• Le Renard, côtre corsaire malouin

    Le Renard, côtre corsaire.

     

     

     

    Le Renard des mers (1)

    Robert Surcouf (1773-1827) fut le dernier corsaire et grand armateur Malouin. D’un caractère ferme et résolu, il s’engage comme volontaire à 15 ans et demi sur « L’Aurore ». Ce premier embarquement lui fait découvrir l’océan Indien, Pondichéry et l’île de France (actuellement l’île Maurice) qui seront le principal théâtre de ses exploits. A 22 ans, il est Capitaine du « Cartier », avec ses 18 compagnons, il capture le » Triton », navire de commerce armé de 26 canons, monté par 150 hommes d’équipage et faisant 1000 tonneaux. Sa légende est née et ne sera qu’amplifiée 5 ans après par la prise du « Kent », vaisseau britannique fort de 26 canons, 12 caronades, 437 hommes et faisant 1200 tonneaux, par son navire « La Confiance », une petite merveille de 364 tonneaux, armé de 18 canons et de 185 hommes d’équipage.

    Dans les derniers mois de l’année 1812, Robert Surcouf arme le « Renard », un cotre de 70 tonneaux, 10 caronades et 4 canons, embarquant 46 hommes d’équipage. Comme à son habitude, il met en application les derniers perfectionnements maritimes pour faire de son bateau un navire rapide et puissant.
    C’est au « Renard » que reviendra le triste et glorieux privilège de remporter le dernier combat corsaire.

    Le Renard des mers (2)

    Le Renard

    Transposition sur mer de la guérilla terrestre, la guerre de course exige un matériel spécialement conçu à cet effet. Les navires devront être à la fois rapide et très marins. Leurs formes devront être rases pour minimiser les effets de l’artillerie adverse. Ils devront en outre disposer d’un armement puissant tout en étant susceptibles d’embarquer le plus grand nombre possible de combattants. Comme on peut l’imaginer, toutes ces qualités sont assez difficiles à réunir pour un même navire.

     

     
    Très rapidement, quelques modèles standards vont s’imposer mais les caractéristiques de ces bâtiments seront très voisines, comme le seront d’ailleurs celles des « contre-corsaires » qui leur seront opposés. Dans tous les cas, il s’agira de petites unités grées soit en lougre, soit en cotre et plus rarement en goélette.
    C’est sur les indications de Robert Surcouf lui-même que vers la fin de l’année 1812, le Renard va être construit. Les plans de ce bâtiment ne sont malheureusement pas parvenus jusqu’à nous mais on sait que Surcouf avait choisi le type cotre, ce qui conférait au navire une très bonne marche et une excellente maniabilité. D’inspiration nettement britannique, le cotre ou « cutter » est étroitement apparenté au sloop. Son gréement très caractéristique ne comporte qu’un seul mât, généralement « à pible », c’est-à-dire en une seule partie. Le beaupré peut-être fixe ou amovible ce qui, dans ce dernier cas, permet d’en augmenter ou d’en diminuer la longueur. Tous les cotres sont munis d’une grande voile aurique et la plupart disposent également d’une vergue permettant d’établir une fortune carrée pour le vent arrière. On y ajoute souvent un hunier et parfois même un perroquet.
    La marine de guerre utilise également des cotres et des lougres. Certains constructeurs, tels Denys, Segondat, Guignace et quelques autres vont faire naître des séries particulièrement réussies et il est très probable que le constructeur du Renard s’en soit largement inspiré.

     

     
    On sait que le Renard était long d’environ 30 mètres, ce qui peut sembler beaucoup pour la réalisation d’un bordé à clins (encore que des unités plus importantes aient été construites de cette manière). Il est cependant plus vraisemblable qu’il est été bordé à francs-bords, la carène étant dans ce dernier cas protégée par un doublage en cuivre rouge. Dans un cas comme dans l’autre, on disposait d’un bâtiment à la fois robuste, rapide et maniable. Par ailleurs, Robert Surcouf en étant l’armateur, tout laisse à penser que la construction du Renard avait été particulièrement soignée.

     

     
    Lors de sa première campagne sous les ordres du capitaine Aimable Sauveur, le Renard portait quatorze canons, probablement de 4 ou de 6 livres. Par la suite, cet armement va être modifié.
    En 1774, la fonderie de Carron en Écosse, réalise à la demande de la Compagnie des Indes Orientales, une bouche à feu d’un type nouveau. Il s’agit d’un canon court et léger, destiné à lancer soit de la mitraille, soit un obus. Très rapidement, la marine militaire va adopter la caronade qui perdra un « r » en se popularisant.

     

     

     

    Le Renard des mers (3)

    En France, on ignore superbement cette nouvelle artillerie et on ira même jusqu’à prétendre qu’elle est plus dangereuse pour ses servants que pour ceux dont elle est la cible. La capture de la frégate l’Hébé en septembre 1782 par le Rainbow armé de caronades de 68 et 42 va apporter un cruel démenti à cette opinion. Le scandale fut énorme et le commandant de l’Hébé fut traduit en cours martiale et se vit condamné à être rayé des listes (c’est-à-dire dégradé) et à subir quinze ans d’emprisonnement.

