• La grande histoire de la pêche à pied-3 La baie du Mont Saint-Michel(suite)

     

    La grande histoire de la pêche à pied-3

     

    Lorsque dans sa visite Le Masson se rend dans la paroisse de Saint-Léonard-en-Vains, il inspecte les « huttes » de pêcheurs puis leurs maisons. Il y trouve des « rets à poissons plats, des rets à mulets, des bichettes, des dranets ou petites seines ». Il note que « l’on peut regarder tous les sauniers qui travaillent aux salines de cette côte comme de vrais pêcheurs de basse-eau, ceux qui en font particulièrement la profession se montent suivant le rôle au nombre de 5 personnes seulement. Ils ont pour nom Jacques Ribert, Francis Abraham, François Dupont, Gilles Canard et Jean Monet.
    A défaut de pouvoir suivre, comme à Genets, l’évolution de la population de pêcheurs pendant le 19° siècle, on est obligé de seulement constater à travers témoignages et souvenirs, la permanence de l’activité jusqu’à 1970 environ. Depuis 1900, il ne reste plus de pêcheurs en activité et la population de la commune s’est complètement renouvelée.

    Les trois âges d’une coquetière.

    Trois photos retracent la vie d’Eugénie Gassot, femme de pêcheur et coquetière.
    vers 1910, à la chaussée, dans la cour où habitaient les Letellier, les Jugan et les Braque. Eugénie Gassot est la petite fille à gauche, à côté de la dame vêtue de noir (Alexandrine Jugan).

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    vers 1950, sans doute sur la grève de Genêts, retour de trois coquetières Eugénie Gassot est à gauche, au centre Marie-Louise Lefranc et Adolphine Debroise à droite.

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    vers 1960, dans la cour des Jugan et Letellier. Eugénie Gassot, à l’âge de la retraite, est devant sa maison entourée d’Emmanuel Letellier (« titi ») et de quelques nouveaux occupants de la cour, enfants de résidents secondaires.

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    Le Bec d’Andaine

    Le chemin de fer côtier facilita, dès la fin du 19ème siècle, la liaison entre Avranches et le Bec d’Andaine. Les citadins pouvaient venir pour une journée à la plage s’initier aux bains de mer ou à la pêche à la crevette.

    Coquetières: femmes des sables.

    En1723, 11 tendeurs de basse-eau sont dénombrés (ils ont entre 15 et 40ans), Le Masson souligne tous les risques que prennent ces pêcheurs riverains : »Ceux qui font dans cette baie la pêche de basse-eau avec des instruments à la main ont la précaution de ne continuer au flot que jusque la marée les atteigne jusqu’aux hanches. Pour lors ils sont forcés de cesser et de fuir de toutes leurs forces. Un seul instant les gagnerait et les ferait périr sans ressource. La marée de cette baie y [venant] subitement et se retirant de même ». Ces instruments à la main sont aussi bien les bouteux (bichettes à crevettes) que les multiples outils à fouir les sables, immenses réserves de coques dont l’ampleur est encore constatée au début du XX° siècle. Comme on peut le voir sur la carte, toute la grève moyenne, depuis le Vivier jusqu’au dessus de Carolles, n’est qu’un immense banc de coques. On estime à 20000 hectolitres par an ce qui est récolté entre le Vivier et le Mont-Saint-Michel. Dans le fond de la baie, sur le syndicat d’Avranches, la quantité est évaluée à 900 hectolitres pêchés cette année du 1er janvier au 30 mai, et valant 10000 francs environ. Jusqu’à Granville, on en trouve encore, mais en moins grande quantité, recueillies et évaluées à 250 hectolitres environ valant 12 à 15francs.

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    L’iconographie du début du XX’ siècle indique clairement la division du travail entre les sexes. Elle montre des pêcheurs (portant la »raquette »à saumon ou des foènes) et des « coquetières »(chargées de sacs remplis de coques blanches).A l’intérieur du couple la répartition des taches était claire.
    L’homme ne ramassait les coques qu’accessoirement, les femmes ne pêchaient pas le saumon et ne tendaient pas les filets à crevettes. Elles participaient seulement, avec les enfants, à la mise en œuvre de la seine (à marée montante, lorsque le doris familial revenait du « pied de mer »).
    On y trouve des catégories de professions différentes suivant les enquêtes. En 1872, la population maritime s’y trouve répertoriée en: « pêcheurs »(21), « marins »(6), « coquetières » (6)et pêcheuses »(4), soit 47 chefs de famille sur 777 habitants dans la commune. Pour les « marins », il est en général précisé : « fait la pêche aux îl es Saint-Pierre », c’est-à-dire qu’ils embarquent à la pêche à la morue. Parmi les pêcheurs, on trouve en majorité des hommes mais aussi des femmes; notées « chef de famille »(3).

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    Elles ont respectivement 31, 56 et 41ans. Sont-elles veuves? A ce titre, elles pratiquent peut-être tous les métiers (notamment la pêche: aux filets) que pratiquaient les hommes.Elles sont clairement différenciées des coquetières. En1872, celles-ci: sont au nombre de six. Toutes ont plus de 50ans et sont bien « chefs-de famille ». II s’agit de Julienne Duval (50ans), Victoire Canterelle (79), Jeanne Lacour (65ans), Louise Blin (62ans), Marie Lebon (50ans) et Hortense Blandin (60ans). II faudrait une étude généalogique pour établir leur destin matrimonial.

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    Peut-être sont-elles, elles aussi, veuves de pêcheur. Les autres recensements sont moins précis et ne distinguent que «pêcheurs » et éventuellement « pêcheuses »(852). Dans ce bilan très approximatif il ne faut pas oublier que sans doute toutes les femmes (et enfants) de pêcheurs étaient aussi plus ou moins « coquetier ». En 1886 on trouve 43 pêcheurs chefs de famille (dont seulement trois pêcheuses). On peut supposer qu’avec ce chiffre, il devait y avoir près d’une centaine de personnes à se rendre régulièrement à la grève. Après 1950, ce chiffre a régulièrement diminué pour s’éteindre dans les années 70.

     

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