• Grande histoire de la contrebande à Dielette et ses environs

     

     

     

    Grande histoire de la contrebande à Dielette et ses environs

     

     

    C’est sous l’administration protectionniste de Colbert que la contrebande à Dielette paraît s’être particulièrement développée. La fin du 18ème fut vraiment l’âge d’or de la fraude. Au pied des falaises on débarquait surtout des bas, du tabac, des étoffes de velours et de taffetas, des épices … les ballots remontés par des complices s’acheminaient vers Cherbourg, Caen, Rouen, Paris …

    De vraies bandes s’étaient organisées.  A ce moment, la chasse aux fraudeurs était sérieuse et sévère, mais assez peu efficace.

     

    contrebande à Dielette

     

    …En juillet 1682, le sieur de La Chapelle et jacques-Floxel du Chevreuil, sr de Franqueville , comme gardes établis pour le Roy aux Traites fermières de Cherbourg, havre de Dirette (Dielette), ont fait saisie de deux petites roules de tabac pesant ensemble 4 livres dans un petit bateau appartenant à Jacques Lelaidier et Marin Viel, de Flamanville, qui ont déclaré que le petun avait été mis à leur insu dans le bateau quittant Guernesey par leur matelot Pierre Bourget…Cependant, dans l’acte dressé par le tabellion des Pieux, il était précisé que Lelaidier et Viel paieraient la moitié des frais ou amende s’il était jugé.

    Survient la guerre de la Ligue d’Augsbourg (1686-97). Le gouvernement avait alors intérêt à être informé de ce qui se passait ou se préparait chez nos ennemis. Qui pourrait mieux renseigner sur les mouvements de la flotte ennemie que ces marins croisant sans relâche entre nos côtes et les îles ? M.de Matignon, lieutenant général, lui-même, ferme les yeux sur les agissements des fraudeurs et, en 1691, demande, en vain, au ministre de la marine, M.de Pontchartrain, l’autorisation du commerce de contrebande à Dielette pour les barques qu’il enverrait à la découverte.

    Mais les fermiers généraux, adjudicataires de la collecte des impôts indirects, n’entendaient pas de cette oreille, car la fraude leur faisait le plus grand tort. Ils eurent gain de cause et armèrent la première patache, nommée « Ste-Geneviève », frégate de 20 tonneaux, qui, sous couleur de courir sus aux ennemis de la couronne chassait les fraudeurs. Elle réussit quelques captures et une partie d’un équipage fut condamnée aux galères.

    On pourrait être tenté de penser que seuls les roturiers, petits pêcheurs locaux entre autres, aient cherché à tirer profit, afin d’augmenter leurs maigres revenus, de la proximité des Isles. Les faits prouvent qu’ils n’étaient pas les seuls à le faire et que toutes les classes s’y adonnaient, nobles et manants, et même officiers du Roy chargés de réprimer la fraude.

    … j’ai des avis presque certains de Cherbourg, écrivait M.de Pontchartrain, que le sr Regnault, contrôleur général des Fermes, fait commerce avec les habitants de Cerzé et de Crenezé …

    En effet, une instruction ouverte par l’Amirauté de Cherbourg contre ce fonctionnaire le montre délivrant de sa propre autorité des permis de circuler aux bateliers de jersey, Serk et Aurigny qui fréquentent le port de Diélette, s’opposant à la saisie de leurs marchandises par les commis des Fermes, facilitant l’échange des laines anglaises contre les toiles du Cotentin, et s’efforçant de prélever sur la vente de ces dernières une commission de 4 sous par aune.

    Il est assez curieux de constater l’ambigüité de la situation. M.de Pontchartrain écrivit à l’intendant Foucault : La manière dont ce commerce se fait n’est pas dans l’ordre des choses et mérite d’être réprimée, car il ne convient point aux gens employés au service du Roy de faire cette sorte de commerce.

    Mais au fond, elle ne me paraît point désavantageuse, au moins en ce que j’ai vu par cette information, dans laquelle il paraît que les Anglais ont apporté des laines et qu’ils ont remporté des toiles. Et bien loin d’interdire ce commerce, je voudrais qu’il puisse s’établir et devenir bien considérable …

    Vers la fin de 1692, les plaintes des fermiers généraux étant devenues plus vives, Pontchartrain ordonna à l’intendant Foucault de faire une recherche exacte des particuliers habitants de la côte de Basse-Normandie qui font un commerce ouvert avec les habitants des isles pour en faire telle punition que de raison… Foucault mena l’affaire rondement. L’enquête, confiée à M.de Monthuchon, lieutenant civil et criminel au présidial de Coutances, révéla l’existence d’une bande organisée qui pratiquait le commerce surtout avec Aurigny.

