• Menace marine : espèces invasives

                    Menace marine : espèces invasives

    Un aperçu du problème des espèces marines envahissantes.

    Plus de 70% de la terre sont couverts par les océans et les mers les plus importantes, et l’on compte plus de 1,6 million de kilomètres de côtes. Nos habitats marins sont, au point de vue biologique, riches et extrêmement variés, allant des eaux côtières peu profondes aux fosses abyssales. Des populations entières dépendent à titre divers des ressources fournies par les océans pour leur survie et pour leur bien-être. Plus d’un milliard d’êtres humains ont le poisson comme principale, voire comme seule source de protéines animales. D’autres ressources marines telles que les coquillages ou les algues leur assurent des moyens de subsistance grâce à des récoltes durables, tandis que, le long des côtes, le tourisme procure de nombreux emplois et génère des revenus. Dans les seules îles Key, en Floride, le tourisme sur les récifs rapporte plus d’1,2 milliard de dollars US chaque année.
    Mais notre monde marin est en danger : la surexploitation de ses ressources, la destruction des habitats, la pollution et les changements climatiques entraînent tous une perte de la biodiversité. Toutefois, il faut se rendre compte que la menace la plus insidieuse est celle que causent les espèces invasives marines.

     

    Menace marine invasifs (1)

     

    Les habitats marins sont peuplés de différentes espèces d’animaux, de plantes et de microorganismes qui ont évolué séparément, isolés par des frontières naturelles. Mais les hommes ont franchi ces barrières, que ce soit en bateau, en avion ou avec d’autres moyens de transport. Par conséquent, les espèces se déplacent aujourd’hui vers de nouvelles zones situées bien au-delà de leur aire de répartition naturelle.
    Les espèces qui, suite à des activités humaines – qu’elles soient intentionnelles ou pas, ont été déplacées vers des régions où elles ne vivent pas naturellement sont dites « espèces introduites » ou « espèces exotiques ». Nombreuses sont celles qui périssent dans leur nouvel environnement, mais certaines prospèrent ; elles commencent à prendre le pas sur la biodiversité native et touchent le mode de vie des populations – ce sont les espèces envahissantes ou invasives. Lorsqu’une espèce s’installe dans un nouvel environnement, il est peu probable qu’elle soit encore l’objet des contrôles naturels qui maintenaient sa population en équilibre dans son aire de répartition naturelle. Sans ce contrôle exercé par des prédateurs, des parasites ou des maladies, ces espèces ont tendance à se multiplier rapidement, au point qu’elles peuvent devenir dominantes dans leur nouvel environnement. Les espèces invasives marines ont déjà un impact énorme sur la biodiversité, les écosystèmes, la pêche et la mariculture (la reproduction et l’élevage d’organismes marins pour la consommation humaine), la santé humaine, le développement et les infrastructures industriels. Les espèces exotiques peuvent être transportées de diverses façons : dans l’eau embarquée par les navires pour servir de ballast ou en se fixant à la coque des bateaux, en passagers clandestins dans le matériel de plongée ou des emballages, dans les cargaisons d’organismes vivants vendus comme appâts ou nourritures fines, ou encore comme agents pathogènes parasitant d’autres organismes.

     

    Menace marine invasifs (2)

     

    Des océans en mouvement
    Les organismes marins se déplacent autour du monde depuis des milliers d’années, à la faveur des courants océaniques, fixés à du bois flotté, et ils ont plus tard été aidés par les voyages des hommes qui migrent ou qui commercent de par le monde. Ce qui est nouveau, c’est la vitesse et le volume des organismes marins qui sont transportés. L’augmentation rapide du commerce et des voyages maritimes signifie que nous sommes désormais capables de déplacer plus d’organismes en un mois dans le monde entier (dans l’eau de ballast des bateaux) que nous ne le faisions jadis en un siècle. On estime que 7 000 espèces sont transportées dans le monde entier chaque jour dans l’eau de ballast et que 10 milliards de tonnes d’eau de ballast sont transportées chaque année de par le monde.
    Des archives archéologiques montrent qu’après que les Vikings ont découvert l’Amérique, leurs embarcations en ont ramené la mye des sables (Mya arenaria) chez eux,

