• Le Congre

    Congre (1)

    Congre (2)

    Ce n’est pas réellement une histoire d’amour entre le congre et l’homme. Les pêcheurs le tuent rapidement pour éviter sa morsure et les plongeurs n’apprécient pas toujours les rencontres avec les énormes spécimens qui hantent les épaves.

    Histoire du congre
    Toutes les personnes étant familières de près ou de loin avec les écosystèmes marins de France sont susceptibles de rencontrer cet animal. Le pêcheur à la ligne le rencontrera du bord ou en bateau.
    Le pêcheur à pied trouvera des petits spécimens à l’occasion en cherchant les homards lors des grandes marées. Les pêcheurs professionnels comme les amateurs le trouveront notamment dans les filières de casiers.

    Enfin, le plongeur ne manquera pas d’être impressionné par les congres énormes qui habitent les épaves de notre littoral. Bref, tout le monde peut le rencontrer, et tout le monde s’en méfie, parce qu’on dit qu’il mord… et le fait est que ce poisson très fort et toujours en mouvement peut à tout moment donner un coup de mâchoires lorsqu’il est manipulé.
    Sans être très dangereuse, la morsure donne une vilaine plaie, le congre râpant profondément la peau avec ses petites dents et mettant la chair à vif sur une large surface.
    Cependant, un congre qu’on ne provoque pas est avant tout un animal discret qui ne vous attaquera pas spontanément.
    Etymologie
    Le nom commun congre vient du nom scientifique conger, qui est le terme latin pour désigner l’animal.
    C’est d’ailleurs une constante pour le nom du congre dans la plupart des pays de son aire de répartition : congrio en espagnol, conger eel en anglais, congro en portugais, etc.
    Les congres se trouvant souvent ensemble, notamment sur les épaves, il y aurait peut-être un rapport avec le terme latin congressus, qui signifie réunion, et qui a notamment donné le mot congrès.

    Les synonymes
    On évitera à tout prix l’appellation anguille de mer qui lui est parfois donnée, car elle entraine une confusion presque immédiate avec l’anguille européenne, un poisson extrêmement ressemblant au congre. L’anguille européenne vit en mer comme en eau douce grâce à sa grande tolérance aux variations de salinité. Le nom commun de Conger conger doit être congre ou congre d’Europe, cette dernière appellation permettant d’éviter la confusion avec les autres membres de la famille des congridés.
    Où rencontrer des congres ?
    Tout notre littoral est concerné, le congre étant un poisson opportuniste qui exploite tout type d’obstacles.

    Congre (3)

    Si vous habitez près de la mer, vous seriez sûrement surpris de connaitre le nombre de congres qui nagent sur la côte. Ces poissons sont très discrets de jour, les baigneurs ne les voient jamais, et les plongeurs en apnée qui longent les rochers ne les rencontrent que rarement, mais la nuit, le monde marin change.
    Les congres sortent des anfractuosités rocheuses, où ils étaient totalement invisibles, et commencent à parcourir les rochers côtiers, les ouvrages portuaires, et tout endroit susceptible d’abriter des proies, ou encore des animaux morts, le congre étant un fantastique nettoyeur des fonds marins.
    En pêchant depuis une pointe rocheuse, là où les promeneurs regardent le paysage le jour, il n’est pas rare de prendre 7 ou 8 congres de suite pendant la nuit. Celui qui plongerait de nuit le long des rochers tomberait immanquablement sur ces longs poissons en pleine chasse
    La pêche du congre, bas de ligne en acier obligatoire

