• Le crabe royal de Varanger

    Le crabe royal de Varanger (Paralithodes camtschaticus)

    est la plus grande espèce de crabes au monde. Le plus grand crabe ayant été attrapé à Varanger pesait 15 kilos pour presque 2 mètres d’envergure. Il existe également quatre autres espèces de crabes vivant dans le nord de l’océan Pacifique, la mer de Bering, ainsi qu’au large des côtes californiennes. En russe, ces crabes sont appelés « crabes du Kamtchatka », tandis qu’en anglais, on les appelle « crabes royaux rouges ». Les crabes royaux se trouvant actuellement à Varanger atteignent une circonférence beaucoup plus grande que ceux vivant dans les autres eaux maritimes. Le poids moyen d’un crabe royal pêché en Alaska varie entre 2 et 3 kilos, contre un poids moyen de 4 à 5 kilos pour ceux vivant à Varanger.
    La période norvégienne pour la pêche du crabe royal dure du mois d’octobre jusqu’au mois de décembre. L’ouverture de la saison du crabe est marquée chaque année par un grand festival du crabe royal, le Polar Spectacle. Avec le homard, le crabe royal est l’espèce la plus chère produite en Norvège, et ce à juste titre. Le crabe royal est une grande délicatesse reconnue dans le monde entier. Le crabe royal de Varanger a été choisi comme l’un des ingrédients principaux dans le concours culinaire international du Bocuse d’Or ayant eu lieu en France en 2007. Ainsi, un dîner gourmet avec du crabe royal bien frais vous fera vivre une expérience inoubliable.

     

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    Une nouvelle espèce à Varanger

    Le crabe royal a été transféré de l’océan Pacifique dans la mer de Barents au début des années 60. Ce qui représente près de 2000 crabes femelles, 1000 crabes mâles, 10.000 jeunes crabes âgés de 1 à 3 ans, ainsi que 1,5 million de larves.
    La plupart de ces crabes venaient de la mer du Japon, tandis qu’une minorité venait de la mer d’Okhotsk, au large du Kamtchatka, c’est pourquoi on les appelle parfois « crabes du Kamtchatka ».
    Les crabes royaux ont été introduits dans le fjord de Murmansk afin dea développer la population locale dans la région. Depuis, les crabes se sont dispersés dans le fjord de Varanger, aussi bien vers l’est que vers l’ouest, dans le sud de la mer de Barents, pour probablement s’y fixer. Le crabe royal est actuellement une ressource précieuse pour les pêcheurs locaux, mais il ne faut toutefois pas oublier le fait que le crabe royal est une espèce introduite. On ne sait encore que peu de choses sur les éventuels effets néfastes du crabe royal aux dépens de la faune originaire de la région.

    Des fonds marins aux eaux peu prodondes pour muer
    Le crabe royal est une espèce vivant dans les eaux froides et salées, de préférence dans les eaux maritimes où la salinité est de l’ordre de 3,5 – 4 %, et où la température varie entre 2 et 7 °C, selon la période du cycle de développement.
    Le crabe royal peut se trouver à partir de quelques mètres de profondeur, et jusqu’à 500 mètres de profondeur, selon l’âge, le sexe et la saison. Les crabes adultes se rassemblent en groupes, selon le sexe et la taille, à des périodes définies durant l’année.
    Pendant les périodes de couve, de frai, et d’accouplement au printemps, les mâles et les femelles vivent ensemble au sein de grands groupes, tandis qu’ils vivent séparément le reste de l’année.

    Le crabe royal possède un schéma annuel de migration. Ce sont tout d’abord la reproduction et la nourriture qui gouvernent ce schéma. Au printemps, les crabes adultes se rassemblent en masse dans les eaux peu profondes pour frayer et s’accoupler. Au bout de 2 à 4 mois, ils migrent graduellement vers des eaux plus profondes, probablement pour trouver de la nourriture. Les crabes hibernent en eaux profondes (300-500 mètres) avant de revenir à nouveau vers des régions moins profondes (5 à 60 mètres) vers la fin de l’hiver et le début du printemps. Des recherches approfondies sur le régime alimentaire du crabe royal dans le fjord de Varanger montrent que ce dernier est généralement omnivore. Le crabe royal se nourrit en tout temps de ce qui lui est le plus facilement accessible.