     

    Menace marine invasifs (3)

     

    probablement pour la consommer. La mye est aujourd’hui répandue dans toute l’Europe du Nord. Pour citer James T. Carlton, un expert des espèces invasives : « nous avons mis le monde biologique de l’océan en marche il y a très longtemps, et cela continue aujourd’hui ».
    Les bateaux constituent le moyen de transport idéal pour de nombreuses espèces, qu’elles soient marines ou terrestres. Les vaisseaux utilisés par les explorateurs aux 15ème et 16ème siècles ont dû être pleins de passagers marins clandestins. L’eau des cales devait contenir des larves planctoniques embarquées à Lisbonne, au Portugal, et transportées à travers tout l’Atlantique jusqu’en Amérique du Nord. La partie de la coque de bois située sous la ligne de flottaison devait grouiller d’une vie qui allait des algues et des bernacles aux tarets et aux crabes (les crabes vivant dans les trous creusés dans la coque par les tarets). Beaucoup de ces organismes n’ont probablement pas survécu à la traversée, mais il y en a certainement suffisamment qui l’ont fait et qui ont été relâchés dans des endroits nouveaux. À chaque nouveau port, des échanges d’organismes ont dû se passer, et de nouveaux individus ont pu coloniser les bateaux avant d’être emportés vers de nouvelles destinations étrangères.
    Dans les années 1800, les transports maritimes transatlantiques ont augmenté de façon spectaculaire, et de nombreuses espèces ont été transportées entre l’Europe et la côte est de l’Amérique du Nord. Le bigorneau (Littorina littorea)

     

    Menace marine invasifs (4)

     

    a été transporté au début des années 1800 et il est maintenant répandu du Canada au New-Jersey. Il a considérablement modifié l’écologie de ces côtes et il a délogé l’escargot natif (Nassarius obsoleta).

     

    Menace marine invasifs (5)

     

    À son tour, cet escargot fut transporté vers la côte pacifique des Etats-Unis où il a déplacé l’escargot local (Cerathidia californica).
    C’est aussi au début des années 1800 que le crabe enragé européen (Carcinus maenas)

     

    Menace marine invasifs (6)

     

    fut embarqué vers l’Amérique, enfoui dans les trous creusés dans la coque des bateaux par les tarets. De la même façon, le crabe américain (Rhithropanopeus harrisii)

     

    Menace marine invasifs (7)

     

    fut transporté en Europe à la fin des années 1800. Le crabe enragé européen, en particulier, a causé d’énormes dommages environnementaux.

     

    Menace marine invasifs (8)

     

    Petits et grands
    Du plus petit au plus grand, des organismes peuvent devenir des envahisseurs. Des algues japonaises microscopiques ont récemment été découvertes en mer du Nord alors que des crabes exotiques géants du Pacifique, de plus d’un mètre, arpentent la côte norvégienne. Tout autour du monde, des poissons, crabes, moules, palourdes, méduses, coraux, ascidiens, algues, zostères, herbes des marais, mais aussi des pathogènes microscopiques, sont autant de formes vivantes qui ont tout mis sens dessus dessous après avoir été introduites. Les impacts des invasions marines sont très divers : les touffes de spartine peuvent coloniser de grandes étendues de bancs de boue et d’estuaires, détruisant ainsi le milieu où vivent des mollusques. L’algue Caulerpa

     

    Menace marine invasifs (9)

     

    peut faire la même chose sur le fond marin ; les crabes enragés européens sont des prédateurs voraces qui tracent leur chemin en dévorant la vie marine partout dans le monde ; et des essaims de méduses venimeuses forment une « ceinture de méduses » au large d’Israël. Il est probable que les changements climatiques vont favoriser les espèces introduites en de nombreux endroits et ils pourraient bien en intensifier l’impact.

     

     

     

     

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.