    Ayant lancé une information contre des particuliers de Cherbourg et environs qui font commerce de marchandises avec les îles anglaises, l’intendant rendait compte le 10 février 1693 que… le sr chevalier de Rantot est un des principaux auteurs de ce commerce. Il est très difficile d’avoir des preuves contre lui parce que c’est un homme violent et redouté dans le pays…Il n’est presque pas possible de surprendre ces fraudeurs qui pour avertir ceux qui apportent des marchandises le long de la côte, font des feux sur le bord de la mer où ils savent, par leurs espions que les gardes de la ferme générale ne sont pas. (Et non pas pour faire naufrager les bateaux.) Le moyen qui me paraît le plus sûr est de faire arrêter le chevalier de Rantot qui constamment conduit tout ce commerce. Cela facilitera les preuves. Au lieu qu’étant en liberté, il détournera les témoins, dans un pays reculé où l’autorité de la justice est peu connue. Si vous jugez à propos de faire rendre un arrêt…j’espère que nous pourrons avoir les preuves, pourvu que le chevalier de Rantot soit en prison…

    Qui était le chevalier de Rantot ? Un capitaine de navire corsaire qui, quelques mois auparavant, avait tout fait pour sauver le « Soleil-Royal » de Tourville, Henri-Robert Jallot, écuyer, sr de St-Martin d’Omonville-la-Petite, mais qui habita durant de nombreuses années au manoir de la Bourgeoiserie à Siouville, sans doute à la mort de son frère Adrien, en 1708, jusqu’à la sienne vers 1729.

    Les charges relevées contre lui étaient trop précises pour qu’il fût possible de fermer les yeux sur sa conduite et d’étouffer l’affaire. Ni la noblesse de l’accusé, ni ses relations, ni les services qu’il avait rendus au Roi ne purent amener les fermiers généraux à se désister de leur plainte et nul bras puissant n’arrêta cette fois le cours de la justice. Henri -Robert fut arrêté en vertu d’une lettre de cachet et enfermé au château de Caen. Sa famille le tira de ce mauvais pas en versant une forte somme à la ferme générale et en promettant de l’envoyer à Malte où il était à la veille d’obtenir une commanderie. Remis en liberté, il revint dans la Hague et ne partit point pour Malte.

    Cet incorrigible fraudeur reprit immédiatement ses activités pour se faire pincer, en flagrant délit de contrebande à Dielette, deux mois après son retour. Il vient de se faire … sur les costes de la Hague un deschargement d’une barque chargée de marchandises, à la vue de quatre gardes, qui, estans intimidez par vingt hommes armés qui sortirent de ladite barque, ne purent empescher la conduite qui en fut faite par ledit sr de Rantot…

     

    contrebande à Dielette

     

    La nuit de la St-Jean 1694, une troupe de la maréchaussée cerne sa demeure. Vingt hommes armés y pénètrent, arrachent le chevalier de son lit et l’emmènent d’une traite à Coutances d’où il partira, sous escorte renforcée, pour être mis au secret au château de Caen. Neuf mois plus tard, il était condamné à 500 livres d’amende envers le Roi et 2000 livres de dommages intérêts envers le sr Pointeau, adjudicataire général des Fermes unies, sans compter les dépens qui s’élevaient à la somme de 5573 livres, ramenée à 4500.

    Deux membres de sa famille lui servaient de caution, son frère, messire Eustache-Hervieu Jallot, écuyer, curé de Siouville, et son beau-frère, Antoine de St-Simon, chevalier, seigneur de Beuzeville-au-Plain et baron de Gié.

    Outre l’amende et les dommages-intérêts, ses complices, plus durement frappés, se virent infliger des peines de trois ans de galères et de trois ans de bannissement hors de la province.

    Il n’y en eût pas du canton ? L’histoire ne le dit pas.

    La contrebande à Dielette continua d’être très active. Les fermiers des Traites, obligés d’augmenter le nombre de leurs commis, pensèrent qu’il serait plus simple et surtout plus économique de faire interdire la plupart des petits havres où, d’après eux, s’exerçait cette industrie prohibée. C’est ainsi qu’en 1694 le havre et port de Diélette, entre autres, fut fermé à tout trafic. Il ne restait aux bateaux cherchant un abri que la possibilité de mouiller dans la rade c’est-à-dire le sud de l’anse de Vauville. Abri bien précaire : … Jacques Lelaidier parti de Carteret vers Guernesey pour y livrer un chargement de marchandises diverses se perd corps et biens alors qu’il s’était abrité au pied du cap de Flamanville pour se protéger de la rigueur des vents et de l’impétuosité des flots de la mer …

    En 1695 le Présidial de Caen vit s’engager un procès extraordinaire dont on ne connaît pas l’issue, à la requête de l’adjudicataire général des fermes. Le principal inculpé est Jacques de La Chapelle, agent des affaires de M.de Flamanville qui, abusant de la situation du lieu, a fait parvenir aux Anglais à Jersey et Guernesey des grains provenant de la terre du Roy notre maître, cela avant et depuis la déclaration de guerre. Il faisait allumer des feux sur la côte pour servir de guide aux bateaux de nos ennemis. On trouva cinq pièces écrites par lui à des habitants des îles pour les engager à venir chercher des blés et autres marchandises. Ceux-ci, étant venus dans le pays, se plaignirent hautement devant quelques personnes que le sr de La Chapelle n’en usait pas bien avec eux comme à l’ordinaire. Il était aidé dans ce commerce par son ancien domestique, Robert Vrac, sergent de la sergenterie de Flamanville. On trouva chez ce dernier une grande quantité de toiles et d’autres marchandises, évidemment de provenance étrangère. Il était en outre accusé d’avoir passé aux îles anglaises des religionnaires fugitifs, des protestants.