    Tout comme les autres crustacés, le crabe royal possède un exosquelette impliquant le besoin de changer de carapace afin de pouvoir grandir. Lors de la mue, le crabe se débarrasse de toutes les parties du corps étant dures et contenant de la chitine. Tout d’abord, une nouvelle carapace se forme sous l’ancienne. Le corps se gonfle et la vieille carapace éclate en des endroits définis. Le crabe sort ainsi à reculons de celle-ci. Durant les jours qui suivent, la nouvelle carapace est complètement molle, et le crabe ne peut que difficilement se déplacer, ce qui le rend très vulnérable aux éventuels prédateurs. Cependant, il semblerait que les grands crabes royaux n’en aient que très peu.

    Le crabe royal fait des ravages en Norvège.
    Solution? Le pêcher et le manger

    Si les adeptes du terroir grignotent la carotte ou la betterave de leur région ou de leur potager, les gourmets-prédateurs, eux, s’interposent entre les espèces envahissantes et les plus faibles pour rétablir l’équilibre.
    Un exemple ? Le burger au sika, savoureuse solution concoctée par le Japon, aux prises avec une surpopulation galopante de cerfs sika d’Hokkaido. (Les autorités de cette île estiment le nombre de ces cervidés à plus de 400 000, et la chasse annuelle ne suffit pas à ralentir leur prolifération.) À Hawaii, les visiteurs de Molokai peuvent prendre part à des chasses écolos de chèvres et sangliers sauvages, protégeant ainsi les forêts tropicales menacées par ces espèces. Et si le kangourou est l’emblème australien, il fait aussi l’objet d’une chasse annuelle hautement réglementée. Sa chair très maigre est apprêtée de multiples façons, des succulents médaillons en sauce aux salades thaïlandaises. (Notez que tous les efforts des gourmets-prédateurs sont soumis à une réglementation très stricte des gouvernements locaux.)
    Ce qui nous ramène au crabe royal de Norvège.

    Nous enfilons nos combinaisons hivernales de flottaison, sautons dans le Zodiac et sortons de l’anse protégée du fjord pour gagner le large et le coin de pêche au crabe favori d’Øie. Le canot ancré, nous débarquons sur une glace de 2 m d’épaisseur, où Øie aide les membres de notre petit équipage à enfiler de grands condoms orangés (des tenues de survie imperméables, en fait), avant de revêtir sa propre combinaison étanche et sa tenue de plongée et de s’enfoncer silencieusement dans la mer, ne laissant derrière lui que quelques bulles noires.
    Øie est d’ordinaire le seul à plonger en raison du coût de l’équipement et des assurances (bien que le chef Gordon Ramsay ait lui-même pêché son crabe ici). Quant à nous, nous faisons ce qui nous semble le plus évident : nous plongeons dans l’eau glaciale et flottons dans le bonheur, telles des citrouilles amusées de leur soudaine apesanteur. Je fais la planche, battant des jambes et des bras comme un ange. Bien qu’inutile, cet exercice est férocement amusant.

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    Glaces dans le fjord.

    Puis, Øie émerge des profondeurs, victorieux, avec une douzaine de crabes royaux géants, grouillants, piquants, menaçants et alléchants, cueillis sur le lit de la mer. Certains ont la taille de chats domestiques, d’autres celle d’oursons. « Depuis huit ans qu’il se livre à cette activité, Lars n’est jamais remonté les mains vides », me confiera plus tard Guro Brandshaug.

    De retour à la base, une marmite d’eau de mer bout sur un poêle extérieur au propane, enveloppant Mme Brandshaug de vapeur. Elle pique les crabes au cœur, « pour les saigner instantanément ». On leur coupe les pinces, que l’on cuit pendant environ 12 min. Ce festin de pinces de crabes, accompagnées de tranches de citron, d’une sauce à base de crème sure, de mayonnaise et de poireaux frais et d’épaisses tranches de pain norvégien, est servi dans des assiettes débordantes. Je retrousse mes manches, saisis une paire de ciseaux de cuisine… et passe à l’attaque.
    Ce crabe ne ressemble à aucun fruit de mer que j’aie mangé : plus tendre que le homard, moins juteux que les pétoncles, il goûte la mer de Barents et la féerie norvégienne. J’en reprends si souvent que j’en ai mal aux doigts à force de briser et de craquer les coquilles pointues, et mes manches sont noyées dans le jus de crabe et l’eau de mer. Un grand bol de coquilles rouges et vides repose devant moi, et ma panse est pleine. Mission accomplie.

