• L’Araignée

    Araignée (1)

    Araignée (3)

    Araignée (2)

     

    Description :

    Ce sont ses longues pattes, ressemblant à celles des araignées, qui lui ont valu son nom. Elle peut néanmoins se confondre avec d’autres espèces de sa famille comme la petite araignée (Pisa tetraodon). Elle s’en distingue cependant par sa taille adulte plus grande et les multiples épines qui ornent sa carapace. De couleur rouge-grisâtre, l’araignée présente une forme particulière, la partie antérieure de la carapace étant allongée et de forme triangulaire. Notons que l’animal est souvent recouvert d’algues qui s’incrustent sur sa carapace, augmentant ainsi ses facultés de camouflage.

    L’araignée appartient à la famille des Majidés, groupe caractérisé par la présence d’une coquille triangulaire et de pattes fines et longues. D’autres Majidés sont présents sur nos côtes comme la petite araignée (Pisa tetraodon) ou la très grêle araignée à longues pattes (Macropodia longisristris). Ces deux espèces sont fréquentes sur toutes nos côtes et apprécient la zone de balancement des marées. Les araignées aiment les fonds à gros sables, parfois à proximité des rochers. C’est surtout en dessous du niveau de basse mer qu’elle se rencontre, jusqu’à 70 mètres de profondeur. Elles mangent de petits animaux benthiques (vivant sur le fond) comme les gastéropodes, les mollusques et les échinodermes. Elles sont aussi nécrophages comme l’atteste sa prise régulière dans les casiers eschés de poissons morts. La période de reproduction (printemps et été) génère des grandes accumulations d’araignées qui se rapprochent alors des côtes. L’hiver, les adultes retournent au large. Après l’éclosion, les larves sont planctoniques et sont dispersées par les courants. Au bout de quelques semaines, elles tombent sur le fond et adoptent une vie benthique. La jeune araignée se développe dans des profondeurs inférieures à celle des adultes (moins de 20 mètres) et apprécie les baies et les estuaires. Elle se rencontre plus souvent sur l’estran que les adultes dénomment moussette.

    Les araignées sont pêchées en abondance sur les côtes de la Manche
    Une araignée peut vivre 8 ans et atteint la maturité sexuelle à 2 ans. Bien que très fréquente à certains endroits, notamment en Manche, l’araignée est surpêchée et ses stocks diminuent.

    L’araignée n’est pas la rencontre la plus fréquente du pêcheur à pied. C’est plutôt en plongeant ou en mettant des casiers que l’on récupérera de nombreux individus. Ils arrivent cependant de la rencontrer en poussant l’épuisette contre les rochers et sous les algues. L’araignée est lente et ses pinces ne sont pas d’un très grand danger, seules les épines peuvent légèrement endolorir la main lorsqu’on la saisit. Il suffit de prendre l’animal par l’arrière de la carapace pour éviter tout risque. Lorsqu’elle est coincée dans une anfractuosité, on peut utiliser le crochet ou la faire saisir un appât placé au bout de ce même crochet. On peut rencontrer des spécimens dont la carapace seule mesure 20 centimètre, offrant par la même occasion une envergure impressionnante.

    La chair de l’araignée est excellente mais les pattes sont fines et seuls les gros individus permettent d’obtenir un repas conséquent. Ses longues pattes demandent en effet une préparation irréprochable si l’on veut que les muscles sortent facilement lorsqu’on les casse au niveau de leurs articulations. Pour résumer : laissez 15 à 20 minutes dans le court-bouillon. Une bonne mayonnaise accompagnera la dégustation.

    L’araignée est également appelée crabe de mai. C’est fin mai, début juin qu’elle revient en quantité sur nos côtes.

    Araignée (4)

    Araignée (5)

     

    La brève de l’Amiral

    Un bien vilain nom, mais un crustacé fort savoureux ! Un jour que je rentrais de la pêche, plutôt chargé, par chance — à la mer, ce n’est pas toujours fête, — une jeune dame amie m’accueillit avec joie sur le seuil de son office. Tandis qu’elle s’affairait à son fourneau, cette Parisienne en vacances, pour y préparer le court-bouillon propice, et que je m’apprêtais à trier sur l’évier le contenu de ma hotte, elle s’enquit de mon tableau de chasse :
    — Des étrilles, quelques poupards et, au fond du « dossier », une araignée du tonnerre : deux pieds d’envergure …
    Un grand bruit de ferraille, un cri perçant : abandonnant son feu et son fait-tout, la dame avait déjà bondi sur la table.
    — Qu’est-ce qui vous prend ? Vous avez aperçu une souris ?
    — Non, sanglota la dame, d’une voix de fillette apeurée. Pas une souris, c’est l’araignée …
    J’eus bien du mal à expliquer à cette innocente qu’homonymie n’est pas ressemblance, que l’araignée de plafond, de placard ou de jardin — les plus redoutées de nos campagnes et de nos compagnes — sont des arachnides à huit pattes, alors que les araignées de mer, pourvues de dix pattes, puisque ce sont des décapodes, se trouvent être en fait des crabes-pises, donc des crustacés, et des plus fins. Toutes choses que le dictionnaire n’explique point et que l’Académie feint d’ignorer. (Au fait, quand se décidera-t-on à admettre sous la Coupole un « marin à pied » : la tradition veut qu’on y élise, de temps à autre, quelque amiral chevronné, ayant bourlingué au loin, mais la Vieille Dame aux habits verts semble avoir toujours fait fi des bassiers.)
    À peine rassurée, mon amie consentit enfin à examiner ma prise. C’était une araignée par hasard ramassée dans mon pousseux et toute pavoisée de mousse d’un vert salade, une sorte de grand crabe difforme, une maja de belle taille pourtant et d’un appétissant aspect pour qui savait que le dedans s’avère souvent meilleur que le dehors.
    Au lieu de disposer, comme l’étrille et le dormeur, d’une carapace en largeur, l’araignée présente un corps allongé, d’une forme presque ovoïde, découpé en quatre bosses principales, dont l’antérieure constitue en somme la tête. L’ensemble est hérissé de multiples épines et il vaut mieux prendre en principe cet animal à la pincette qu’à la main. Mais c’est, au demeurant, un crustacé bien plus inoffensif que l’étrille, le poupard et surtout le homard, en raison de la faiblesse relative de ses pinces, encore qu’il soit préférable de ne s’y pas trop frotter.
    Ce crustacé des mers chaudes (paraît-il) se retrouve en abondance sur les côtes de Bretagne, notamment dans le Finistère et les Côtes-du-Nord. La Normandie en possède aussi, singulièrement la Manche et le Calvados, mais c’est un fait certain que la qualité gastronomique de l’araignée se développe au fur et à mesure qu’on pousse davantage vers l’ouest pour la pêcher. Ainsi les majas de la baie de l’Orne et des rochers de Langrune restent-elles aqueuses ou d’assez amère saveur, tandis que les araignées de Diélette, par exemple, passent à bon droit pour un régal de gourmet.