    Le gendre de La Chapelle, Jacques-Floxel du Chevreuil, sr de Franqueville, avait dit à plusieurs personnes, en revenant de la foire de St-Vaast, qu’il était accusé ainsi que son beau-père de trois crimes capitaux dont ils se tirèrent bien puisqu’ ils possédaient le nerf de la guerre.

    Trois barques, notamment en 1692 ou 93, furent envoyées aux îles. Beaucoup de papier fut porté à Serk, fabriqué au moulin à papier dit de « Flamenguil » établi sur le But dans la vallée Hochet, cité dans cet acte de 1675 : … Germain Le Chevallier, marchand au Rozel, fieffe à Louis Lenteigne, marchand mettre papetier, demeurant à Planquerey, élection de Bayeux, un moulin à papier, avec le droit à l’eau et la maison servant pour faire sécher le papier, nommée la Frilleuze, avec trois jardins potagers, le tout jouxtant le chemin de Fristot à Rozel, une maison (salle, cellier, chambre, grenier ) couverte de pierre ardoise, une grange et une étable, le tout tenu de la seigneurie de St-Germain-le-Gaillard. La fieffe était de 90 livres avec 8 rames de papier,4 de grand et 4 de moyen …

    Pour commercialiser sa production faite de vieux chiffons, Lenteigne passa contrat, en 1681, devant le tabellion de Bricquebec, promettant de livrer à Jacques Dagoury le papier qu’il pourrait vendre et débiter dans tout le bailliage de Costentin pendant six ans sans que Lenteigne puisse vendre en gros ou en débit. Dagoury lui avançait une somme de 100 1ivres attendant la fourniture de rames de papier licorne à 17 sols, de papier gros pour plier à 15 sols 6 deniers et de papier au pot à 24 sols la rame.

    L’interdiction du port durant encore, les habitants de Flamanville, Tréauville, Siouville, Benoistville et des Pieux en sollicitèrent la main levée. Dans une pétition qu’ils adressèrent au ministre Amelot par l’intermédiaire du Comte de Toulouse, grand amiral de France et engagiste des domaines royaux de » Valognes et St-Sauveur-le-Vicomte, en décembre 1717, ils exposaient que M.Foucault, intendant, il y avait environ vingt années, sous le prétexte qu’ils faisaient de la contrebande à Dielette avec les îles appartenant aux Anglais, avait frappé le havre de Diélette d’une interdiction qui les ruinait complètement, en les obligeant à transporter par terre à Carteret, à Portbail et à Cherbourg, les marchandises qu’ils recevaient de St-Malo, du Mans, de Rouen et des pays étrangers.

    On procéda donc à une enquête et un mémoire signé Lepetit fut rédigé : … Ce port est dans une petite anse formée par deux pointes de rochers dont l’entrée est à l’ouest, dans le milieu de laquelle il y a plusieurs roches qu’il faudrait rompre et enlever. Après avoir dépassé ces roches, les bateaux pêcheurs mouillent proche la pointe du sud à sec…Lepetit continuait en estimant qu’il serait nécessaire de construire, depuis cette pointe, et vers le nord, une jetée de 100 toises environ, travail qu’il estimait à 30 800 livres au moins. Il ajoutait encore que si les habitants avaient la liberté de charger dans leur port ils pourraient transporter leurs marchandises avec des gabarres et petits bateaux propres à soutenir l’échouage sur un pareil fonds comme il se pratiquait avant l’interdiction dudit port.

    Sur cette requête, le Conseil d’état leva l’interdit, les fermiers généraux n’y mettant aucune opposition. (12/2/1718)

    Le port ou havre de Diélette sera ouvert avec liberté d’y faire entrer et sortir des bâtiments de mer. Les fermiers généraux établiront un bureau et des commis pour recevoir les déclarations des marchandises et soumissions des marchands et percevoir les droits. En cas de fraude, il serait à nouveau interdit.

    L’affaire ne se termina pas aussi facilement qu’on devrait le supposer à cause de jalousies. Les receveurs des Traites de Cherbourg, dont les recettes avaient un peu baissé par ce rétablissement, dénoncèrent de nouveau dès juin, les gens du pays comme des fraudeurs incorrigibles. Il fallut que le subdélégué de Valognes, M.des Carreaux, prît la défense de ses administrés contre les bureaux qui, dès ce temps-là étaient une puissance. Il affirma que l’accusation était fausse…. Quoiqu’ils puissent paraître grossiers, les peuples de ce canton-là en savent trop pour commencer la fraude dans un port qui pourrait à nouveau être défendu d’entrée …D’ailleurs la fraude serait facilement empêchée si les fermiers envoyaient, de temps en temps sur la côte une patache bien armée et commandée par un homme sûr …

    Dans l’intervalle, un mémoire de l’ingénieur résidant à La Hougue (25/9/1717) avait démontré l’importance relative de ce petit port et dressé un devis des travaux qu’ il était urgent d’y exécuter. Moyennant une dépense de 29 355 livres, il s’agissait de prolonger la jetée existante faite antérieurement aux frais du marquis de Flamanville.

