• Mieux pêcher le bar pour en vivre mieux.

    Mieux pêcher le bar pour en vivre mieux.

     

    Au cours des années 90, une flottille de pêche bien précise, les ligneurs de la Pointe de Bretagne qui utilisent uniquement une ligne avec un ou des hameçons au bout (et non pas des filets ou des engins de pêche, comme le chalut ou la drague, plus destructeurs pour l’environnement marin) fut confrontée à une crise sans précédent. Leur activité de pêche était de moins en moins rentable, du fait principalement d’un véritable écroulement des prix de ventes de l’espèce-cible de leur activité : le bar.

    L’explication de cette détérioration rapide de leur situation était simple : le développement de la production du bar d’aquaculture et son apparition sur les étals des poissonneries, sans mention spécifique et à un prix très bas. En quelques mois, le prix du bar pêché à la ligne chuta donc de plus moitié, pour quasiment s’aligner sur le bar d’élevage.
    En Ethiopie

     

    Concertation et solution

    Dès lors, ces quelques 120 patrons-pêcheurs décidèrent de faire connaître aux consommateurs la différence qualitative entre leur poisson sauvage, pêché à la ligne et le reste de la production de bar. Le cahier des charges détaillait le travail du poisson, son éviscération, le glaçage et un engagement fraîcheur (temps maximal entre pêche et vente) ; en outre, il prévoyait l’adoption par les ligneurs, d’une attitude de gestion responsable de la ressource, en observant, par exemple, un moratoire (suspension) annuel et volontaire de pêche durant la période de frai (reproduction). Le stock de poisson n’était donc pas exploité lors de la concentration des poissons et alors que les femelles étaient pour la plupart grainées (porteuses d’œufs)

    Cette différenciation sur le marché passa par la création d’une marque collective (proche d’un label), pincé sur les ouïes de chacun des bars pêchés… Ainsi mareyeurs, poissonniers, restaurateurs et consommateurs pouvaient faire leurs achats en toute connaissance de cause.

    En quelques mois, la différenciation par le « label » engendra une augmentation sensible des prix du bar de ligne, sur le marché et sur les étals. Ce poisson noble, pêché d’une manière qui lui confère une très grande qualité gustative et qui est plus respectueuse de l’environnement, vit son prix moyen plus que doubler ! Ainsi, le bar de ligne, produit de la pêche artisanale des ligneurs bretons, retrouva son statut de poisson « haut de gamme », bien supérieur au bar d’aquaculture, et même de chalut, voire de filet.

    L’histoire ne s’arrêta pas là !
    Les conséquences de cette démarche de différenciation ne furent pas qu’économiques. En effet, l’augmentation sensible du prix de leur poisson permit aux ligneurs, non seulement de retrouver un revenu égal à ce qu’il était avant la crise, mais de s’accroître de près de 20%. Cette nouvelle donne économique engendra également un changement du comportement de pêche de ces ligneurs. Dans leur grande majorité, bénéficiant d’une situation matérielle plus convenable, ils réduisirent sensiblement leur effort et leur temps de pêche (nombre de sorties en mer) ou/et adoptèrent une technique de pêche moins « rentable », mais également réduisant la pénibilité et la dangerosité (passage de la palangre à la ligne intégrale).

    Cette nouvelle attitude d’exploitation eut donc des répercussions positives sur la préservation des stocks naturels de bars.
    Si cette marque collective « Bar de ligne de la Pointe de Bretagne » ne peut être considérée comme un « écolabel » au sens strict du terme (car sa vocation première n’était pas de préserver le stock de bar, mais de le valoriser économiquement), le résultat de la démarche n’en est pas moins proche : l’exploitation durable de cette ressource marine. En effet, une écolabellisation signale que des mesures spécifiques ont été prises par le producteur, pour préserver la ressource et éviter ou limiter des effets indésirables sur l’écosystème et l’environnement.

    Cette préoccupation environnementale durable était déjà présente, bien que non explicite dans la démarche des ligneurs (moratoire durant la période de frai), mais, aujourd’hui, ces mêmes producteurs, riches de leur première démarche, veulent aller plus loin et travaillent à la mise en place d’une écolabellisation à part entière sur leur pêcherie de bar, telle celle proposée par le Marine Stewardship Council (MSC organisation indépendante mondiale, à but non lucratif, ayant pour objectif de trouver une solution au problème de la surpêche).

     

     

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.