    La plupart du temps, l’araignée séjourne hors des lisières de basse mer, en eau profonde, au large, mais souvent en eau claire. Il semble en effet que la facilité avec laquelle les varechs, surtout les varechs verts, lui « végètent dessus » permette à cet arthropode de se dissimuler aisément n’importe où, par voie de camouflage naturel.
    On prétend que l’araignée vient frayer à la côte dès la fin de l’automne ou au début des premiers froids, sa ponte s’effectuant dans les herbiers situés aux environs du zéro des cartes et parfois largement en deçà. Ce n’est qu’après avoir assuré ainsi la reproduction de l’espèce que l’araignée regagne ses hauts-fonds.
    Ce crustacé se déplace plus souvent en colonies qu’à l’unité, mais les passages se font presque toujours de nuit, semble-t-il. Pour ma part, je n’ai jamais constaté de migrations en masse et, dans la plupart des cas, c’est par hasard que j’ai péché une ou des araignées, en poussant la bourraque dans des coins à bouquets et à anglettes.
    Il existe toutefois un curieux mode de pêche de l’araignée fort usité en Bretagne, région où la maja se montre la plus abondante, un procédé renouvelé du « havenet boëtté », dont on se sert pour capturer la crevette rouge dans certains trous de rochers, loin des points bas du reflux.
    L’appareil envisagé n’est au fond qu’une épuisette à plus vaste rayon, aux dimensions adaptées à celles du gibier marin ici en cause. Si le principe reste le même, l’exécution en demeure plus simple encore, à condition toutefois qu’on puisse disposer d’une importante surface de filet.
    Dans le cas considéré, le cercle de l’épuisette est constitué par une vieille jante de vélo, tout bêtement. Tout au long de cette jante, au préalable débarrassée des rayons de bicyclette, bien entendu, on monte une corde de charge, en lin goudronné, sur laquelle on arrime un filet en forme de sac, et non d’entonnoir, de manière à créer une sorte de poche d’une profondeur toujours supérieure au diamètre de la jante.
    L’instrument ainsi gréé, on tend de part et d’autre des bords de la jante deux solides fils en croix et on amorce l’appareil au moyen de débris de poisson, de crevettes ou de crabes mous, fixés au point d’intersection des deux fils.
    Il ne reste plus au pêcheur qu’à monter son épuisette comme il le ferait d’une balance marine : quatre cordes de suspension aboutissant à un filin lui-même assujetti à une gaule, à moins qu’on ne préfère pêcher directement à la main (cette dernière méthode présente d’ailleurs à mon sens de réels avantages, dans la mesure où le bassier perçoit plus aisément les réactions des crustacés en train de « mordre »).

    Lorsque le pêcheur a pu repérer, à proximité des côtes le plus souvent, des trous rocheux parfois profonds, et surtout des couloirs où gîte ou passe l’araignée, il lui suffit de s’armer de patience (et de son épuisette de grande taille) pour réaliser des pêches très abondantes.
    Dès que le bassier perçoit une touche caractéristique, qui indique que l’araignée a commencé à se sustenter, il imprime un coup sec à sa balance. Ce mouvement a pour effet de précipiter au fond du filet l’araignée trop gourmande. En halant aussitôt l’appareil pour le sortir du trou, on a toutes chances de pouvoir verser directement dans la hotte de pêche une très belle pièce, car les majas ainsi capturées ne sont jamais de petite dimension.
    En quelques heures, un bassier averti peut facilement remplir d’araignées un panier mannequin profond et, presque toujours, d’araignées parfaitement pleines et de haut goût.
    Est-il utile d’ajouter que l’araignée se fait cuire au court-bouillon, exactement comme les dormeurs et les étrilles, et se consomme de même manière ? C’est un mets de très fine qualité, de chair presque aussi savoureuse que le homard, et d’une « farce » meilleure encore que celle du tourteau.
    De telles perspectives gastronomiques méritent bien le peu de peine que l’on pourra prendre à dérayonner une vieille roue, dénichée dans un grenier, voire dans un dépôt de ferrailles, et à tisser (ou acheter) un filet à mailles de 12, dans les conditions naguère ici même exposées.

     

     

     

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