    On peut fixer la création du port de Diélette vers 1660. Son auteur, Hervé Basan, marquis, y fit mettre une jetée à pierres sèches, longue d’à peine la moitié de ce qui existe encore actuellement, à ses dépens pour pouvoir faire retirer derrière quelques bateaux pêcheurs de ses vassaux qu’il voulait inviter à s’adonner à la pêche.

    En 1720, le nouveau chantier atteignait 25 toises de long (45m) sur 5 toises 4 pieds d’épaisseur et 1 toise 5 pieds de hauteur soit 259 toises 4 pieds 4 pouces de maçonnerie à 21 livres la toise, soit une dépense de 5454 livres supportée par le marquis.

    La hauteur ne parut pas suffisante, il fallait donc songer à surélever de 2 toises et établir un parapet d’où une nouvelle dépense évaluée à 18 733 livres 16 sols.

    La construction n’allait pas sans contretemps. Non seulement la mer était souvent démontée mais encore de singuliers phénomènes se produisaient parfois : tel un violent raz-de-marée le 13 juillet 1725.

    En 1731, M.de Caux, ingénieur en chef de la marine, procéda, sur l’ordre de M.de Maurepas, ministre de la marine, à une enquête comparée des ports de France et d’Angleterre.

    En sortant de Granville pour Cherbourg, écrivit-il, les navires sont, le plus souvent, obligés de mouiller dans l’anse de Vauville ; mais là, quoique la rade soit bonne, il leur est impossible de s’y maintenir lorsque soufflent les vents traversiers du sud-ouest au nord-ouest. Le port de Diélette est destiné à leur servir de refuge…mais le chenal et le port devraient être approfondis de manière à obtenir 76 à 77 pieds en morte-eau, et 26 à 28 pieds en vive-eau. Des frégates de quarante canons pourraient alors y entrer …

    Dans un mémoire adressé, en 1733, à M.d’Angervilliers, secrétaire d’état à la guerre, sur l’état de la côte de Basse-Normandie, avec les réparations à faire pour la défense du pays et la sûreté du commerce en paix comme en guerre, on lit: ..Le long de la baie de Vauville, il y a quatre corps de garde en mauvais état et le port de Diélette … il n’est défendu par aucun ouvrage, mais on pourrait garnir de canons une plate-forme construite par M.de Flamanville à 40 toises de l’entrée du chenal …

    Néanmoins, en 1731, les travaux les plus importants étaient terminés. La jetée avait environ 75 toises de long, près de 140 m; à quelque distance de son origine s’élevait une maison appartenant au marquis ,de 12 toises et demi de long sur 4 toises 4 pieds de large, comprenant diverses pièces dont une chapelle, avec, vis-à-vis la façade qui regarde la mer une terrasse propre à mettre du canon pour la défense du port. Dans le port même un mur de quai de 40 m s’allongeait au pied de la falaise. Une tour était prévue sur le rocher du sud, dit du Rougnoux, pour servir d’amer. (Les fortins de Sciotot et Surtainville ne seraient bâtis qu’en 1756.)

    Afin d’user des facilités nouvelles offertes par la mise en état du port, le marquis avait sollicité, en mars 1729, l’autorisation d’embarquer 1200 boisseaux de blé, à destination de St-Malo ou de Rouen. Le contrôleur général enjoignit à l’intendant de délivrer les passeports nécessaires. Mais ce dernier, M.de Vastan, s’y opposa… Le château de Flamanville n’ayant que le marché des Pieux pour y faire vendre du blé, ceux de Cherbourg et Bricquebec étant éloignés de trois ou quatre lieues, ce serait une raison pour permettre à M. le marquis, dans un temps d’abondance, d’en faire transporter par mer deux ou trois cents boisseaux à St-Malo ou à Rouen; mais on m’assure, Monsieur, qu’il n’y est pas plus cher que dans l’élection de Valognes où il est monté jusqu’à 3 livres le boisseau de 16 pots, prix dont le petit peuple commence à se plaindre; il est vrai qu’il vaut davantage en Angleterre ce qui donne occasion aux fermiers et laboureurs de la coste d’y en transporter quelques sacs en fraude malgré la vigilance des commis et si l’on autorisait, dans ces circonstances, un embarquement public de 1200 boisseaux qui font 400 septiers à Paris, les autres gentilhommes ne manqueraient pas de demander de pareilles permissions pour leurs fermiers et cela ferait crier le public…

    Je vous supplie de considérer, Monsieur, qu’il n’y a pas dans l’élection de Valognes plus de grains qu’il n’en faut pour la nourriture des habitants et que la récolte est encore éloignée …

    J’estime donc qu’il ne convient point d’accorder à M. le marquis de Flamanville les passeports demandés.

