• La Coque

    Coque (1)

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    Coque (5)

    Coque (6)

    La brève de l’Amiral

    Qui n’a pas de grives doit se contenter de merles.

    Nos merles d’aujourd’hui, ce seront, si vous le voulez bien, les coques, un mollusque d’ailleurs fort savoureux en bonne saison.
    La coque, ou même le coque, comme on dit sur certaines côtes picardes, voire le hénon, comme on le nomme à Berck, est un petit mollusque de la grosseur d’une noix, qui vit enfermé entre deux valves ventrues et même rebondies, striées verticalement. Les bords de ces valves sont dentelés et se rejoignent hermétiquement : on éprouve ainsi l’impression que la bête se clôt au moyen d’une fermeture éclair.
    Extérieurement, c’est un coquillage d’un blanc grisâtre en général, souvent même entièrement gris, parfois d’un bleu profond (mais cette dernière teinte demeure plutôt rare). On peut énoncer en principe que la couleur de la coque s’apparente toujours à celle des fonds où elle vit — par mimétisme peut-être. Des fonds qui vont du sable blond à la vase en passant par la tangue, comme dans la baie du Mont Saint-Michel, sans jamais toutefois s’étendre aux zones rocheuses, car la coque est un mollusque de sable mou, sans nulle exception.
    Intérieurement, la coque offre une chair d’un gris très clair, pourvue d’une sorte d’appendice d’un jaune orangé, dont la cuisson avive curieusement l’éclat. Elle constitue une nourriture de choix, bien que sa multiplicité la fasse un peu dédaigner des habitués des côtes sableuses. On la déguste aussi bien crue que cuite. Il existe d’ailleurs diverses façons de l’accommoder, depuis la classique marinière où l’on fait « sauter » les coques en vrac, jusqu’à la matelote dorée au four, à plein beurre, où les mollusques, préalablement court-bouillonnés, sont décortiqués un à un.
    Le printemps, et notamment le mois de mars, convient parfaitement à la pêche aux coques. C’est l’époque où les valves de cet animal sont pleines et où sa chair est la plus fine. Comme une telle pêche n’exige point qu’on se mouille, comme on peut, dans la plupart des cas, l’effectuer à pied sec ou presque, le moment semble venu de nous y préparer.
    Mais, d’abord, l’amateur se rappellera que la coque ne se trouve jamais que sur des bancs de sable fin, particulièrement dans les estuaires de certaines rivières, la Somme ou l’Authie, par exemple, ou dans de larges baies affouillées par divers courants d’eau douce, ainsi la baie d’Avranches — ces désignations n’étant nullement limitatives. Du sable fin, mais aussi du sable mou, ne reposant jamais sur une assise du rocher, et surtout du sable d’alluvion, aux couches superposées.
    Notre « coquetier » notera aussi que la coque vit parfois en colonies extrêmement denses — pas très souvent cependant — et il fera en sorte de ne pas ouvrir son panier « plus grand que son ventre ». D’abord, parce qu’il ne faut jamais nuire à la reproduction de l’espèce. Mais aussi parce qu’une pleine charge d’hénons lui scierait le dos ou les reins, au retour des grèves, plus sûrement qu’un rhumatisme. Avec cette circonstance ici aggravante que la coque ne se rencontre quelquefois qu’aux limites de basse mer, à des distances considérables du rivage, singulièrement dans certaines baies.
    Ainsi prévenus, il ne vous reste qu’à retenir les différentes manières de pêcher les coques.
    Selon les points du littoral à considérer, la cueillette de la coque se fera au moyen d’un râteau — voire d’une bêche, fort rarement, — d’une cuiller ou d’une fourchette de cuisine — mais oui, — ou encore à l’étrier ou, plus simplement, à la main (dans ce dernier cas, gare aux ongles et surtout aux particules de sable salé qui s’y insèrent !).
    Le râteau ou la pelle s’emploient dans certaines anses, et exclusivement lorsqu’on se trouve en présence de véritables bancs de coques. Le mollusque y pullule parfois en colonies d’une étonnante richesse. Sa récolte ressortit bien davantage alors à un travail de hersage ou de labour qu’à une pêche proprement dite. Dans des secteurs ainsi favorisés, il arrive qu’on parvienne à remplir un plein panier mannequin en quelques minutes — ce qui ôte tout attrait halieutique à l’opération. Mais rien n’est plus curieux, au paradis de la coque — ainsi la baie de la Somme et surtout la région du Crotoy — que de voir, aux portes des pêcheurs, tout au long des rues, de lourdes mannes de coques que des camions de mareyeurs viennent enlever les unes après les autres, maison après maison, exactement comme l’on procède, dans les pays beurriers, à la collecte des channes à lait.
    L’amateur se contentera d’une pêche moins industrielle, ne serait-ce que pour maintenir en forme son appétit et son goût pour les hénons. Sur la plupart des longues grèves à sable fin, la nature y aidera, dans la mesure où la coque s’y cueille surtout à l’unité.
    Comme ce mollusque vit enfoncé de quelques centimètres dans le sable, il convient de surveiller sans cesse la surface unie de celui-ci, où la présence de l’animal s’inscrit toujours, automatiquement, par une bosse, un double trou, une touffe (de varech) ou une « flamme ».
    La bosse, c’est un léger renflement du sable qui décèle le point exact où gît la coque. D’apparence fort caractéristique, cette bosse se reconnaît plus facilement le matin et le soir, au soleil levant ou au soleil couchant, qu’en plein midi — il est aisé de comprendre par quel jeu d’ombres.
    Le double trou, c’est la trace que laisse parfois la coque ensablée. Lorsque, au reflux, la coque s’enfonce et s’abrite, on découvre presque toujours en surface deux trous minuscules qui se lisent parfaitement sur les sables blancs, l’un toujours plus grand que l’autre et d’un diamètre d’un millimètre au plus. Ces trous ne sont distants l’un de l’autre que de moins d’un centimètre. Le regard exercé du coquetier s’entraînera vite à les distinguer — tout en se gardant de les confondre avec certains trous de vers ou avec de simples gouttelettes de mazout.
    La touffe, moins fréquente, c’est une toute petite particule de varech blond dont la base semble se rattacher à l’intérieur de la valve ou au corps de l’animal lui-même. On n’en constate guère la présence que sur certaines côtes de la Manche. Encore n’est-ce là qu’un procédé de repérage plutôt relatif, le vanneau ou flion, autre mollusque, y présentant souvent la même particularité.
    La « flamme » enfin, c’est une sorte de tache claire ou sombre que laisse la coque en surface, à l’emplacement même où elle s’est enfouie. Cette tache correspond à la coloration des fonds, par rapport à celle de la grève, et provient toujours de parcelles inférieures refoulées en surface, au moment ou la coque s’enfonce. Dans les rares endroits où ce procédé de recherche se pratique, la baie de Morsalines, par exemple, la tache est le plus souvent d’un gris plus sombre que le sable même où elle s’inscrit.

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