• La Raie bouclée

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    source:  normandiefraicheurmer.fr

     

    Description :

    De très nombreuses espèces rentrent dans la vaste famille des raies : Au moins 18 pour nos eaux. Au maximum, les tailles atteignent 1,20- 1,30 mètre. Les raies, poissons cartilagineux proches des requins, sont adaptées pour vivre sur le fond avec leur corps aplati. Ces fonds sont généralement meubles et nombre de raies s’y enfouissent. Elles sont généralement actives la nuit où elles chassent à l’affût poissons et crustacés, plus accessoirement vers et mollusques. Leur bouche étant ventrale, les proies rapides sont plaquées au sol pour être plus facilement dévorées. La fécondation est interne et les œufs, cornés, sont enfouis dans le fond ou collés sur des rochers et débris coquilliers. Les pontes se font généralement entre avril et juin. Il est recommandé de ne pas manger les raies aussitôt pêchées et de ne pas hésiter à les conserver 2 jours au frais avant de les déguster.

     

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    La brève de l’Amiral

    Il y a deux manières de vivre à plat : sur le côté ou sur le ventre. Les soles ont choisi le premier, les raies le second pour s’aplatir et se dissimuler sur le sable. Mais, dans la première solution, un des yeux va se trouver aveuglé. Qu’à cela ne tienne ! Cet œil, chez les soles et leurs cousines, se met à voyager, fait le tour de la tête du très jeune poisson pour rejoindre presque l’autre, à moins qu’il ne préfère prendre un raccourci à travers les chairs encore transparentes. La seconde solution offre, elle aussi, un très grave défaut : la bouche plaquée contre le sol ne pourra pas jouer son rôle d’aspirateur dans le mécanisme respiratoire sans que du sable ne se mêle à l’eau et ne vienne engorger les branchies ; les raies, cependant, s’organisent fort adroitement pour éviter cet inconvénient ; nous allons voir comment.
    Chez la sole, il n’y a que deux côtés, ni dos ni ventre. Chez la raie, au contraire, il n’y a pas de côtés, rien qu’un dos et qu’un ventre exagérément aplatis. Chez la première prédominent les nageoires dorsale, ventrale, anale, caudale, qui se réunissent pour auréoler le corps. Chez la seconde, dorsale, anale et ventrale n’existent pas, ou bien sont atrophiées ou rejetées vers la queue ; par contre, les pectorales ont subi un développement excessif et se sont soudées à la tête.
    Les poissons, entendus dans le sens le plus courant du mot, sont en général des « téléostéens », c’est-à-dire des poissons possédant un squelette osseux et des branchies recouvertes par des opercules, tous poissons aux œufs fécondés, sauf exceptions, extérieurement, après la ponte.
    Les raies, elles, sont, avec les squales, des « sélaciens », poissons dont les œufs sont fécondés par le mâle intérieurement à la femelle, dont le squelette est cartilagineux et dont les fentes branchiales sont visibles sur les côtés de la tête.
    Mais, au premier abord, la structure des raies apparaît peu clairement, car leur tête n’a pas de face latérale. Aussi les cinq paires de fentes branchiales sont-elles bien forcées de se placer soit sur le ventre, soit sur le dos ; elles ont choisi le ventre, ce qui les rend invisibles dans la position normale de la bête : à plat dans le sable.
    Parmi tous les poissons, les raies (étant bien entendu que nous comprenons dans ce mot tous les aigles, anges, torpilles, pastenagues et autres trygons, qui sont classés comme « hypotrèmes », c’est-à-dire animaux à fentes par en dessous), les raies donc sont les mieux adaptées à cette vie très particulière. Elles constituent même un exemple parfait d’« adaptation ».