    Sur l’activité du nouveau port quelques rares indications sont fournies par des documents des Archives du Calvados.

    Du 26 septembre 1727 au 30 novembre 1728,François Le Courtois expédia sur St-Malo 500 boisseaux de pois, 400 d’avoine et 600 d’orge; Gilles Vracq successivement 200 boisseaux d’avoine et 100 de pois, puis 300 d’orge et 100 d’avoine; à nouveau 600 d’orge et enfin 700 de pois; Charles Vracq,60 boisseaux de pois.

    Un autre document des archives de la Marine fournit ces précisions:

    … Le principal commerce de Diélette consiste à la pierre de taille de très beau carreau; on fait des croisées, des portes, des tours à préçoirs, des escaliers, des citernes … Il y a dans ce port deux brigantins de 10 à 12 tonneaux, une gabarre de 6 tonneaux et quatre bateaux de deux, trois et quatre tonneaux qui font le commerce de St-Malo et à Rouen, en Angleterre et à Guernesey. Diélette envoie à St-Malo des bois à bâtir, des pois, des fèves, du charbon de terre, du charbon de bois, du bled lorsqu’il est permis, pour l’armement des vaisseaux qui vont faire la pesche sur le banc de Terre-Neuve et il en tire quelques morues sèches. Il envoie à Rouen de la soude ou cendre de varech qu’on brûle sur les costes et en tire des huiles à brûler, du moulage et du plâtre. Il envoie en Angleterre et à Guernesey, plus fréquemment dans cette isle, de la pierre de taille ou carreau de Flamanville, des volailles en quantité, des œufs, des costumes entiers, beaucoup de toiles du pays qui y sont en abondance par la quantité des lins qu’on y fait, des poteries et autres ustensiles de terre, des batteries de cuisine, des bois pour charronnage, des fers à bêcher, des homars, et il en tire des laines, du charbon de terre et l’huile de morue …

     

    Aux alentours du port s’étaient établis de petits ateliers tel celui des maîtres charpentiers Lubin Caillé et Nicolas Prével qui, le 3 mars 1665, s’engagent à construire avant la mi-juillet une barque de 32 pieds (12 pieds de banc et 9 de bordé) avec un petit bateau pour le service de la barque, le tout charpenté, calfaté, prêt à flotter. Louis Le Cappelain, sr de la Vieuville, et Pierre Le Roy, marchand, s’engagent à fournir et apporter les matériaux nécessaires de telle façon que les deux hommes nécessaires aux deux charpentiers ne tombent en chômage. Il leur en coûtait 200 livres en principal,10 livres pour le vin, une botte de cidre (400 à 600 pots) et 4 boisseaux de froment à la mesure des Pieux.

    Ces deux derniers n’étaient pas des navigateurs mais des hommes d’affaires. Le 12 octobre 1669, le « St-Adrien », barque de 8 à 10 tonneaux appartenant à deux marchands de St-Lô d’Ourville périclita sur la côte de Siouville. L’un des hommes fut inhumé dans le cimetière du lieu. Quant aux autres marins, le sr de la Vieuville, jacques Bourget marchand de Siouville, et Guillaume Leroux, marchand de Flamanville, se devaient d’en faire la recherche afin de les faire inhumer en terre sainte. Pour 45 livres, ils devenaient en outre propriétaires du bâtiment en l’état qu’il est sur la côte, y compris les boiseries, la toile, le gréement et le lard. Trois ans plus tard, les sieurs Bourget et Leroux revendaient le « St-Adrien » à Nicolas Lefebvre, sr de la Fontaine pour la somme de 295 livres, à charge pour Lefebvre de faire livrer, moyennant 50 livres, le fret contenu dans ladite barque à J-M de Havilland, marchand de l’île de Guernesey. Deux mois plus tard, Lefebvre revendait la moitié de la barque à Pierre Le Roy, le marchand de Tréauville.

     

    contrebande à Dielette

     

    Certes les sinistres de mer, dans nos parages très fréquentés mais réputés très dangereux, étaient d’un rapport bien plus intéressant pour les seigneurs gravagiers.

    Le droit de gravage était très ancien. Il fut accordé, au plus tard, par Henri II, duc de Normandie et roi d’Angleterre (1154-89) à l’abbaye de St-Sauveur-le-Vicomte. L’abbé en obtint confirmation, le lundi avant la St-Mathias 1334 … à l’occasion d’un tonnel de vin arrivé à varech en la paroisse des Pieux en un trou (baie) appelé Siautot …

    … Nous appartiennent les grèves et gravage au droit de toute l’étendue de la paroisse de Surtainville où nos hommes sont sujets garder sans abus tout ce qui peut arriver et être jeté par mer aux dites grèves et gravages et ils sont tenus en informer nos officiers de Bricquebec … (aveu de la baronnie de Bricquebec en 1676)

    Plus au nord, pour éviter toute contestation, les seigneurs de Flamanville et d’Héauville avaient fait délimiter leurs zones respectives par des piliers de granite existant encore sur la plage du Platet.

