• La grande histoire de la pêche à pied-10 et fin-Siouville-Saint-Vaast

    La grande histoire de la pêche à pied-10 et fin-Siouville-Quinéville

     

    Siouville-Quinéville (1)

     

    La configuration de la côte ne se prête guère à la pêche côtière. Le régime des courants en fait même un endroit peu fréquentable pour les canots. On peut suivre cependant depuis le XVIIIe siècle les aléas d’une activité qui au début du XXe siècle n’a pas été négligeable en ce qui concerne la pêche de l’ormeau.
    A Digulleville, on pratique des pêches à pied « entre roches ». Auderville en 1723, voit les pêcheurs abandonner leur profession. Ils ne sont que quatre riverains. A l’image de ceux qu’Herqueville, ils abandonnent la pêche « pour s’adonner à la culture des terres ».
    A Vauville et Siouville on ne tend que quelques cordes ou des boquets sur la grève. La pêche à la main reprend à partir du Rozel « où la côte abonde en toutes sortes de rocailles ». Les deux pêcheurs riverains déclarés ne doivent pas faire oublier ceux qui « en grand nombre pêchent entre les roches ». Pour le Masson du Parc, l’ingratitude des pêches, la stérilité des côtes et l’éloignement des villes (peu avantageux pour le débit du poisson), conduit les pêcheurs à devenir laboureurs.

     

    Siouville-Quinéville (2)

     

    Ormeau-Ormier-Gofiche, Gonfiche ou goufigue.
    « Depuis le Rozel jusqu’à Flamanville on pêche l’ormeau. Le syndicat de Diélette en estime la vente à 50 000 individu par an représentant environ 2500 Francs »
    Lorsque l’on suit la côte vers le Nord, ils réapparaissent à la Hague : « On la récolte aux grande marées d’équinoxe surtout au printemps, mais elles restent toujours à un niveau inférieur à celui auquel descend la marée et les pêcheurs doivent se mettre dans l’eau souvent jusqu’à la ceinture pour les prendre. Un pêcheur n’en prend pas plus de 80 par marée. On ne les exporte pas et même celles que l’on vend au marché de Cherbourg viennent de Bretagne ».

    Le syndicat d’Omonville estime à 14000 environ la quantité d’Haliotis récoltés par les pêcheurs en une journée. Leur prix de vente est d’environ 0,90 francs la douzaine et gros mélangés.

     

    Siouville-Quinéville (3)

     

    La pêche n’était pas très active dans les environs de Cherbourg, lors de la visite de Le Masson du Parc. En dehors de l’usage de la seine ou « rets à mulets » et du lanet à chevrette (nommée « creviche ») l’absence d’estran sableux au délà d’Omonville a conduit les riverains à pratiquer la pêche « à la ligne de mer à pied sur les roches ». Le Masson décrit longuement le montage de cette ligne frappée au bout d’une perche.
    Flies et Brelins blancs.
    En 1911, Jourdin constate que les patelles sont rarement vendues « exception cependant peut être faite pour le quartier d’Omonville qui envoie une assez grande quantité au marché de Cherbourg. La valeur totale de l’exportation est évaluée à 5000 francs. On les connait sous le nom de flies dans le pays. »
    « On mange aussi la Purpur lapillus qui est nommée brelin blanc, par opposition avec le bigorneau ou brelin noir (littorina littorea). Ce gastéropode qu’on mange, à ma connaissance que dans le nord du Cotentin se vend rarement sur les marchés ».
    Les informations orales relatives au début du XXe siècle évoquent le ramassage et la consommation des flies, « un régal pour les cherbourgeois ». Ramassées à Goury, elles étaient expédiées à Cherbourg par autocar. Ramassées à l’île Pelée, elles étaient revendues en ville au cri de « Esflies, ès flies de l’île ». Il semble que le « pot de flies » acheté le matin à l’embauche, ait été l’un des plats habituels des ouvriers de l’Arsenal vers 1900.