    Quelle imprudence d’employer ici ce mot ! Il peut soulever des polémiques à ne jamais s’éteindre ! Aussi préviendrons-nous toute discussion en refusant de prendre parti dans la vieille querelle : l’animal a-t-il adapté ses organes à son genre de vie ou bien se débrouille-t-il pour adapter sa vie à ses organes ? Dans notre cas particulier : les raies ont-elles des pectorales déformées parce qu’elles vivent à plat sur le fond ou bien vivent-elles sur le fond parce qu’elles ont des pectorales déformées ? … Ayant pris ces précautions, nous pouvons employer le mot adaptation ; chacun l’entendra à sa guise : les faits n’en seront pas moins ce qu’ils sont et pourront être admirés sans aucune préoccupation philosophique …
    Admirable adaptation, d’abord, de la respiration … Les raies ont beau ne pas se coller au fond comme les soles et s’y poser simplement par le bord de leurs ailes plus que par leur centre même, elles n’en seraient pas moins gênées par le sable qu’elles aspireraient avec l’eau nécessaire à leur respiration. Aussi les raies ne respirent-elles pas comme tous les autres poissons, en aspirant de l’eau par la bouche, en la rejetant par les ouïes. Elles disposent sur leur face dorsale d’un organe particulier : les évents.
    Il s’agit là, en somme, d’une sixième paire de fentes branchiales qui a choisi de déboucher en haut et qui s’est différenciée. Ce sont des trous qui s’ouvrent sur la tête, derrière les yeux. Mais les trous sont petits et de teinte peu marquée, alors que les évents apparaissent, au contraire, comme des cratères sombres au sommet de mamelons charnus ; aussi semblent-ils être eux-mêmes les yeux, des yeux extraordinaires en proie à de surprenantes pulsations.
    Ces pulsations, ce sont celles de la respiration ; elles marquent la dilatation de la région cervicale pour aspirer de l’eau et sa contraction pour l’expulser par en dessous, à travers les fentes branchiales. Elles remplacent donc la bouche dans son rôle habituel, celle-ci ne servant plus qu’à la seule alimentation.
    Mais, dans sa fonction respiratoire, la gueule des autres poissons se ferme pour que l’eau ne reflue pas du côté où elle est entrée. Comment, chez les raies, l’eau ne sortira-t-elle pas du trou béant de l’évent ? Par l’artifice d’une nouvelle « adaptation », grâce à des clapets, des valvules qui se referment lors de chaque contraction cervicale, et que l’on entrevoit jouer dans le cratère, et qui semblent donner un clignement à ces yeux d’un autre monde.
    Adaptation également à l’alimentation particulière … La bouche, sur la face ventrale décolorée, n’est qu’une large fente. Quand le poisson nage sur le fond, elle frôle le sable, y cueillant des petits crustacés, des vers arénicoles, des étoiles de mer, et surtout des poissons plats de la famille des soles que font lever les ailes. Ainsi le rabot avale des copeaux ; ainsi la fermière écrème le lait. Chez certaines espèces, les dents peuvent être coupantes. On trouve, racontée un peu partout, et depuis un siècle au moins, l’histoire de ce pêcheur qui, voulant débarquer une grosse raie, la saisit par la bouche ; un mouvement convulsif de la bête agonisante coupa les deux premières phalanges de l’index. (Mais ne doit-on pas se méfier des anecdotes que chacun répète sans jamais remonter à la source ?)
    Adaptation encore à la chasse particulière … Ses yeux étant dirigés vers le haut, la raie ne peut pas voir les proies sur qui elle s’abat, dans le sable. Mais elle supplée à cette déficience par la structure même qui la lui vaut : l’étalement de son corps en « disque » lui permet de se jeter sur le fond, comme un filet, exactement comme un épervier, sans peut-être savoir ce qu’elle emprisonne sous le couvercle de son corps. Aucun autre animal au monde ne chasse de la sorte : en s’abattant sur son gibier, en l’emprisonnant sous son corps. Sans donner trop de créance aux histoires de plongeurs océaniens écrasés sous la masse de raies vastes comme une grande chambre, on peut imaginer, en la transposant ainsi à l’échelle humaine, quelle formidable machine à tuer représente une raie pour des proies à sa taille.
    Ainsi, parce qu’elle est plate, la raie ne vit comme aucune autre bête ; ou bien elle adapte comme elle peut sa vie; à ses très singuliers organes. Que l’on choisisse une position philosophique ou l’autre, on doit s’étonner de la merveilleuse concordance des organes et de la vie.