    Des affiches mises auparavant à la porte de la Halle du marché des Pieux avisèrent les éventuels acheteurs de la vente aux enchères de six barriques d’huile de poisson en vidange, d’une barrique de vin blanc et une de vin rouge en vidange, de barriques et barils vides, de coffres ou bahures de matelot, de morceaux de bois venus aux gravages de Héauville et Siouville aux années 1785, 86 et 87 sans avoir été réclamés dans les temps de droit.

    Le 22 décembre 1787, les adjudicataires réglèrent comptant 649 livres et 4 sols revenant à André de Hennot, sgr d’Heauville et Bricqueboscq, et 4 deniers par livre pour les frais. En outre, ils devraient acquitter au receveur de la Romaine (douane) de Flamanville et au receveur des Aides des Pieux tous les droits qui pourraient être dus.

    Le port étant presqu’achevé la chasse aux fraudeurs fut intensifiée grâce à une patache ce qui n’arrêta pas pour autant les intrépides passeurs. A terre, les patrouilles étaient des plus vigilantes et intraitables. Le moindre peu de tabac de fraude découvert sur un fumeur donnait lieu au paiement d’une forte amende peu en rapport avec la valeur de l’objet du délit.

     

    contrebande à Dielette

     

    Thomas Meurdrac et Pierre Coubard, sous-brigadier et commis, préposés pour la conservation des droits de la ferme de tabac du poste de Surtainville ont dressé procès-verbal, dimanche 6 août 1724, à l’encontre d’Estienne Le Coffre et Jean Brisset, journaliers de St-Germain-le-Gaillard, comme les ayant trouvés saisis de quelque peu de tabac de fraude pour fumer. Présentés aux Pieux, trois jours plus tard, au sieur de la Duponterie représentant le sieur Vicomte de St-Sauveur, ils ont convenu du fait et prié instamment les sieurs commis d’avoir égard à leur pauvreté et misère. Ceux-ci ayant été touchés, se sont sur le champ restreints à une somme de 40 livres, pour éviter à plus longue suite de procès que lesdits Le Coffre et Brisset ne sont point en état de soutenir, sous le bon plaisir de Messieurs de la Compagnie, leurs directeurs et supérieurs. Laquelle somme de 40 livres, qui a été prêtée par leurs voisins et amys, a été touchée par les dits commis qui ont promis que ledit procès-verbal demeure nul…

    Le 22 du même mois, à la requeste de messire Pierre Lesueur, adjudicataire de la vente exclusive du tabac et du café dans l’étendue du royaume, les commis de Surtainville faisaient payer 50 livres, non compris les frais, à Guillaume Mahieu et sa femme, journaliers de la paroisse des Pieux, … ayant vu la pauvreté et indigence des intéressés très vieux et décatis …

    A la requête de Nicolas de Bosnes, Germain Scelle d’Héauville est pris pour fraude de tabac le 12 octobre 1732 et emprisonné aux prisons royales de Valognes. Le 13 novembre il est condamné à 86 livres d’amende sans préjudice de plus grandes peines en cas de récidive.

    Un an, jour pour jour, après cette condamnation, Jean Le Chevalier du Rozel, à la prière de Jean Risbec de Benoistville et de Jean Anne de Grosville, promet de payer à Mrs les Fermiers généraux la somme de 20 livres avec 30 sols de frais : … Sur Jean Risbec aurait été saisi un bout de petit tabac de fraude de la longueur d’un doigt et sur Jean Anne un bout de la largeur d’un pouce par les messieurs de la brigade de Surtainville, lesquels ont déclaré avoir aussi trouvé 4 onces de tabac dans un trou extérieur du pignon de la maison de mettre Jean Escollivet chez qui l’un est domestique et l’autre journalier …Faute de preuve, les 4 onces ne pouvaient être attribuées à quiconque, pas même au propriétaire de la maison puisqu’elles étaient cachées dans un trou extérieur du pignon … Mais en réfléchissant bien ! La maison de maître Escollivet, sr du Marest, était des mieux placées, en plein centre de la baie de Sciotot, à quelques centaines de mètres de la mer, au lieu-dit L’écluse. Seraient-ce simples coïncidences? L’une de ses filles, Marie, épousait l’année suivante, Eloy Millet d’Omonville la Rogue, du métier de matelot. Quant à l’autre, Anne-Marie, elle devait se marier, trois ans plus tard, à Aubin Gauvain, capitaine de navire et fraudeur notoire.

    Transaction est passée, au mois d’octobre 1769, entre Joseph-François Langlade de Brécourt, receveur-entreposeur de tabac à Valognes et messires Hélier Mauger, capitaine-propriétaire du bateau « Le Tartare », du port de 4 à 5 tonneaux, actuellement au port de Diélette, et Henry Bréhauft, navigant dans ledit bateau, tous les deux de l’isle anglaise de Guernesey ainsi qu’ils ont dit être et s’appeler, actuellement détenus aux prisons royales de Valognes, au sujet de contravention de faulx scel gris, de faux tabac et apport d’eau-de-vie …Ils paient 500 livres.