     

    Siouville-Quinéville (4)

    Siouville-Quinéville (5)

    Siouville-Quinéville (6)

    Siouville-Quinéville (7)

    Siouville-Quinéville (8)

    Siouville-Quinéville (9)

    Siouville-Quinéville (10)

     

    Au 18ème siècle, l’amirauté de Barfleur commence au pont de la Rivière de Ceres (Saire) jusqu’à la Divette.
    A réville, l’on pratique de petites pêches à pied entre les rochers. Lignes et filets pour les poissons mais aussi lanets (ou savenets) pour les crevettes (ou sauterelles). A Barfleur, l’activité principale dans le domaine du coquillage est le commerce des huîtres ou plutôt leur stockage dans des réservoirs où elles séjournent à Barfleur avant d’être expédiées vers Dieppe.
    Plus au nord, à partir de Gatteville, Le Masson constate que la pêche à pied n’est guère praticable et se limite à quelques filets posés entre les roches pour la pêche des homards. Les mêmes vont d’ailleurs tendre aussi en bateau. Il en va de même à Cosqueville où l’on fait un intense commerce de homard avec les Anglais. Le nombre élevé de pêcheurs riverains (24) en est le signe. Les falaises de Fermanville et les forts courants du Cap Levy rendent ces pratiques difficiles.

    Même situation à Maupertus :
    « Les pêches à pied ne s’y peuvent pratiquer, pêcheurs se servent seulement de petits lanets pour pêcher quand ils le peuvent les chevrettes et les sauterelles entre les rochers ».

     

    Siouville-Quinéville (11)

    Siouville-Quinéville (12)

     

    Les pêcheurs à pied de Saint-Marcouf, dont Le Masson visite les maisons (16 au total) sont surtout occupés à tendre des filets et à entretenir des bas et haut parcs (pour le colin, les brèmes ou le hareng). C’est à Quinéville que la pêche des grèves est la plus active. Elle a d’ailleurs augmenté « depuis sept à huit années » : « outre les pesches à pied qu’ils font d’huîtres, de moules, de crabes et de rocailles sur les rochers à la basse-eau, les riverains y viennent aussi recueillir des coques, des vignots et des manchots ou couteaux, dont il se fait une grosse consommation durant le Carême dans tous les lieux voisins de cette côte ».
    Saint-Vaast-la-Hougue est évidemment le grand port de l’Amirauté. La pêche y est abondante et les mareyeurs la « chassent » jusqu’à paris. Les pêcheurs à pied y sont surtout tendeurs de filets plus que ramasseurs de coquillages.
    Les moules de Réville et Tatihou
    Au début du XXe siècle, seules les côtes du Val de Saire recèlent des gisements alors que les moules semblent rares sur les côtes ouest et nord du Cotentin (à l’exception de la moulière du pont-tournant dans le port même de Cherbourg !). A Saint-Vaast, les roches de Dranguet et ceux de la Dent sont couvertes de moules. Leur surexploitation et le renouvellement périodique ont été étudié par Pierre Fauvel entre 1895 et 1910.

     

    Siouville-Quinéville (13)

    Siouville-Quinéville (14)

     

    Des coquillages en voie de disparition
    En 1911, Joubin note la disparition quasi-totale de la coque blanche (cardium edule) à l’exception de l’anse du Cul de Loup et du Rhum de l’îlet, au sud-est de l’pile de Tatihou. Il en est de même pour la coquille Saint-Jacques « autrefois abondante au large de Saint-Vaast »
    Le manchot noir
    C’est à Saint-Vaast, en particulier sur les bancs de sable de la jetée qu’est pêché en abondance « Solen ensis », nommé « manchot ».

     

    Siouville-Quinéville (15)

    Siouville-Quinéville (16)

     

     

    Les autres articles de la série:

    La grande histoire de la pêche à pied-1

    La grande histoire de la pêche à pied-2 La baie du Mont Saint-Michel

    La grande histoire de la pêche à pied-3 La baie du Mont Saint-Michel(suite)

    La grande histoire de la pêche à pied-4 La région de Granville

    La grande histoire de la pêche à pied-5-Les îles Chausey

    La grande histoire de la pêche à pied-6-Donville-Montmartin

    La grande histoire de la pêche à pied-7-Coutainville

    La grande histoire de la pêche à pied-8-Blainville-Gouville

    La grande histoire de la pêche à pied-9-Pirou-Carteret

    La grande histoire de la pêche à pied-10 et fin-Siouville-Saint-Vaast

     

     

     

     

     

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.