    Un début de réponse fut apporté en 1787 avec l’adoption d’une caronade de 36 appelée Obusier de Vaisseaux. Il s’agit d’une pièce en bronze courte, de forme cylindrique et comportant un anneau de brague ainsi qu’une vis de pointage. Cette pièce n’aura qu’une existence éphémère car elle sera remplacée par des caronades en fer. Notre marine militaire utilisera des caronades de 12, 18, 24, et 36 livres. Les navires marchands et les corsaires utiliseront quant à eux, des pièces de moindre calibre.

    Sur le Renard, 10 canons vont être remplacés par des caronades de 8 à brague fixe. Elles sont pratiquement identiques aux caronades de 12 utilisées par la marine militaire. Pour les servir, elles n’exigent que quatre hommes : un chef de pièce, deux servants et un pourvoyeur qui va chercher la poudre pendant le combat. Les caronades du Renard ne tirent plus de boulets explosifs ; ce serait trop dangereux à cause des nombreuses matières inflammables qui sont à proximité. On les charge à mitraille. Le projectile est constitué par un disque en bois d’un diamètre égal au calibre de la pièce. Sur ce disque, un axe également en bois autour duquel sont disposées des billes de fer retenues par un filet à grosses mailles. Les hommes ont surnommé cet ensemble « la grappe de raisins ». Pour qui la reçoit, l’effet est dévastateur.

    Le Renard des mers (4)

    Bien entendu, la caronade peut également lancer un boulet mais dans ce cas, sa portée est inférieure à celle d’un canon, même d’un calibre plus petit. C’est pourquoi, le Renard conservera quatre canons de 4, probablement disposés à l’avant et à l’arrière.

    A cet armement collectif, vient s’ajouter un impressionnant arsenal d’armes à feu individuelles ainsi qu’une grande variété d’armes blanches destinées à servir en cas d’abordage.
    Gérard Piouffre

    Le Renard des mers (5)

    . La réplique du »Renard » :

    Une association de la ville Saint-Malo, qui cherchait à faire revivre un gréement traditionnel, comme la bisquine de Cancale en 1987, va choisir ce navire corsaire.
    Il aurait dû rester dans l’histoire comme le cotre corsaire malouin qui a participé au dernier combat naval le long des côtes françaises, en l’occurence devant Dielette. Mais 1200 passionnés en ont décidé autrement. En 1989, la quille est posée.

     

     
    Le « Renard » est un cotre à huniers, d’une longueur hors-tout de 30 m, d’une longueur de coque de 19 m, d’un maître-bau (plus grande largeur) de 6 m, d’un tirant d’eau de 2,8 m et il déplace 70 tonnes. Sa voilure est de 464 m2 en 8 voiles, son équipage est de 3 marins et sa capacité d’embarquement de 12 à 27 passagers. Son armateur est l’association du cotre corsaire et son port d’attache est Saint-Malo.

    En mai 1991, l’association cotre corsaire de Saint-Malo, a lancé à l’eau la réplique exacte du « Renard ». Trente mètres de long pour 464 m2 de voiles maximum au portant, avec trinquette et grand voile, rien n’a été oublié !
    Il a été construit à l’identique sur des plans d’origine. Un an après il accueillait ses premiers touristes à bord.
    Quinze ans plus tard, la tradition perdure, d’avril à octobre, avec des sorties en mer pour les touristes, en juillet et en août.

     

     
    La coque a nécessité 90 m3 de chênes. Les espars sont en pin massif.
    En revanche, la mâture et la voilure sont quelque peu réduites par rapport aux surfaces extrêmes portées par les cotres corsaires, contrebandiers ou douaniers de l’époque. Il possède deux jeux de voiles, l’un est synthétique, l’autre en lin.
    Le cotre est lancé le 18 mai 1991. Il participe à Brest 92 et à diverses fêtes marines, dont le centenaire du vieux trois-mâts, le « Duchesse Anne » célébré à Dunkerque en 2001.

    Le Renard des mers (6)

    Caractéristiques
    déplacement : 44,5 tonnes (environ),
    tirant d’air : 26 m
    surface totale de voilure : 249 m2 (dont grand-voile : 123 m2),
    Armement : 10 caronades de 8 livres (en fonte d’aluminium sur la réplique) et 4 canons de 4. Les canons sont placés sur les derniers et premiers sabords de chaque côté.
    Gréement : 1 mât + le mât de beaupré. 8 voiles dont : grand-voile, flèche (ou corne), hunier, perroquet volant, foc, fortune, clinFoc (foc en l’air), trinquette.

    Fonction guerre de course

    Équipage 3-30
    Gréement
    Cotre à huniers

    Débuts 1812 (réplique 1991)
    Longueur hors-tout 30 m
    Longueur de coque 19 m
    Maître-bau
    6 m
    Tirant d’eau
    2,8 m
    Tirant d’air 26 m.
    Voilure Réplique : 450 m², 8 voiles
    Déplacement 70 tonnes
    Armement 10 caronades de 8 livres
    4 canons de 4 livres

    Fabrication Bois (chêne, pin)
    Armateur Robert Surcouf

    Pavillon France
    Port d’attache Saint-Malo

    Le Renard des mers (7)

    Vous pouvez voir également « le dernier combat du Renard »

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