    A tout prendre, il vaut mieux être bon fraudeur que petit recéleur; cela coûte beaucoup moins cher, à moins, bien sûr, d’avoir subi le calvaire de Jean Bonnemains, matelot de Flamanville, décédé sur les galères du Roy où il était détenu pour faits de fraude et dont on a appris la mort à sa veuve jeanne Courtois, en octobre 1771.

    Sans en connaître la raison, notons qu’en 1704 Michel Guérard est forçat sur les galères du Roy depuis plusieurs années. Pour retirer Philippe Delahaye de Siouville de la prison pour fraude de tabac, ses frères vendent en commun une pièce de terre de trois vergées, la Houellerie, sise à la Petite Siouville, pour 801 livres. Ils paient 523 livres 19 sols au sieur de Langlade, entreposeur de tabac à Valognes.

    En 1788, Pierre Boivin est surpris par les hommes des brigades ambulante et sédentaire des Pieux et Caubus alors qu’il transportait 26 livres pesant de tabac en fraude. Par transaction il paiera 450 livres dans les quatre mois. (D’autres employés des fermes étaient en poste au hameau Guérard.)

    En faisant toutefois la part de l’exagération, il est très probable que les contacts d’un gardien de l’ordre public et du public ne devaient pas toujours être empreints de douceur. C’est ce que révèle un rapport de 1748 intitulé : … Observations sur le service de la brigade de maréchaussée de Valognes et sur l’impossibilité où elle est de remplir ses devoirs …peu flatteur pour la moralité des gens du cru mais compréhensible de la part d’un horsain qui ne dut guère recevoir d’appui de la population indigène

    … Ce pays, qu’on nomme vulgairement la Hague est rempli de landes et rochers où l’on a pratiqué quantité de cavernes servant de retraite aux voleurs, assassins et fraudeurs qui attendent avec assurance et tranquillité le moment favorable pour passer aux Îles voisines. Les plus grands chemins de ce canton sont de deux à trois pieds, des deux côtés desquels il se trouve souvent des précipices, les habitants en sont gueux, mauvais, frondeurs insignes et ne vivent que de brigandages. Il y a des paroisses où les commis aux aides et les employés des fermes ont été un temps considérable sans oser y aller, ils n’y vont même pas encore bien volontiers …

    Mais, qu’on se rassure : … en dedans des terres, on appelle le pays le Bocage, il est rempli de forêts considérables … les habitants ne sont pas meilleurs que ceux de la Hague…

     

    contrebande à Dielette

     

    Sans deux brigades (10 hommes ?) d’augmentation, on ne peut marcher dans le pays avec assurance…Le subdélégué, M.de Virandeville, rechercha casernement à Cherbourg, Valognes, et au chétif bourg des Pieux. Fin 1774, une dépense était accordée pour une chambre réservée aux « externes » sur la réclamation du sous-brigadier qui ne pouvait continuer de se gêner au point de partager son lit avec les cavaliers de passage …

    On peut aisément imaginer, que le tête à tête commis et fraudeurs ne devait guère être empreint d’aménité et que, parfois, il risquait fort d’avoir des conséquences dramatiques. Le 15 août 1730, jullien Bessin avait été saisi en débitant du tabac de fraude, donc en flagrant délit. Apprenant la chose, Jacques, Nicolas et François Chauvin, frères, Marie Le Cavellier, femme de Jacques, leur mère Françoise Hérout, remariée au dit fraudeur et Marin Mautalent, tous de Surtainville, investissaient la résidence des sieurs commis de la ferme du tabac dudit lieu et firent rébellion. Sur plainte de Jean des Bourlets, capitaine ambulant à cheval pour la ferme du tabac de l’endroit, les susnommés ont été décrétés en mandement de prise de corps par sentence de l’élection de Valognes… Mais dès qu’ils avaient appris le commencement de la procédure criminelle les intéressés avaient pris la fuite pour jersey. Il fallut la prière de plusieurs personnes de distinction pour que la Compagnie du tabac ne puisse refuser d’accommoder avec les fugitifs afin de leur permettre de se remettre dans la province de Normandie. Il fut versé 400 livres solidairement par les prévenus et pour cela il fallut vendre une maison et quelques héritages. En outre, les blés des frères Chauvin avaient été saisis et vendus pour la somme de 125 livres afin de défrayer le sieur de Basmesny, l’un des commis, des frais de médicaments nécessités pour la guérison des blessures reçues. (La note était salée.) De plus il faudrait faire raccommoder le fusil dudit commis qui avait été cassé lors de la rébellion.

