était vers 1090 que le seigneur Néel, vicomte de Saint-Sauveur, avait fait donation de cette église St Germain de la Mer et des terres voisines au bénéfice de l’abbaye de Saint Sauveur le Vicomte. Il les possédait pour les avoir reçues de l’un des précédents ducs de Normandie. C’était dans cette église que depuis le Moyen Âge les habitants de Flamanville faisaient leurs dévotions, n’ayant pas d’autre lieu de culte à proximité.

     

    En 1662, Hervé Basan, seigneur de Flamanville, en vertu d’accord de patronage obtenus par ses ancêtres au siècle précedent, obtenait de l’abbé de St Sauveur la cession du fief de Diélette, donc le patronage de la vieille église, ce qui lui permettait de gérer à sa guise, et notamment de la désaffecter. Après sa mort en 1666, suivie de l’édification de l’église de Flamanville, ce fut chose faite.

     

    Aussi, il sera décidé au XVIIe siècle d’en construire une nouvelle. Le châtelain, Hervé Basan, seigneur de Flamanville, lègue à cet effet 7000 livres et sa seconde femme 3000, mais à condition que les Flamanvillais fassent eux-mêmes le travail : charrois, maçonnerie, toitures… Ce qui sera réalisé en un an ! La consécration de cette nouvelle église aura lieu le jour de Noël 1670.
    De plan cruciforme, elle a la particularité de présenter à la jonction du choeur et du transept, de part et d’autre du bras, une petite chapelle voûtée d’arête. La nef à trois travées est couverte d’un berceau interrompu et s’ouvre à l’ouest par une tour carrée, le clocher-porche. La partie la plus remarquable de l’édifice est le carré du transept avec ses arcades et ses piliers en granit. Quatre statues de bois des XVIIe et XVIIIe siècles les ornent, dont Sainte Marie et Saint Germain. Les deux vitraux du milieu de la nef rappellent l’arrivée à Diélette de Saint Germain et la légende du trou Baligan : une histoire de dragon dévoreur d’enfants et qui avait été vaincu par le saint. On peut y voir un symbole de l’idolâtrie cédant devant l’évangélisation.

     

    carte RF

     

    Cependant, les Flamanvillais, après la construction de leur nouvelle église, restaient sentimentalement attachés au cimetière de Diélette, où leurs ancêtres étaient inhumés. Ce fut pourquoi ils obtinrent de conserver dans leur patrimoine paroissial ce qu’on dénomma « l’enclave du Mont Saint Gilles », autour des ruines de la vieille église, ce qui posa tant de problèmes après que la Révolution Française eut imposé les nouvelles délimitations communales.

     

     

     

     

     

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