    L’aplatissement des raies, et tout ce qu’il entraîne d’autres changements dans l’anatomie, et tout ce qu’il détermine d’original dans les mœurs de ces poissons, nous l’avons vu dans un autre article (1). Mais nous y avons commis une faute qui a pu paraître impardonnable à des naturalistes théoriciens ; nous y avons employé un mot dont le sens est bien flou : le mot raie. Et sans même le définir ! C’est que nous nous proposions de préciser tout ceci maintenant.
    Faisons donc un peu de théorie ichtyologique. Parmi les poissons, une division est essentielle : les poissons osseux, ou téléostéens, et les cartilagineux, ou sélaciens ; les sélaciens ont pour caractéristique non seulement la nature de leur squelette, mais encore leurs fentes branchiales non recouvertes par des opercules et aussi le fait qu’ils sont tous des animaux à fécondation interne.
    Les « raies » (pour employer encore ce mot dans un sens vulgaire) sont des sélaciens. Dans cette sous-classe de la classification zoologique, on doit distinguer les squales, dont les fentes branchiales sont situées sur le côté, et les hypotrèmes, dont les fentes branchiales sont au-dessous du corps (hypo-trème, cela veut dire : orifice en dessous). Or les hypotrèmes comprennent justement toutes les raies et leurs cousines ; et c’est ce mot-là que nous aurions dû employer jusqu’ici, au lieu du mot vulgaire de raie.
    Entre les squales et les hypotrèmes, la transition se fait par les squatinidés, dont le type est l’ange de mer, assez commun dans les mers françaises, et par les rhinobatidés, dont nous rencontrons chez nous la guitare, ou violon de mer. Chez l’ange et la guitare, la queue est encore d’un squale, les nageoires pectorales sont déjà aplaties comme chez les raies, mais pas encore soudées au corps (ange), ou bien soudées seulement par devant (guitare). Dans ces deux familles, les fentes branchiales ne sont pas encore ventrales, mais se cachent déjà au-dessous des pectorales. Les mœurs inclinent nettement du côté des raies, ces poissons vivant sur les sables assez profonds.
    Venons-en aux hypotrèmes, dont les branchies s’ouvrent sur la face ventrale, dont les pectorales se soudent au corps pour constituer ce que l’on appelle le « disque ». Il faut ici distinguer trois sous-ordres :
    1 ° Les torpilles (plus exactement les torpédiniformes), au disque circulaire ou ovalaire, poissons électriques ;
    2° Les raies (plus exactement les rajiformes), au disque losangique ;
    3° Les trygons (ou trygoniformes), au disque également losangique, mais dont les nageoires formant ce disque arrivent au moins au niveau de la tête.
    Les torpilles méritent à elles seules un article.
    Quant aux raies … Ah ! les raies ! C’est un des pires imbroglios de l’ichtyologie, qui en compte pourtant bon nombre d’insolubles. Jusqu’ici, notre petite incursion dans la classification zoologique pouvait montrer cette science comme point trop rébarbative, et même comme plus intéressante qu’elle n’en a la réputation. C’était que nous étions sur le terrain solide des grandes divisions, à tout le moins les divisions par genres. Mais, quand on s’aventure sur le terrain des « espèces », alors tout change : la « classification » perd le caractère essentiel d’une science : l’exactitude. C’est que l’on ne sait pas au juste où finissent et commencent les espèces, les races et les variétés. L’essence de la notion d’espèce est dans l’interfécondation de ses individus. Mais savons-nous si deux « espèces » de félins d’Asie ou d’Amérique se fécondent ou ne se fécondent pas entre eux ? Savons-nous si deux « espèces » de poissons voisines ne donnent pas des hybrides ? Voilà pourquoi la zoologie devient si souvent incertaine dès que l’on quitte les généralités : c’est que personne n’est certain de ce qu’il dit être une « espèce » …
    Ainsi, nous nous sommes amusés à compter combien les plus grandes autorités de l’ichtyologie avaient distingué d’espèces parmi les rajiformes des mers françaises : douze, quinze ou trente selon les auteurs ! Qui croire ?
    « Les raies sont difficiles à distinguer l’une de l’autre, a dit Léon Bertin, à cause de leur très grande variabilité. »
    Et si cette variabilité était le fait d’hybridations plus ou moins infécondes ? … Pourquoi pas ne pas s’arrêter à cette hypothèse ? …
    Contentons-nous donc de distinguer parmi les « raies » quelques espèces principales. Si le museau est pointu, nous sommes sans doute en présence de Raia batis, la raie batis, le pocheteau de l’océan, la pelouso de Marseille : dos gris cendré ou brun clair, ventre gris très clair avec quelques taches noires caractéristiques, qui peut atteindre et dépasser deux mètres. Si le museau est très pointu avec des yeux excessivement rapprochés, ce sera sans doute Raia oxyrhynca (ce qui signifie : bec pointu), vulgairement appelée raie à nez pointu et aussi raie capucin, espèce plus petite, surtout méditerranéenne.
    Si le museau est obtus, il faut distinguer entre les raies à dos épineux et celles à dos lisse. Si le dos est épineux, il s’agit de Raia clavata, la raie bouclée, ou, en Provence, clavelade, ainsi baptisée à cause de ses excroissances épineuses appelées « boucles » dans l’Océan et « clous » en Méditerranée (claveù, en provençal). Peut-être est-on en présence aussi de Raia fullonica, la raie chardon, à petites épines rangées autour des yeux et au bord des pectorales.
    Si le dos est lisse (sauf la ligne médiane), on peut hésiter entre plusieurs espèces dont nous ne citerons qu’une seule parce que de beaucoup la plus fréquente : Raia miraletus, le classique miraillet de la Méditerranée, la raie fleurie des côtes océanes. C’est à dessein que nous ne donnons pas comme caractéristique du miraillet les deux ocelles marbrées de noir et de blanc qui, selon la plupart des ouvrages, tachent ses pectorales, car elles ne sont pas constantes et ne différencient sans doute qu’une variété. Toutes ces raies à museau obtus ne dépassent que rarement un mètre.
    Il nous faudrait en venir maintenant aux trygons dont les nageoires pectorales sont développées au point de parvenir au niveau de la tête. Ce sont les plus intéressants de tous les hypotrèmes : ils comportent les plus dangereux des poissons de nos mers, et aussi les plus gros des poissons vivants … Mais ce sera pour une autre fois.

     

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