    Il arrivait encore que les uns ou les autres fîssent chou blanc…Un boucault de tabac en feuilles (un tonneau) venu en novembre 1745 sur le gravage de M.de Thieuville, à Siouville, a été incendié le 6 septembre 1747 attendu que le dit tabac était totalement pourri, hors d’état de pouvoir être vendu…

    De leur côté les négociants-armateurs essayaient de se prémunir des risques que pouvaient leur faire courir leurs équipages. Propriétaire du navire « Jeanne-Marie-Madeleine » (du nom de sa femme née Le Scellière de Grimesnil à Octeville) Jean-Charles-François Adoubedent, sgr de Rouville aux Pieux, fit signer, le 16 mars 1769, un contrat à tous les membres de l’équipage qui allait, via St-Malo, partir pour une longue campagne de pêche à la morue sur les bancs de Terre-Neuve. Entre autres clauses il était précisé… à charge de supporter eux seuls tous les évènements qui pourraient arriver au navire au cas où il serait trouvé du tabac, sel ou autres marchandises prohibées et défendues dans ledit navire, en sorte que ledit propriétaire-armateur n’en souffrira aucun coûtage…

    Et comme était encore présent dans les esprits le souvenir de la désastreuse guerre de Sept ans (1756-63), on ajouta deux autres mentions particulières : … a été convenu entre tous que si la guerre recommençait et que le navire ait le malheur d’être pris par les ennemis de l’Etat le capitaine pourra négocier rançon à laquelle il contribuera avec les engagés de l’équipage …par contre… en cas de prise d’un bateau ennemi, le produit serait réparti par rapport au mérite et capacité de chacun d’eux, comme il est accoutumé …

    Peut-être est-ce du fait de cette dernière guerre que Pierre Louis, de Surtainville, mourut à l’Amérique en 1761.

    Le 10 juin 1736,Ie chevalier de Caligny, directeur des places et ports de Normandie, avait adressé le rapport suivant à son directeur-général, le maréchal d’Asfeld …Il serait plus que jamais fort à désirer que le Roy se détermine à faire l’acquisition de ce port qui est le seul que nous ayons sur la côte occidentale de Basse-Normandie pour balancer, avec celui de Cherbourg, le port que les Anglais font à Aurigny lequel s’avance beaucoup, et ceux des iles de jersey et Guernesey ….

    De propriété privée, le port de Diélette devint propriété du royaume lorsque le marquis Jean-Jacques Basan, accepta de le vendre le 30 août 1751. De ce jour, y fut installée une garnison ayant pour mission de le défendre d’une éventuelle attaque d’ennemis venus d’en face.

    Dès aussitôt il apparut que des travaux d’entretien étaient nécessaires : 2600 livres en 1752, 1000 en 53, 1350 en 54 …

    M.Franquet de Chaville, ingénieur en chef, remit le 6 septembre 1759 à l’intendant, un an après l’investissement de Cherbourg par les Anglais débarqués à Nacqueville, un rapport dans lequel il constate que … le port de Diélette, d’une importance majeure, dans la paix comme dans la guerre, exige quelques réparations. Il faudrait revêtir la jetée actuelle d’une bonne maçonnerie et dresser sur la hauteur une tour à signaux …

    Finalement, en 1773, M. Gourdon de Léglissière, directeur des fortifications de Normandie, demandait l’établissement, sur le rocher de Rongnousse (pratiquement au bout de la grande jetée qui ne fut construite qu’un siècle plus tard) d’une tour avec logements et huit canons au prix de 74 155 livres. On se borna aux travaux d’entretien habituels : 2173 livres en 1773.

    Lorsque la guerre maritime reprit avec l’Angleterre, au moment où la révolte des colonies anglaises d’Amérique était soutenue par nos armes, Dumouriez qui, commandait alors à Cherbourg, projeta de créer une contrebande officielle. Le 14 septembre 1778, il proposait au ministre de la Marine d’autoriser le sr Vitrel, chef d’une manufacture de drap … d’extraire des laines des Îles anglaises …par le port de Diélette où l’on installerait un poste d’infanterie, afin d’empêcher les communications avec les gens du pays et l’espionnage qui en serait la conséquence. Et de fait, une garnison, jamais plus d’une quinzaine d’hommes à la fois, cantonna à Diélette : quelques soldats des régiments de Saintonge en 1778, du Waldner suisse en 79, puis du Soissonnais.

    Mais, écrivit le marquis d’Héricy … ces hommes font pitié. Piètres défenseurs en cas d’attaque …

    Le ministre acceptait en principe, voyant un avantage certain … à priver l’Angleterre d’une matière première pour enrichir les manufactures nationales …et aussi à encourager les fraudeurs anglais à remporter des produits de notre fabrication dont ils acquitteraient les droits à la sortie. On faisait donc, en quelque sorte, coup double.

    Mais l’autorisation donnée à Vitrel excita les jalousies des autres fabricants de drap et des négociants en laines. Vitrel ne put commercer qu’avec Aurigny qui exportait environ 15 000 livres pesant de laine. Quant aux 18 à 20 000 livres de laine produites par Jersey et Guernesey, elles furent concédées aux autres fabricants. De plus, Dumouriez imposa aux fraudeurs anglais de rapatrier le plus possible de matelots français en captivité dans les prisons des îles.

    Mais cette aventure n’eut guère de suites sérieuses.

    Les inédits de Hamel et Rostand par Lebosco

     

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