    C’est un poisson vigoureux, qui tentera à tout prix de rejoindre son repère rocheux. Même s’il ne peut produire le rush d’une carangue ou d’un autre poisson connu pour sa nage rapide, il ne faut pas sous-estimer la puissance du congre. Sa pêche nécessite un montage conséquent. On utilisera un corps de ligne en nylon 60 centièmes lors des pêches de bordure, pour ne pas trop limiter les capacités de lancer. En bateau, un nylon 70 centièmes est préférable, puisque plus résistant et sans inconvénient pour la pêche, le montage étant simplement déposé à l’aplomb de l’embarcation. Le plomb sera monté sur un coulisseau de bonne qualité et l’émerillon sera lui-aussi de qualité irréprochable. Le bas de ligne sera composé d’un mètre d’acier résistant au moins à 15 kg et d’un hameçon en relation avec la taille de l’esche. Comme il est préférable de présenter des esches de bonne taille, comme une petite seiche ou un bon morceau de maquereau, un numéro 5/0 n’est pas exagéré.
    A la touche, on sortira le congre d’autorité du fond pour éviter qu’il ne rejoigne son abri. C’est vrai du bord comme depuis un bateau, en particulier si l’on explore une épave. Le premier reflexe du congre est de se ruer vers les obstacles, et il faut dire qu’il est assez doué pour ça.
    La pêche du bord
    Le pêcheur qui désire pratiquer depuis le bord le recherchera dans les ports ou depuis les rochers, notamment les pointes rocheuses. L’essentiel est de pêcher les endroits qui offrent au congre des abris pour vivre et qui lui donnent sa nourriture. Si l’on pratique depuis les rochers, on privilégiera les zones riches en crustacés, comme les étrilles, les crabes verts et les tourteaux. Il est donc bon d’aller repérer les lieux à marée basse, pour s’assurer que les congres y trouvent leur pitance. La pêche du bord est bien meilleure que ce qu’on peut croire, il suffit de trouver le bon endroit pour enchainer de nombreuses captures. Il faut tester différents postes depuis les rochers, et toujours être prêt à pêcher dès le début de la nuit, qui est souvent le meilleur moment. Les congres sortent de leur torpeur diurne et sont extrêmement actifs durant une heure ou deux, le pêcheur devra donc exploiter au maximum le crépuscule et le début de la nuit. Celui qui voudra consommer le congre devra le tuer dès sa capture, en l’assommant, pour éviter les morsures, toujours possibles avec cet animal qui bouge sans cesse. Si vous privilégiez la remise à l’eau, vous devez ferrer à la touche pour que l’hameçon ne soit pas engamé trop profondément et utiliser des pinces pour le décrochage, ne laissez pas vos doigts traîner trop près de la gueule de l’animal.
    Le congre est un poisson très commun sur nos côtes qui peut atteindre 60 kg mais qui ne présente guère de danger lorsqu’on l’on ne le provoque pas.

    Comment reconnaître le congre ?

    Description du congre
    L’anatomie du congre est à l’origine de sa mauvaise réputation, peu de gens trouvant joli un poisson à corps de serpent. Le congre est un poisson au corps très allongé. La nageoire dorsale du congre commence juste en arrière des pectorales mais s’étend très en arrière du corps au point de rejoindre la nageoire anale, très longue également, à la hauteur de la queue de l’animal.
    La nageoire caudale, elle, n’est pas différentiable, l’extrémité caudale étant simplement pointue. Les nageoires pelviennes sont absentes chez ces poissons extrêmement spécialisés. Ces absences sont une caractéristique commune à l’ensemble des espèces du groupe des anguilliformes, plus adaptées à la vie dans les obstacles et le substrat qu’à la nage en pleine eau.
    La robe du congre va du brun foncé au gris clair.
    Confusions possibles
    Le congre vit uniquement dans l’eau de mer.
    L’anguille et la murène sont d’autres espèces du groupe des anguilliformes présentes sur nos côtes.
    La murène commune, avec sa robe marbrée, est la plus facile à identifier.

    Comparatif entre congre et anguille
    Le congre ressemble à l’anguille, avec laquelle il est souvent confondu, mais il s’en distingue notamment par un oeil plus grand et une mâchoire supérieure saillante. Mais s’il s’agit de spécimens de taille équivalente, la confusion est alors possible. Il faut alors regarder l’anatomie de ces deux espèces de plus près. L’anguille présente une bouche prognathe, la mâchoire inférieure dépassant nettement la mâchoire supérieure. Chez le congre, c’est l’inverse, c’est le museau qui est proéminent. De plus, la nageoire dorsale du congre commence juste en arrière des pectorales, beaucoup plus antérieurement que chez l’anguille.

    Taille et poids
    Taille maximale : 3 mètres
    Taille courante : 10 kilos
    Poids maximal : 60 kilos

    Longévité
    40 ans
    Le congre et ses cousins
    Le congre appartient au superordre des élopomorphes, à l’ordre des anguilliformes, et à la famille des congridés. Une explication de tous ces groupements hiérarchiques s’impose, car le groupe des élopomorphes présente de nombreux points intéressants, notamment pour comprendre comment fonctionne la classification phylogénétique du vivant, c’est-à-dire la classification basée sur les relations de parenté.