    Les écologistes et les pêcheurs norvégiens tirent la sonnette d’alarme en raison de la menace posée par des envahisseurs qui viennent de Russie à une vitesse inquiétante le long de la côte norvégienne – le crabe royal géant (Paralithodes camtschaticus).
    L’espèce est originaire du Pacifique nord, depuis les abords de la péninsule du Kamtchatka, en Sibérie, jusqu’à Hokkaido, au Japon, vers le sud, et le long des Aléoutiennes, du côté de l’Alaska. C’est un omnivore vorace qui dévore de grandes quantités de toute matière animale ou végétale comestible qu’il trouve, y compris des œufs de poissons et d’autres crabes. Il met environ dix ans pour arriver à maturité, il peut vivre 30 ans et atteindre un poids de 10 kilos et une taille d’1m50. Il n’a pas de prédateurs naturels en Europe.

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    En 1960, des économistes soviétiques ont approuvé l’introduction du crabe pour augmenter les prises des industries locales. Des crabes furent capturés sur la côte pacifique de l’Union Soviétique, transportés de l’autre côté du pays et relâchés dans la mer de Barents. Pendant près de deux décennies, peu de choses ont changé, puis soudain, fin des années 1980, les crabes ont commencé à s’étendre vers l’ouest ; depuis 1992, l’espèce est apparue en grand nombre dans les eaux norvégiennes. Elle a depuis lors gagné les îles Svalbard et se propage désormais vers le sud, le long de la côte du Finnmark, en Norvège. On prévoit que le crabe pourrait finir par atteindre le Portugal ; en 2006, il a atteint les Lofoten.
    Le crabe a causé de sérieux problèmes dans les pêcheries locales le long de la côte de Barents ; il tue des espèces de poissons et de coquillages très intéressantes pour le commerce et endommage les filets de pêche. Cependant, certains ont commencé à attraper les crabes et en ont fait une source de revenus très lucrative – les crabes sont exportés vivants vers des restaurants sélects de Londres.
    Mais les impacts écologiques du crabe ne sont pas bien connus. Par conséquent, si les pêcheurs touchés et les environnementalistes ont exprimé leur inquiétude au sujet du nombre croissant et de la dispersion de ces crabes, ceux qui y trouvent un intérêt commercial arguent qu’il n’y a aucune preuve définitive que le crabe géant exotique soit en train de causer des dommages écologiques à grande échelle.

    Malheureusement, s’il y a une chose que nous devrions avoir apprise des invasions biologiques dans le monde entier, c’est que l’absence de preuve n’est pas la preuve de l’absence. Si nous attendons jusqu’à ce qu’une espèce introduite devienne clairement envahissante, il est trop tard pour faire quoi que ce soit. C’est pourquoi les espèces exotiques doivent être traitées selon le principe de précaution : chaque espèce exotique doit être gérée comme si elle pouvait s’avérer envahissante, jusqu’à ce que des preuves convaincantes montrent qu’elle ne présente pas ce risque.

    Dans le cas du crabe royal, il faudrait empêcher toute nouvelle dispersion. Les autorités russes et norvégiennes ont accepté que les crabes qui se trouvent à l’ouest de 26° E (le cap Nord norvégien) relèvent de la gestion nationale norvégienne. La Norvège encourage la capture des crabes à l’ouest du cap Nord pour essayer d’enrayer leur propagation. Cependant, étant donné que les pêcheurs de crabes commerciaux opèrent dans les zones de fortes densités des crabes plutôt que dans la zone du « front de l’expansion » où la densité est plus faible, il reste à voir si ces pêches au crabe seront efficaces pour réduire toute propagation future.

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