    Le superordre des élopomorphes (voir arbre de parenté) est un assemblage hétérogène qui regroupe des poissons d’allure primitive, comme le tarpon, et des poissons extrêmement évolués, comme les anguilliformes. On est sûrs que le tarpon, et encore le bonefish (un poisson bien connu des pêcheurs sportifs), sont apparentés aux anguilles et murènes, car tous ces animaux ont une caractéristique en commun : ils présentent un stade larvaire unique, la larve leptocéphale.
    Il s’agit d’une larve à tête petite (d’où son nom) et au corps allongé et très aplati latéralement, lui donnant un aspect rubané. Cette larve présente l’étonnante particularité de se raccourcir à la métamorphose, ce qui signifie que la larve juvénile est plus longue que l’adulte. D’autres faits curieux la singularisent : elle est remplie d’une substance mucilagineuse, elle porte souvent des dents grandes (dents larvaires) mais dans le même temps, elle semble se nourrir principalement de bactéries et ne se sert donc pas de ses mâchoires.
    Une bien curieuse larve, si spécialisée qu’elle prouve que toutes les espèces qui la possèdent proviennent d’un même ancêtre chez qui ce type de larve est apparu pour la première fois. L’ancêtre a légué à sa descendance actuelle la larve leptocéphale qui est considéré comme le caractère définissant le groupe des élopomorphes. On dit d’une telle caractéristique que c’est la synapomorphie des élopomorphes.

    Arbre de parenté
    Au sein des élopomorphes, les anguilliformes forment un vaste ensemble de plus de 700 espèces au corps allongé et extrêmement transformé par rapport à l’état primitif. Outre l’aspect serpentiforme, la plupart les anguilliformes ont développé une multitude d’adaptation à la vie dans le substrat. On notera par exemple le minuscule orifice branchial, qui est une adaptation qui permet de ne pas remplir les branchies de vase pendant l’enfouissement. Les écailles sont souvent minuscules et totalement intégrées dans la peau. Le corps est couvert d’un épais mucus. Parmi les familles incluses dans l’ordre des anguilliformes, on notera les murénidés, mais aussi les anguillidés et les congridés. N’oublions pas un étonnant anguilliforme, le grand-gousier, un poisson des profondeurs à la gueule démesurée.

    La famille du congre, les congridés, a des représentants dans le monde entier et compte 32 genres pour environ 150 espèces. En Méditerranée, outre -Conger conger-, deux espèces dont la taille n’excède pas 50 cm, vivent en profondeur à partir de 80 m : le congre des Baléares Ariosoma balearicum qui est jaune avec des taches rousses et le congre à queue noire -Gnathophis mystax- qui est gris clair.

    La famille des congridés est connue dans les archives fossiles depuis le Campanien, soit environ 80 millions d’années. Ces restes fossiles ne sont pas des animaux complets mais simplement des otolithes.
    Ethologie du congre
    Alimentation
    Le congre habite les anfractuosités rocheuses et les épaves d’où il sort la nuit pour chasser. On le trouve depuis la zone de balancement des marées jusqu’aux limites du plateau continental. Ce prédateur nocturne se nourrit de poissons, de crustacés et de céphalopodes. Il n’hésite pas à attaquer des proies de bonne taille, et les carapaces de tourteaux ou des homards (même lorsqu’elles ne sont pas molles) ne résistent pas à ses mâchoires.

    Activité
    Le jour, le congre est immobile dans son repère, attendant la bonne heure pour aller en chasse. Les congres habitant les épaves du large, souvent des gros spécimens, peuvent être actifs toute la journée. Mais les congres côtiers sont essentiellement nocturnes, et il est bien rare de les voir nager pendant le jour. A la tombée de la nuit, les congres jusque là invisibles envahissent les rochers, et beaucoup de gens seraient surpris de savoir qu’il y a tant à l’endroit où ils s’étaient baignés.

    Développement d’une larve leptocéphale (anguille) à ses deux premiers stades
    Reproduction
    C’est une espèce ovipare. Les oeufs et le sperme sont éjectés dans le milieu extérieur, la fécondation est externe. La maturité sexuelle est atteinte vers 8 ans, alors que la durée de vie totale est estimée à plus de 40 ans. Précisons qu’un tel âge n’est atteint que chez des individus qui se sont reproduits tardivement ou qui ont été maintenus en aquarium. En effet, le congre meurt après s’être reproduit. Cet animal effectue des longues migrations pour aller pondre sur les grands fonds entre 2 000 et 4 000 m. Ces zones ne sont pas identifiées mais on sait qu’il ne s’agit pas comme pour les anguilles de la mer des Sargasses.
    La femelle produit des millions d’oeufs qui donneront naissance à une larve très particulière, la larve leptocéphale. Elle est caractérisée par un corps à l’aspect rubané. Après une métamorphose marquée par un raccourcissement du corps de l’animal, le juvénile effectuera sa croissance près des côtes. La croissance du congre est rapide et un congre adulte peut mesurer 3 m et peser plus de 60 kg. De tels individus sont toujours des femelles.

    Répartition
    Le congre est présent dans toutes les eaux atlantiques du Sénégal au cercle polaire et en Méditerranée.
    Carte d’identité du congre
    Classe: ostéichtyens (les poissons osseux)
    Ordre : anguilliformes
    Famille : congridés
    Nom : Conger conger

     

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